Artistes et Modèles de Frank Tashlin

Artistes et Modèles

Artistes et Modèles

Chef-d’œuvre sur la bande dessinée et le pop art Artistes et Modèles (Artists and Models, 1955) est une satire doublée d’une comédie délirante. Un must.

Deux amis, Dick et Eugene, dessinateurs au chômage, vivent dans la misère à New York. La chance leur sourit lorsque leur voisine Gabrielle quitte son poste d’illustratrice chez un éditeur de publications enfantines car elle refuse de dessiner des choses violentes. Dick la remplace, et dessine les visions nocturnes d’Eugene, qui rêve chaque nuit des aventures d’une chauve-souris qui prend les traits de la jeune colocataire de Gabrielle. Eugene se met également à inventer dans son sommeil des formules secrètes qui vont bientôt alerter la C.I.A.

Apogée du tandem Jerry Lewis Dean Martin, Artistes et Modèles est évidemment signé Frank Tashlin, ancien dessinateur ici au sommet de son art. Artistes et Modèles fourmille de trouvailles visuelles délirantes, empruntées au style des « comics », et la géniale Shirley MacLaine est inoubliable dans son costume de Batwoman. Satiriste féroce, Tashlin a caricaturé la société du spectacle américain, réalisant les meilleures – et précoces – comédies sur le rock (La Blonde et Moi) la publicité (La Blonde explosive), Hollywood (Un vrai cinglé de cinéma) et la bande dessinée (Artistes et Modèles). Cette formidable série de films prend des allures prophétiques si l’on observe l’évolution du cinéma hollywoodien qui n’a cessé depuis les années 60 de recycler la culture pop (clip, télévision et bande dessinée) pour masquer son inspiration déclinante.

Il faut redécouvrir les comédies de Tashlin qui fut le premier à critiquer de l’intérieur le divertissement américain, égratignant le culte de la réussite sociale et du bonheur matériel dans des contes moraux déguisés en comédies acidulées. Joe Dante et John Landis lui doivent presque tout et avant eux Jerry Lewis, qui apprendra le métier de cinéaste à ses côtés, lui doit beaucoup.

 

Posted in Uncategorized | Leave a comment

Blue Holocaust de Joe D’Amato

Cette photo d'exploitation - censurée - nous rappelle les devantures des salles de quartier qui projetaient des films d'horreur...

Cette photo d’exploitation allemande – censurée – nous rappelle les devantures des salles de quartier qui projetaient des films d’horreur…

Comme c’est Halloween paraît-il on ne résiste pas à la tentation de parler d’un film d’horreur, mais on s’est creusé les méninges pour trouver l’un des pires – entendez les plus dégoutants – jamais réalisés. Blue Holocaust (Buio omega, 1979) est un film particulièrement poisseux d’une pointure de la série Z italienne, le célèbre Joe D’Amato, roi des plagiats, des ambiances malsaines et des sujets crapoteux. Il se surpasse avec Blue Holocaust, film d’horreur sur le thème de l’amour fou nécrophile qui emprunte son scénario à un navet de 1965, Le Froid Baiser de la mort (Il terzo occhio) de Mino Guerreri, avec des allusions laborieuses à Hitchcock (Psychose plus le thème du double féminin). Dans un chalet autrichien un taxidermiste amateur empaille sa jeune fiancée, avec la complicité amoureuse de sa nourrice. Quelques imprudentes de passage dans la région seront tuées par cet émule aryen de Norman Bates. Comme D’Amato n’est ni Bava, ni Hitchcock, ni Buñuel, le résultat est à vomir, à réserver aux estomacs solides. Il confirme après Antropophagous son goût pour le gore malpropre, la barbaque avariée et le Grand-Guignol (ongles arrachés à la tenaille, corps dépecé puis dissous dans une baignoire d’acide, cannibalisme, etc.). D’Amato confessa avoir utilisé de vraies entrailles animales achetées dans une boucherie pour la scène d’autopsie. Blue Holocaust, par son sujet mais surtout son traitement, explicite les similitudes entre le gore et la pornographie. D’Amato continuera à filmer de la viande crue jusqu’à sa disparition en 1999 en devenant dans les années 80 et surtout 90 l’un des réalisateurs de hardcore (en 35 mm puis en vidéo) les plus prolifiques (et mieux payés) de la péninsule.

