Carrie au bal du diable de Brian De Palma

Carrie

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Bien arrivé à Toronto merci avec les camarades Nadia Dresti et Manlio Gomarasca, déjà vu le très sympathique Argo de Ben Affleck et l’horrible Antiviral de Brandon Cronenberg le premier jour du festival. Beaucoup de films très attendus dont le nouveau film de Brian De Palma Passion dont nous ne manquerons pas de vous parler bientôt dans ces colonnes. En attendant si nous revenions sur l’un des grands films de notre cinéaste de chevet, un habitué de Toronto qui s’était montré peu aimable lorsque nous avions osé le saluer l’année dernière avant une projection (Godard est beaucoup plus sympathique que lui.) De Palma première période ou la quête de l’impureté. Avant de s’enfermer dans des formes de plus en plus abstraites, théoriques ou autoréférencés De Palma nous offrait quelques beaux mélodrames fantastiques (Sœurs de sang, Phantom of the Paradise, Obsession, Furie, Blow Out) qui mêlaient l’exhibitionnisme technique et un déferlement tout aussi impudique de larmes et de haine avec des monstres humains, des pervers malheureux et des fantômes amoureux. Avant de devenir cérébral le cinéma de De Palma frappait aux tripes. Carrie au bal du diable (titre français un peu débile et tombé en désuétude de Carrie, 1976) fait partie de cette famille de films qui ont pu nous faire croire, parce que nous l’étions aussi, que De Palma était un grand romantique.

Carrie

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Carrie, une jeune adolescente tourmentée par ses compagnes de lycée et surtout par sa mère, une bigote fanatique qui lui inculque la haine du péché, se découvre des dons de télékinésie qui l’aideront à se venger d’une plaisanterie atroce. On connait l’histoire, inspirée d’un roman de Stephen King. Elle a été recyclée une bonne douzaine de fois depuis, la puberté diabolique étant devenu dans les années 70 et 80 un poncif du film d’horreur du samedi soir. Contrairement à La Nuit des masques (Halloween, 1978) de John Carpenter, l’autre grand film séminal du cinéma fantastique américain moderne, Carrie ne joue pas la carte de l’épure hawksienne ou tourneurienne. Entre l’opéra italien, Jerry Lewis, Bava, Powell, Godard et Peckinpah, De Palma ne choisit pas. Si Hitchcock est déjà son cinéaste d’élection (il réalise l’année précédente un premier pastiche de Psychose, Sœurs de sang) son amour malade du cinéma ne peut se soigner que par un désir de cinéma baroque, proliférant et citationnel. Ouvrir son film par une scène de douche où le sang coule quand personne ne s’y attend n’est pas un hasard.

Carrie

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De Palma n’a jamais été un comique mais la description du campus dans Carrie évoque souvent le chef-d’œuvre de Lewis Docteur Jerry et Mister Love et le film connaît un point d’orgue de déchaînement de violence comme dans La Horde sauvage, avec des couleurs irréelles dignes des Chaussons rouges. Synchrone dans ses obsessions avec une brève période de permissivité de la censure De Palma décide de s’engouffrer dans l’explicite, l’obscène, le maladif. Chez De Palma le sexe est toujours contourné et s’exprime au travers de perversions, la plus répandue dans son œuvre étant le voyeurisme. Carrie est un film dédié au sang (on a connu des obsessions plus nobles) et chaque goutte du fluide vital est utilisée par De Palma comme les notes d’une partition visuelle tour à tour mélancolique, stridente et onctueuse, à l’image de celle composée par Pino Donaggio, l’alter ego musicien du cinéaste.

Du sang de la pauvre Carrie qui découvre ses premières règles sous la douche dès la séquence du générique au sang de cochon qu’elle recevra en public lors du bal de fin d’année De Palma travaille le matériau le plus trivial et le transcende par la virtuosité de sa mise en scène et de sa direction d’actrices (Sissy Spacek et Piper Laurie sont géniales) dans un mélange de romantisme morbide, de puritanisme anglo-saxon et de provocations latines et blasphématrices héritées des outrances du cinéma d’horreur italien. Peu de films avant et après Carrie sont parvenus à maltraiter autant le spectateur, le faire rire à des gags aussi crétins, le terrifier et le faire pleurer devant des situations aussi invraisemblables. Ces quelques films traumatisants et émouvants, Phantom of the Paradise, Obsession, Furie ou Blow Out étaient tous signés Brian De Palma.

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Sissy Spacek et Brian De Palma sur le tournage de Carrie

Sissy Spacek et Brian De Palma sur le tournage de Carrie

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