Le Larron de Pasquale Festa Campanile

Pasquale Festa Campanile (Melfi, 28 Julliet 1927 – Rome, 12 Février 1986)

Pasquale Festa Campanile (Melfi, 28 Julliet 1927 – Rome, 12 Février 1986)

Écrivain, scénariste, cinéaste, Pasquale Festa Campanile (1927-1986) mérite beaucoup plus que le mépris ou l’oubli qui en général l’entourent. Cet ancien collaborateur de Luchino Visconti (il participa à l’écriture de Rocco et ses frères et du Guépard) est l’auteur d’une œuvre cinématographique foisonnante, remarquable par une inspiration constante dans le registre du film historique, de la comédie érotique ou de la farce. Dans ses meilleurs titres s’épanouit un ton très original qui mêle libertinage, truculence et même grivoiserie, une érotomanie de bon aloi qui n’empêche pas l’étude de mœurs et la satire sociale et un sujet de prédilection : la guerre des sexes.
Le Larron
(Il ladrone, 1980) adapté de son propre roman, offre à Festa Campanile l’occasion d’un conte picaresque plein d’ironie, une digression évangélique qui met en scène le larron Caleb, voleur sans envergure qui cherche à percer les secrets de son principal rival, un magicien nommé Jésus. Fasciné par ce dernier, mais aveuglé par son ignorance et son incrédulité, Caleb finira sur la croix en persistant à penser que Jésus n’est qu’un imposteur plus doué que lui. Sans jamais être passé pour un apôtre du bon goût cinématographique – mais plutôt un érudit de la sexy comédie, ce qui est mieux – Festa Campanile met tout le monde d’accord sur le choix de ses actrices. Tandis que ses héros sont interprétés par les histrions ou les incroyables cabotins de la comédie italienne, les rôles de leurs comparses échouent habituellement aux plus belles actrices européennes du moment, de Catherine Deneuve à Ornella Muti en passant par Virna Lisi, Laura Antonelli, Catherine Spaak ou Senta Berger pour ne citer qu’elles.

Affiche française du Larron (1980)

Affiche française du Larron (1980)

Le Larron, par la magie de la coproduction franco-italo-marocaine, lui permet de réunir deux égéries au mieux de leur(s) forme(s), la plantureuse Edwige Fenech, première starlette de la comédie « légère » transalpine, et la non moins sensuelle Bernadette Lafont, fiancée de la nouvelle vague, surprenant transfuge du cinéma d’auteur français égaré dans cette rocambolesque aventure. On n’oubliera pas de sitôt cet épisode coquin dans lequel notre larron (Enrico Montesano, tout en grimace), invité dans la couche d’une belle aristocrate romaine (Bernadette Lafont), utilise la chute de reins de cette dernière comme un toboggan à perles, preuve d’une inventivité amusante et d’un réel souci du détail quand il s’agit de dévoiler les rondeurs féminines à l’écran.

Le Larron sera programmé à la Cinémathèque française le samedi 18 février à 20h30, dans le cadre de « l’Histoire permanente du cinéma. »

En 2012 il conviendra de mieux connaître la filmographie de Pasquale Festa Campanile

Mort en 1986 à l’âge de 58 ans, Pasquale Festa Campanile a réalisé 42 films, et participé à l’écriture de 56 scénarios pour les plus grands réalisateurs (Visconti, Bolognini, Risi, Ferreri…) Sans compter une œuvre romanesque et théâtrale importante qu’il a parfois adaptée lui-même à l’écran (Le Larron, La Fille de Trieste…) Des perles, dans sa longue et foisonnante filmographie, il y en a beaucoup. Le cinéma de Festa Campanile demeure inédit, méconnu et parfois méprisé en France, où se films ont été mal distribués, en parfois dans de mauvaises conditions. Certains de ses films ont connu une distribution limitée à la province et dans des versions coupées et doublées, sous des titres débiles : Con quale amore, con quanto amore devient Tu peux… ou tu peux pas ? ; Qua la mano, Mon curé va en boîte. On s’était à une époque fait le pari de voir l’intégralité de l’œuvre de Festa Campanile – ses films sont presque tous disponibles en DVD en Italie, et on a abandonné en cours de chemin, faute de temps et de courage, non sans avoir savouré quelques bandes improbables. Mais tout le monde sait qu’il n’y a pas de plaisir coupable, encore moins quand il s’agit de cinéma. Morceaux choisis :

