Les Criminels de Joseph Losey

Deux scènes des Criminels

Deux scènes des Criminels

Les Criminels (The Criminal / Concrete Jungle, 1960) appartient à la meilleure période de l’exil européen de Joseph Losey, chassé des Etats-Unis par l’hystérie anticommuniste. Réfugié à Londres, le cinéaste y met en scène, d’abord sous pseudonyme, puis sous son vrai nom, une série de films remarquables dans lesquels il conserve intacte, contrairement à d’autres victimes du maccarthysme (Jules Dassin, John  Berry) l’acuité de son talent. La bête s’éveille, Temps sans pitié, L’Enquête de l’inspecteur Morgan, Gypsy… Ces films s’apparentent généralement au genre du thriller (à l’exception du film historique Gypsy), comme ces Criminels qui apporte au film de prison et à ses codes bien définis un surcroît de réalisme, avec une attention presque documentaire portée aux décors de cellules. Entre deux séjours en prison un gangster réussit un hold-up fructueux. Le scénario est cosigné par Jimmy Sangster, pillier de la Hammer films (pour laquelle Losey réalisera l’étrange fable de science-fiction Les Damnés trois ans plus tard.) Le personnage principal est interprété par Stanley Baker, acteur viril qui incarne à la perfection les antihéros violents et névrosés du Losey « première période » (les deux hommes tourneront quatre films ensemble.) Dans ce polar brutal, le cinéaste ne renonce en rien à sa conception marxiste de la société et l’univers carcéral, rongé par la corruption et évidemment inégalitaire se transforme en métaphore de notre système social et économique. Hélas Les Criminels est l’un des derniers films de Losey à réunir toutes les qualités de son cinéma qui va bientôt sombrer dans l’intellectualisme au gré d’entreprises culturelles de plus en plus décevantes. De la fin de carrière de Losey seul Mr. Klein (1976) réalisé en France avec Alain Delon dans le rôle-titre s’avère totalement convaincant et même génial. Le Messager (The Go-Between, 1971) est très beau aussi. Les Criminels ne prétend pas au statut de chef-d’œuvre mais il est parfaitement représentatif de l’art d’un cinéaste en pleine possession de ses moyens. Plus pour longtemps.

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