Camille redouble de Noémie Lvovsky

Camille redouble

Camille redouble

Découvert en clôture de la Quinzaine des réalisateurs, projeté sur la Piazza Grande lors de la 65ème édition du Festival del film Locarno (où Noémie Lvovsky était aussi membre du jury de la compétition internationale, et où le film a remporté le Variety Award), Camille redouble sort aujourd’hui sur les écrans français, distribué par Gaumont.

Le cinéma, c’est l’art du temps qui passe et de la mémoire, et nombreuses sont les fictions cinématographiques, fantastiques, dramatiques ou humoristiques qui se sont nourries des paradoxes et des voyages temporels pour raconter des histoires entre rêve et souvenir, utopie et uchronie. Camille redouble, c’est tout cela à la fois, et aussi une très belle comédie triste et émouvante, comme la vie.

Camille avait seize ans lorsqu’elle a rencontré Eric. Ils sont tombés fous amoureux et ont eu une fille…
25 ans plus tard, Eric quitte Camille pour une femme plus jeune.
En ce soir du Nouvel an, Camille se retrouve soudain confrontée à son passé. Elle a de nouveau seize ans et a retrouvé ses parents, ses copines, son enfance… et Eric.
Va-t-elle fuir et tenter de changer le cours de leurs vies ? Va-t-elle retomber amoureuse de lui, même si elle sait comment leur histoire va se terminer ?

Le nouveau film de Noémie Lvovsky ne cache pas sa dette envers Peggy Sue s’est mariée (Peggy Sue Got Married, 1986), chef-d’œuvre de la veine sentimentale de Francis Ford Coppola dans lequel la même actrice (Kathleen Turner) interprétait une femme à deux âges de sa vie, victime d’un retour dans le passé. Lvovsky admire Coppola et son rapport au temps et à l’altérité physique que l’on retrouve aussi bien dans Rusty James (Rumble Fish, 1983) que Dracula (1992), Jack (1996) ou L’Homme sans âge (Youth Without Youth, 2007). Mais son film n’a rien d’un remake ou même d’un hommage. La cinéaste imagine une fausse comédie du remariage (sous-genre fécond de la comédie hollywoodienne, illustré par Hawks, Sturges, Cukor ou La Cava) qui déjoue les attentes du rêve de la seconde chance (retourner dans le passé pour modifier le présent) pour proposer une vision mélancolique de la vie, où l’on se condamne soi-même à faire les mêmes choix, y compris pour le pire. Camille retournée en adolescence ne peut s’empêcher de tomber amoureuse de son futur mari, même si elle sait que les choses vont dégénérer. Les histoires d’amour finissent mal, en général, mais ce n’est pas une raison pour ne pas les vivre. Camille redouble est donc l’histoire d’un divorce réussi, mais également d’un double deuil accompli, celui de son amour de jeunesse et aussi de sa mère bien-aimée, qu’on a la chance de revoir une dernière fois avec qu’elle ne nous quitte définitivement. Noémie Lvovsky, aussi formidable devant que derrière la caméra nous dit aussi avec Camille redouble que tous les âges de la vie cohabitent en nous. Il n’y a pas les jeunes d’un côté et les vieux de l’autre. L’adolescence est aussi le temps de la gravité et de la sagesse, et l’âge adulte celui de l’insouciance et de l’irresponsabilité, ce qui explique, ou excuse, toutes nos erreurs et toutes nos bêtises. C’était déjà le sujet de ses précédents films, La vie ne me fait pas peur (découvert et primé à Locarno en 1999), Les Sentiments (2003) ou Faut que ça danse ! (2007). En mélangeant acteurs et actrices de différentes générations distribués dans des rôles qui ne correspondent pas toujours à leur âge dans la réalité, et en interprétant elle-même Camille à seize ans, sans que cela soit le moins du monde improbable, Noémie Lvovsky parvient à donner une vérité visuelle et une forme cinématographique vivante et inspirée à son propos. Car le cinéma, c’est aussi de l’image.

Entretien avec Noémie Lvovsky

 

Actrice, réalisatrice, scénariste, Noémie Lvovsky est la femme orchestre du formidable Camille redouble, comédie aussi drôle qu’émouvante. A l’occasion de la projection du film sur la Piazza Grande, nous lui avions posé cinq questions le 28 juillet 2012.

Faire un film, n’est-ce pas le moyen pour parler à ses parents et à ceux qu’on aime ou qu’on a aimé ?

C’est vrai que Camille redouble parle beaucoup de la perte. Quand on fait un film on ne peut pas penser aux spectateurs, c’est trop abstrait et trop large. Alors on l’adresse à quelqu’un. Peut-être qu’avant tout on le fait pour les acteurs, le producteur et l’équipe. Et puis pour deux ou trois personnes, secrètes ou pas.

L’adolescence est-elle un âge plus cinématographique qu’un autre ?

C’est une période de la vie où on a tous les âges à la fois. L’adolescence est un âge où on peut se comporter comme un petit enfant et avoir aussi la maturité d’un vieillard. C’est passionnant à filmer car au cours d’une même journée on peut passer de l’euphorie à un désespoir total.

Camille redouble a-t-il été pensé, dès son écriture, comme un film fantastique ?

A partir du moment qu’il y avait un voyage dans le temps c’était forcement de la science-fiction, mais nous avons essayé d’écrire l’histoire de la manière la plus réaliste possible, en se mettant à la place de Camille, comme si cela nous arrivait vraiment.

C’est la première fois que vous jouez dans l’un de vos films.

Cela s’est décidé très tard. Je n’écris jamais en pensant à des comédiens. C’est mon producteur Jean-Louis Livi qui a insisté pour que je joue le rôle et m’a demandé de passer des essais avant de rencontrer d’autres comédiennes. Je n’étais pas bonne, alors il m’a proposé de recommencer avec maquillage, coiffure, costumes… J’étais meilleure parce que les conditions d’un tournage donnent une intensité qu’on n’a pas devant une petite caméra vidéo. L’équipe et le producteur ont été convaincus, et pour moi le plaisir de jouer l’a emporté.

Depuis quelques années vous jouez beaucoup pour d’autres cinéastes.

Enfant je voulais être actrice et j’ai tout arrêté à quinze ans à cause d’une réflexion épouvantable : on n’avait dit que je n’avais pas d’âge ! J’ai fait une croix dessus et c’est revenu il y a une dizaine d’années parce que des amis cinéastes m’ont demandé de jouer. Je l’ai fait par hasard et j’ai aimé ça. J’ai l’impression de bien connaître les comédiens, le trac, le fait de donner son visage et son corps à un plan.

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