Birth de Jonathan Glazer

Birth

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Attention chef-d’œuvre. C’est sans doute l’un des plus beaux films de ces dernières années et peu de gens le savent. Echec commercial à sa sortie, incompréhension critique, on connait la chanson. Ceux qui voient vraiment les films ne se sont pourtant pas trompés. Par son intelligence, son ambition, la perfection de sa mise en scène et de son interprétation, Birth (2004) de Jonathan Glazer se hisse au niveau des plus grandes réussites de Kubrick, Polanski, Buñuel. Trois cinéastes qui hantent le film de Jonathan Glazer, autant par les thèmes et les décors de Birth que par sa beauté purement cinématographique : Grande bourgeoisie, monde oppressant, sujet à la lisière de fantastique avec des réminiscences conscientes de Barry Lyndon (au moins une scène en commun), Eyes Wide Shut (Nicole Kidman…), Rosemary’s Baby (l’immeuble new yorkais…) et Max mon amour de Nagisa Oshima (hommage au Buñuel français, scénario de Jean-Claude Carrière).

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Dix ans après la mort soudaine de l’homme de sa vie, Anna est sur le point d’épouser un riche prétendant qui lui fait la cour depuis des années, avec la bénédiction de sa mère, une grande bourgeoise new yorkaise. C’est à ce moment qu’un jeune garçon se présente à son domicile et s’oppose au mariage. Il prétend être la réincarnation du premier mari d’Anna. Par un cinéaste dont on n’attendait rien de spécial (Jonathan Glazer, auteur de vidéoclips remarqués et d’un premier film pas mal, le polar pinterien Sexy Beast) et un scénariste dont on n’attendait plus grand-chose (Jean-Claude Carrière, qui s’échappe de ses adaptations littéraires), Birth est davantage qu’une bonne surprise. C’est un film inhabituel par sa forme et son propos, un objet de prime abord chic et aseptisé (comme ses décors d’appartements cossus des beaux quartiers de New York) qui devient de plus en plus perturbant, émouvant et triste, jusqu’à une conclusion franchement stupéfiante. Il est important de préciser que malgré son point de départ, Birth n’est pas un film fantastique. Loin de nous l’idée de dénigrer le cinéma de genre, mais ceux qui ne verront dans Birth qu’un démarquage sans personnalité des récentes productions de M. Night Shymamalan et de son style devenu une marque de fabrique facilement imitable (ambiances feutrées, dialogues chuchotés, scénario énigmatique) passeront à côté de l’originalité du film. Il n’y a pas de pirouette scénaristique dans Birth, ni de révélation de dernière minute, mais un film dissimulé derrière un autre, une histoire de réincarnation qui cache longtemps le cœur du problème, soit la névrose de l’héroïne et sa projection fantasmatique. Comme fiction du dérèglement, Birth déploie des trésors de perversité. L’apport de Jean-Claude Carrière se ressent dans la description étouffante d’un monde clos et ritualisé (la grande bourgeoisie) et à son imperceptible effritement, lorsque la rétention des sentiments des protagonistes, les règles sociales sont bouleversées par l’intrusion d’un élément perturbateur. Si bien qu’au milieu du film, le jeune garçon joue le même rôle que le singe dans Max mon amour d’Oshima : celui d’un amant improbable et impossible imposé par la folie de la femme à son entourage et qui sème le désordre. Birth est le portrait d’une femme qui suffoque et prend peu à peu congé avec le réel (avant que celui-ci ne la rattrape méchamment), et qui cherche dans l’irrationnel une solution à son angoisse. Dans le rôle d’Anna, Nicole Kidman se révèle une fois de plus absolument géniale. A l’époque pas si lointaine de Birth elle était la plus grande star du cinéma mondial et aussi une des plus grandes actrices contemporaines, alignant les performances remarquables mais surtout, ce qui est encore plus précieux, choisissant les bons films et les vrais cinéastes (Kubrick, Lars von Trier, Glazer…) On ne savait pas encore en 2004 que son interprétation renversante dans Birth serait son apothéose avant un long passage à vide et une éclipse artistique qui on l’espère prendra fin bientôt. Il est rare de trouver dans le cinéma américain, pseudo indépendant ou pas, des films aussi adultes, ambitieux et élégants (la mise en scène est belle et particulièrement inspirée, avec de longs plans envoûtants qui captent le désarroi de l’héroïne, les subtiles variations de son âme, comme ce sublime plan séquence sur son visage à son arrivée à l’opéra), s’aventurant dans des territoires mentaux et affectifs que connaissent les spectateurs de Bergman et dont on ne sort part indemne.

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On peut aujourd’hui parler d’un nouveau souffle du cinéma britannique avec l’apparition de cinéastes aussi passionnants que Ben Weathley (Kill List), Peter Strickland (Berberian Sound Studio) ou Joe Cornish (Attack the Block). Ne pas oublier que Jonathan Glazer est toujours le premier de la liste. On l’a rencontré à Londres il y a quelques années uniquement pour lui témoigner notre admiration et on a découvert un homme d’une intégrité et d’une humilité absolues. Pas étonnant alors qu’il se fasse aussi rare, à l’instar de Roger Avary aux Etats-Unis ou Leos Carax en France. Bonne nouvelle : le film le plus attendu de 2013 est un film de Jonathan Glazer. Il s’appelle Under the Skin avec Scarlett Johansson en extraterrestre érotique en visite sur terre, dans la campagne écossaise. On trépigne d’excitation et on a raison.

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2 Responses to Birth de Jonathan Glazer

  1. Félix says:

    Je te suis éternellement reconnaissant d’avoir si joliment su déterrer ce film pourtant pas si vieux et de m’avoir ainsi incité à le découvrir !
    Très beau film.

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