Posted in Uncategorized | 1 Comment

Deux Grandes Gueules de Sergio Corbucci

Affiche française de Deux Grandes Gueules

Affiche française de Deux Grandes Gueules

Le cinéma italien populaire italien, qui allie intelligence, ironie et trivialité, garde encore enfoui de nombreux trésors et n’a pas fini de nous étonner. Nous ne sommes pas peu fier de vous présenter un film systématiquement oublié des histoires du cinéma Italien mais qui compte pourtant parmi les plus représentatives et enthousiasmantes réussites de la production commerciale transalpine, extraordinaire de vitalité dans les années 60 et 70.

Il est un domaine qui nous tient à cœur, c’est celui de la comédie italienne et de ses incursions dans des genres aussi divers et variés que le western, le mélo érotique, le drame social ou le film à costumes. Deux Grandes Gueules (Il bestione, 1974) de Sergio Corbucci reprend les recettes de la comédie picaresque, déjà appliquées dans ses westerns fondés sur un couple masculin antagoniste, et les transpose dans l’Italie contemporaine. Deux camionneurs internationaux, le Sicilien Nino (Giancarlo Giannini) et le Milanais Sandro (Michel Constantin), décident de devenir leurs propres patrons et achètent un camion à crédit. Mais la mafia et une grève des transporteurs les mettent en difficulté.

Deux Grandes Gueules

Deux Grandes Gueules

Dans l’œuvre abondante et méconnue en France de Sergio Corbucci, Deux Grandes Gueules ne bénéficie pas de la renommée de ses péplums, de ses comédies ou de ses westerns, mais c’est pourtant l’un de ses meilleurs films, dans lequel le cinéaste donne libre cours à sa truculence mais aussi à son pessimisme concernant les rapports sociaux et la politique. Véritable farce prolétaire, Deux Grandes Gueules baigne dans un naturalisme glauque plutôt rare dans le cinéma (commercial) italien, atteint parfois une dimension célinienne. Corbucci plonge deux compères, Sandro et Nino, cousins hâbleurs des aventuriers cyniques et des révolutionnaires idéalistes de ses westerns mexicains dans la grisaille de l’Italie ouvrière des années 70. Les camionneurs sont exploités par les petits patrons, victime de la crise économique, de la lâcheté des syndicats, et de surcroît de la rapacité de la mafia. Nos deux héros ouvriers évoluent dans ce monde sans espoir, mais conservent leur bonne humeur et leur agressivité virile. Ils débordent d’énergie (verbale et sexuelle), enclins à la fanfaronnade et à l’entourloupe et mus par des rêves d’indépendance et de confort. Corbucci nous convie à la naissance d’une amitié virile et ombrageuse et met en scène avec beaucoup d’humour mais aussi d’émotion le formidable courage et l’appétit de vivre de deux personnages hauts en couleur, interprétés de façon extraordinaire par le trublion Giancarlo Giannini et le monolithique Constantin. Giannini en particulier est grandiose. Impossible de l’oublier dans les diverses postures grotesques ou humiliantes où l’entraîne le film, comme lorsqu’il chante ivre mort la nuit dans la rue « strangers in the night, ma vaffanculo » version très personnelle du classique de Frank Sinatra, où lors de la dernière réplique du film, à la fois scatologique et bouleversante.