Le Sexe des anges (Le voci bianche, 1964)
Au XVIII siècle, les aventures galantes d’un faux castrat qui profite de sa situation pour séduire des femmes mariées. Cette satire du conformiste et de l’hypocrisie modernes est le premier et seul véritable classique de Festa Campanile (auteur d’autres comédies libertines et historiques par la suite), coréalisé avec son complice scénariste Massimo Franciosa.

Affiche américaine de Quand les femmes avaient une queue (1970)

Affiche américaine de Quand les femmes avaient une queue (1970)

Quand les femmes avaient une queue (Quando le donne avenano la coda, 1970)
Une tribu de sept orphelins grandis sur une île découvre un jour dans un piège un étrange animal qui leur ressemble, mais en plus doux : une femme.
Quand les femmes avaient une queue
reste le grand classique de la comédie préhistorique, un sous-genre qu’on a tendance à oublier. Son succès engendra deux suites, inédites en France : Quand les femmes perdirent leur queue (toujours de Festa Campanile, un an plus tard, avec la même équipe) et Quand les hommes s’armèrent de massues et firent ding dong avec les femmes (de Bruno Corbucci, d’après deux pièces d’Aristophane), que je n’ai pas vu. Pasquale Festa Campanile, cinéaste de talent de nombreuses comédies psychologiques ou satiriques, et de belles réussites dans le registre du film à costumes picaresque et libertin (Une vierge pour le prince, Le Sexe des anges, La Grande Bagarre) réunit une troupe d’excellents acteurs comiques (Lando Buzzanca, Lino Toffolo, Renzo Montagnani, Aldo Giuffré) autour de la belle Senta Berger, la rousse explosive du cinéma allemand des années 60, et le bellâtre Giuliano Gemma. Certains seront surpris de découvrir que le célèbre intellectuel italien Umberto Ecco est à l’origine de cette histoire peu sérieuse (Lina Wertmüller a également participé au scénario) où les personnages grognent des dialogues pseudo troglodytes précurseurs des spéculations linguistiques de La Guerre du feu, en plus drôle.

Ma femme est un violon (1971)

Ma femme est un violon (1971)

Ma femme est un violon (Il merlo maschio, 1971)
Comédie érotique stigmatisant le machisme autour de l’histoire d’un violoncelliste frustré (Lando Buzzanca) qui utilise la beauté de sa femme (Laura Antonelli) pour se faire reconnaître, allant jusqu’à l’exhiber nue en public. Sans doute le film le plus abouti de Festa Campanile, avec Le Sexe des anges.

En 2000 il conviendra de bien faire l’amour (Conviene far bene l’amore, 1975)
Fruit du premier choc pétrolier, cette histoire s’amuse à mettre en application une théorie du douteux Wilhelm Reich, alors à la mode, sur l’énergie sexuelle. Dans un futur proche, un scientifique fait la découverte d’une nouvelle forme d’énergie non polluante… Le sexe sera obligatoire. La science-fiction selon Festa Campanile, où un savant halluciné invente un système qui permet de recycler l’énergie dégagée pendant le coït. Les expériences de laboratoire vont bon train, avec Agostina Belli et Eleonora Giorgi dans le rôle des cobayes. Qui s’en plaindra ?

