Laura d’Otto Preminger

Laura

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Si on peut parler de film mythique, c’est bien à propos de Laura. Résultat d’un genèse tumultueuse, fruit d’un rapport orageux (à la suite d’un conflit entre Otto Preminger et Daryl Zanuck, le film fut commencé par un autre cinéaste, Rouben Mamoulian, avant que Preminger ne puisse enfin prendre le contrôle du film et mener à bien un projet dont il avait été l’instigateur). Le résultat, génial, marque les véritable début de la carrière de Preminger, auparavant metteur en scène de théâtre et auteur de quelques films mineurs. Cette enquête policière sur l’assassinat raté d’une jeune et brillante publicitaire est à la fois un classique absolu du film noir et le chef-d’œuvre inaugural d’une série d’études psychologiques centrées autour d’un personnage féminin fascinant, qui empruntent souvent la forme du film policier (Crime passionnel, Un si doux visage) mais aussi du mélodrame historique (Ambre), où Preminger perfectionne son art de la mise en scène, constitué de longs plans, de savants mouvements de grue et d’une direction d’acteurs (et plus encore d’actrices) virtuose.

Otto Preminger est l’exemple même du cinéaste pour cinéphiles, celui dont les titres des films – ou plutôt de leurs souvenirs, plus ou moins lointains, plus ou moins exacts, se murmurent entre deux séances des cinémathèques. Certains de ses films ont acquis une célébrité immortelle – Laura en tête, grâce à la mythologie du film noir et la présence inoubliable de Gene Tierney. Laura occupe en effet une place particulière, voire essentielle, dans l’œuvre d’Otto Preminger. C’est un classique vénéneux du film noir, qui contient la plupart les ingrédients du genre et les transcende en évitant systématiquement les clichés : l’intrigue se déroule dans la haute société, Laura est l’antithèse de la femme fatale, le dialogue y est plus important que l’action, l’étude psychologique supplante l’enquête policière. Otto Preminger décida de faire commencer sa filmographie avec Laura, son sixième film, car c’est le premier sur lequel il pu exercer, au prix de nombreux combats, un contrôle artistique total. Laura est ainsi le point de départ d’une œuvre placée sous le signe de la maîtrise, mais aussi un film programmatique qui expose à la fois l’art de la mise en scène selon Preminger, sa conception de l’indépendance au sein du système hollywoodien et aussi les thèmes et les motifs centraux des films à venir. La réussite parfaite de Laura repose sur un art de l’équilibre et un génie de la composition plastique et narrative, qui englobe destins individuels et histoires de couples, violence et rétention, intelligence froide et émotion, scepticisme hautain et humanisme. Il y a déjà dans Laura la perfection de la mise en scène « invisible » de Preminger, sa lucidité sur les rapports entre les hommes et les femmes, son génie de la direction d’actrice (Gene Tierney n’a jamais été aussi sublime.) Il est impossible de ne pas faire le rapprochement entre Preminger et ses talents de Pygmalion et le personnage de Waldo Lydecker, double pervers du cinéaste, mais aussi son antithèse dans le rôle de l’intellectuel à la fois démiurgique et impuissant auquel échappe l’objet de sa passion.

Laura ressort aujourd’hui en copies neuves distribué par Action Cinémas / Théâtre du Temple, à l’occasion de la grande rétrospective Otto Preminger organisée par le Festival del film Locarno et qui est reprise actuellement à la Cinémathèque française (du 30 août au 8 octobre). Le même distributeur a ressorti Le Mystérieux Docteur Korvo (Whirpool) le 22 août et ressortira Mark Dixon, détective (Where the Sidewalk Ends) le 5 septembre. Les éditions Capricci viennent de publier un ouvrage collectif en anglais et en français, sous la direction d’Emmanuel Burdeau, sobrement intitulé Otto Preminger. Après Locarno, la saison Preminger se poursuit à Paris, mais aussi à Lausanne et à Zurich (en janvier 2013 au Filmpodium).

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3 Responses to Laura d’Otto Preminger

  1. H.P.BORDON says:

    Cher Monsieur,
    Je m’appelle Hugo, je suis un jeune cinéphile espagnol qui habite à Paris. Je suis en train de suivre la retrospective Otto Preminger à la Cinémathèque française et j’ai bien aimé votre texte qui a été publié sur le programme. En fait, je l’ai traduit en espagnol et je voulais vous demander s’il serait possible de le publier sur mon blog: http://quemialegriaperdure.wordpress.com/
    Mon audience est assez limité, c’est un space plutôt personnel sur mes expériences cinématographiques à Paris.

    J’apprécie énormement votre travail et je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

    Bien cordialement,
    Hugo Pascual Bordon.
    Mon adresse mail: h_p_bordon@hotmail.com

    • Bonjour, oui bien sûr vous avez mon autorisation si vous maintenez ma signature. Vous avez de la chance de suivre la rétrospective Preminger à la Cinémathèque française de Bercy, je n’ai pas le temps de le faire (mais j’avais déjà vu presque tous les films de ce cinéaste lors de la précédent rétrospective au Palais de Chaillot il y a une vingtaine d’année). Merci de mon intérêt pour mon travail, bravo pour votre blog et bon séjour à Paris capitale mondiale de la cinéphile.

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