Deux Grandes Gueules entretient une possible relation avec un classique du cinéma criminel transalpin, Phares dans le brouillard (Fari nella nebbia, 1942) de Gianni Franciolini qui se déroulait lui aussi dans le monde des routiers. Cela lui a valu d’être programmé à la Cinémathèque française cette année dans le cadre du cycle consacré au film noir italien. On se désespère de revoir un jour le film de Corbucci qui n’a pas encore – à notre connaissance – été édité en Italie en DVD.

Posted in Uncategorized | Leave a comment

Les Enfants de la nuit de Caroline Deruas

Les Enfants de la nuit

Les Enfants de la nuit

Hier est sorti à Paris un court métrage de 26 minutes, distribué par Ad Vitam : une pratique de plus en plus courante qui tend à distinguer des films courts et à les montrer comme des films à part entière, malgré une durée « non réglementaire », avec des séances à tarifs spéciaux, tous les jours au Saint-Germain-des-Prés. Nous voulons parler des Enfants de la nuit de Caroline Deruas, troisième court métrage de la jeune réalisatrice qui avait obtenu le Léopard d’argent dans la section « pardi di domani », du Festival del film Locarno en 2011. Nous avons assisté aux débuts de cette jeune réalisatrice puisque nous avions sélectionné son premier court métrage à la Quinzaine des Réalisateurs en 2006, L’Etoile de mer. Puis Le Feu, le sang, les étoiles (2008) fut présenté à Locarno et nous nous sommes retrouvés l’année dernière à Locarno encore où Les Enfants de la nuit a été primé, début d’une belle carrière internationale dans les festivals.

Par son style et son sujet, Les Enfants de la nuit est sans doute des trois films courts celui qui s’apparente le plus à un long métrage, témoin de l’évolution de Caroline Deruas vers une forme beaucoup plus romanesque que ses deux premiers essais, qui s’approchaient davantage de l’esquisse poétique ou de l’évocation intime.

Les Enfants de la nuit aborde avec sensibilité et intelligence le thème des femmes tondues à la fin de la Seconde Guerre mondiale. La reconstitution historique n’intéresse pas la réalisatrice, qui traite son sujet mais désire aussi parler de résistance (morale, esthétique), au présent et pas au passé, d’amour et peut-être de féminisme. Le film raconte l’histoire d’amour dans la campagne française entre deux jeunes gens que tout sépare, une fille indépendante et un soldat allemand. Tourné en 35mm et en noir et blanc, sous l’influence avouée du cinéma de François Truffaut (mélange de fièvre et de retenue, amour pour les personnages et des acteurs qui les interprètent, élégance classique de la mise en scène) Les Enfants de la nuit nous émeut, nous séduit et nous invite à attendre avec confiance et curiosité le passage de Caroline Deruas du court au long métrage, ce qui ne saurait tarder.

Posted in Uncategorized | Leave a comment

En route pour Arte

Deux ans mois pour mois après l’ouverture de ce blog en novembre 2010, initié par le Festival del film Locarno, je débute à compter du 5 novembre 2012 mes nouvelles fonctions aux postes de directeur de l’Unité Cinéma d’Arte France et de directeur général délégué d’Arte France Cinéma.

Vous pourrez à partir de la semaine prochaine suivre ce blog à l’adresse http://www.arte.tv/sites/fr/olivierpere/, mais le contenu en demeurera inchangé : hommages aux cinéastes et aux films que nous aimons (récents et moins récents, célèbres ou méconnus), regard subjectif sur l’histoire du cinéma, compte-rendu de festivals, nécrologies (le moins possible, merci), jardins secrets, madeleines de Proust… A tout cela bien sûr s’ajoutera l’actualité cinéma d’Arte : les tournages, les sorties de nos coproductions en salles et en DVD, leurs sélections dans les festivals, les cycles et les événements cinéma de la chaîne, plus tout ce qui nous donne envie d’écrire sur le cinéma, tout le cinéma, rien que le cinéma.

Je vous remercie pour votre fidélité et votre intérêt croissant pour ce blog cinéphile et j’espère vous retrouver encore plus nombreux sous la bannière d’Arte.