La Grande Bagarre (Soldato di ventura, 1976)
Pasquale Festa Campanile, spécialiste de la comédie libertine et grivoise et de l’étude de mœurs marche avec La Grande Bagarre sur les plates-bandes de Mario Monicelli et de son fameux diptyque « Brancaleone », chef-d’œuvre exemplaire de la fantaisie historique à l’italienne. La Grande Bagarre est un croisement entre le film de guerre à grand spectacle et la comédie bouffonne qui choisit lui aussi une orientation socio-économique des plus intéressantes. Festa Campanile, cinéaste érotomane et humaniste, propose une lecture progressiste et anti-impérialiste d’un célèbre roman populaire d’Aeglio, ode à l’unité italienne qui avait déjà été adaptée par Alessandro Blasetti en 1938 avec Gino Cervi, dans une version exaltant le nationalisme fasciste. Entouré d’une distribution de talentueux seconds couteaux et de trognes abonnées à la sexy comédie (notamment l’hilarant Enzo Canavale), Bud Spencer trouve un rôle à sa (large) mesure dans un film bien plus prestigieux que les sous-produits auxquels il nous a habitué. La photographie et la direction artistique du film de Festa Campanile sont remarquables, apportant à ce divertissement comique et épique une touche de raffinement visuel, et démontrant que le cinéma italien populaire italien savait allier il fut un temps intelligence, ironie et trivialité.

Corrine Cléry dans Les Proies de l'autostop (1977)

Corrine Cléry dans Les Proies de l'autostop (1977)

Les Proies de l’auto-stop (Autostop rosso sangue, 1977)
Les Proies de l’auto-stop
est une passionnante incursion dans le road movie et le cinéma d’exploitation violent de Pasquale Festa Campanile, auteur italien davantage connu pour ses comédies libertines ou psychologiques. On y retrouve pourtant le thème de prédilection du cinéaste, la guerre entre les sexes. Ici, Festa Campanile marche sur les plantes bandes de Sam Peckinpah – avec quelques décharges sanglantes au ralenti – et raconte l’histoire d’un couple en crise qui subit les attaques d’un truand en cavale, dans le désert américain. Le bandit est interprété par David Hess, spécialisé dans les rôles de brutes sadiques depuis son interprétation traumatisante d’un violeur assassin dans La Dernière Maison sur la gauche de Wes Craven. Franco Nero, héros du western et du polar italiens, incarne le mari, un pauvre type alcoolique. Les deux hommes vont s’affronter autour du corps désirable de la jeune épouse, Corinne Cléry (Histoire d’O). Mais le plus cruel et le plus cynique ne sera pas celui que l’on croit. Le film, d’une incroyable noirceur, dresse le portrait atroce d’un phallocrate. Comme les westerns italiens dix ans plus tôt, ce film a été entièrement tourné en Espagne, mais on peut se laisser piéger par la reconstitution et le choix des extérieurs.

Personne n’est parfait (Nessuno è perfetto, 1981)
Fantaisie sur la différenciation sexuelle par le spécialiste de la question Festa Campanile, dans laquelle un jeune veuf, homme sans qualité, découvre que sa sublime épouse (Ornella Muti) est un ancien parachutiste allemand ayant décidé de changer de sexe en Suède. Marié à son insu à un transsexuel, il devient un objet de risée. Sous le patronage commun de Billy Wilder (référence du titre à la dernière phrase de Certains l’aiment chaud), Festa Campanile se propose comme un possible Blake Edwards transalpin.

Bingo Bongo (idem, 1982)
Un homme élevé parmi les singes (Adriano Celentano) débarque à Milan où il devient un sujet d’études anthropologiques. Sans doute le film le plus nul et bâclé de Festa Campanile, cette mascarade même pas bunga bunga sur le chaînon manquant se révèle irregardable.

Il petomane (inédit en France, 1983)
Un homme fait de ses vents un art très prisé dans les cabarets. Comédie pleine d’ironie surréaliste et mélancolique, qui s’inspire de la vie de Joseph Pujol (1857-1945), fantaisiste marseillais célèbre pour ses talents de pétomane (il pouvait interpréter « Au clair de la lune ») et qui obtint beaucoup de succès à Paris au Moulin-Rouge avant la Première Guerre mondiale. Ugo Tognazzi, génial dans le rôle du pétomane, incarne l’artiste indépendant qui se moque du bon goût et dont les numéros de cabaret, d’abord prisés par le public populaire, puis objets de mode auprès des intellectuels et des bourgeois, finiront par être taxé de vulgarité et d’antipatriotisme (il choque en jouant « La Marseillaise » avec ses fesses devant un parterre de politiciens) alors que débutent la boucherie de la Grande Guerre. Festa Campanile ne pouvait pas rêver plus beau testament cinématographique, lui dont toute l’œuvre vante la trivialité et l’anticonformisme.

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