Posted in Uncategorized | 6 Comments

Le Carrosse d’or de Jean Renoir

Le Carrosse d'or

Le Carrosse d’or

Le chef-d’œuvre de Jean Renoir ressort aujourd’hui en version restaurée dans les salles françaises, distribué par Les Acacias.
La restauration (TF1-DA) du Carrosse d’or a été faite à partie des négatifs trichromes Technicolor, procédé rare en France à l’époque. Un tournage en plusieurs langues a souvent été évoqué (français, italien, anglais) mais cette restauration a démontré que la version originale est anglaise, conformément aux propos de Renoir.

Une troupe de comédiens italiens décidée à faire découvrir la commedia dell’arte au Nouveau Monde vient bouleverser la vie d’une cour dans une colonie de l’Amérique espagnole au XVIIIe siècle. Camilla, Colombine à la scène, a rencontré sur le bateau un séduisant officier et ils ont passé leurs nuits dans le carrosse d’or destiné au vice-roi. Ce dernier va tomber amoureux de Camilla, de même qu’un fougueux toréador. Courtisée par trois hommes, Camilla finira par choisir le théâtre, où elle peut s’oublier dans des personnages de composition en attendant de savoir, un jour peut-être, qui elle est et ce qu’elle veut vraiment. Car Camille, toujours sincère, « sur la vie comme sur les planches, rencontre le succès au théâtre et détruit ceux qu’elle aime dans la vie. Où est la vérité, où donc finit le théâtre, où commence la vie ? » Le Carrosse d’or (1954) propose une réflexion géniale sur la vie et le monde du spectacle, la réalité et la représentation, thèmes centraux de l’œuvre de Renoir qui trouvent ici leur aboutissement. S’inspirant d’une nouvelle de Mérimée, Renoir construit un film où théâtre et réalité communiquent sans cesse, souvent à l’intérieur du même plan, grâce à la scénographie et la profondeur de champ. Le rideau se lève sur les appartements royaux, tandis que Camilla ordonne aux aristocrates de saluer à la fin du second acte. La prodigieuse utilisation du Technicolor par le directeur de la photographie Claude Renoir porte l’art de la couleur à un degré de raffinement jamais égalé. Anna Magnani, dans le rôle de sa vie, est sublime.

Posted in Uncategorized | Leave a comment

Saudade de Katsuya Tomita

Saudade

Saudade

Bienvenue à Kôfu, dans la préfecture de Yamanashi. Seiji travaille sur des chantiers. Il sympathise avec Hosaka tout juste revenu de Thaïlande. Ensemble, ils passent leurs soirées dans les bars en compagnie de jeunes Thaïlandaises. Sur un chantier, ils rencontrent Takeru, membre du collectif hip-hop de la ville, Army Village. Touché par la crise économique, ce dernier chante son mal-être et sa rage contre la société. Lors d’un défi au cours d’un concert de rap, Takeru et son collectif affrontent un groupe de Brésiliens aux origines japonaises. Commence alors une « bataille des mots » sur fond identitaire. Le résultat du duel sera humiliant pour Takeru, et marquera la naissance d’un sentiment de rancœur, de frustration et de haine qui débouchera sur un crime raciste.

Voici un film précieux et inespéré, un choc qui réveille le cinéma japonais et bouscule son académisme.

Saudade

Saudade

Rendons à César ce qui appartient à César : nous avons découvert l’existence de Katsuya Tomita grâce à un article publié dans « Les Cahiers du cinéma » il y a deux ans et signé Terutarô Osanaï. Cela est suffisamment exceptionnel pour être salué. Cet article qui évoquait l’existence d’un collectif cinématographique autour d’un jeune cinéaste, Katsuya Tomita, déjà auteur de deux longs métrages montrés uniquement au Japon, et de son prochain projet Saudade en cours de montage nous donna immédiatement envie de voir ce film et de rencontrer son réalisateur lors du voyage à Tokyo que nous devions entreprendre quelques semaines plus tard. Ce fut chose faite et le film, ne décevant en rien nos attentes, reçut immédiatement une invitation à Locarno où il suscita l’enthousiasme des plus zélés commentateurs du festival, comme le critique portugais Francisco Ferreira ou Philippe Azoury, qui n’hésitèrent pas à comparer Saudade, par sa longueur et son projet esthétique au fameux Milestone de Robert Kramer.

Découvert donc en compétition internationale lors du 64e Festival del film Locarno en 2011, Montgolfière d’or du Festival des Trois Continents de Nantes quelques mois plus tard, Saudade sort le 31 octobre sur les écrans français, distribué par Alfmana films. C’est l’un des plus beaux films qu’on puisse voir en cette fin d’année, révélation non seulement d’un cinéaste mais aussi d’une nouvelle génération et d’un nouveau regard sur le Japon, preuve que ce « cinéma guérilla » n’est pas toujours un stupide argument publicitaire mais qu’il existe vraiment, un peu partout dans le monde, et qu’il est synonyme de création, d’espoir et de liberté.

Saudade est une fresque qui vibre au rythme d’une ville entière, la peu souriante Kôfu dans la province de Yamanashi, et de ses habitants, la plupart victime de la crise économique et appartenant à plusieurs ethnies (principalement des immigrés thaïlandais et brésiliens attirés par l’eldorado nippon). On découvre dans Saudade un Japon provincial et ouvrier, avec des problèmes de racisme, de chômage et d’intégration. Plutôt de que jouer la carte d’un cinéma social, Tomita réalise une forme d’utopie filmique qui embrasse toute une communauté, avec une rage, une énergie et une foi dans le cinéma qu’on n’avait pas vu au Japon depuis les nouveaux cinémas des années 60 et 70, Imamura, Oshima, Wakamatsu, dans un registre sans doute très différent mais tout aussi politique.

Loin de la stylisation extrême dans laquelle le cinéma japonais s’est enfermé au fil des décennies, au risque de l’assèchement, Tomita filme le monde tel qu’il va (mal) davantage à la manière du chinois Jia Zhangke, du taïwanais Hou Hsiao-hsien à des débuts, voire de Pedro Costa ou de Rabah Ameur-Zaïmeche, sans parler des grands modernes Godard et Pasolini.

La vie déborde du film, et pourtant tout est mis en scène avec un sens du cadre, du rythme et du montage remarquables et purement cinématographique. Il faut insister sur le fait que les 167 minutes de ce chef-d’œuvre ne sont jamais ennuyeuses et que Saudade, vaste fleuve filmique charriant destins humains, poème urbain entraînant le spectateur dans un tourbillons d’histoires et de tragédies semble beaucoup moins long que bien des pensums prétentieux ou films d’action calibrés et assommants.

Ce n’est peut-être qu’un élément biographique, mais Tomita, né en 1972 à Kôfu, a exercé les métiers d’ouvrier et de camionneur. C’est en travaillant sur les routes et les chantiers qu’il a pu produire Saudade avec un collectif de cinéastes nommé Kuzoku et le film a été tourné sur une année, avec les protagonistes réels de cette odyssée qui comme quelques-uns des meilleurs films de notre temps ne choisit pas entre fiction et documentaire mais invente une nouvelle façon de mettre en scène le monde : un cinéma véritablement prolétarien et poétique, où l’absence de moyens n’empêche pas une écriture cinématographique, une ambition formelle et romanesque d’une amplitude extraordinaire, un brassage de musique, de travail et d’errance nocturne, de métissage ethnique, de vie de couples et de familles, de plusieurs strates d’hommes et de femmes qui composent une symphonie urbaine et sociale inoubliable.

Saudade

Saudade

Posted in Uncategorized | Leave a comment