Locarno 2012 Day 7 : Harry Belafonte

Harry Belafonte, Pardo alla Carriera

Harry Belafonte, Pardo alla carriera

Le grand acteur et chanteur américain Harry Belafonte a reçu hier sur la Piazza Grande un pardo alla carriera pour l’ensemble de son œuvre. Moment d’émotion et d’élégance inoubliable au cours duquel ce grand monsieur a reçu une “standing ovation” de la Piazza. C’est rare. Aujourd’hui il rencontrera le public du festival pour une discussion modérée par Chris Fujiwara (auteur d’une excellente biographie d’Otto Preminger et directeur artistique du Festival d’Edinbourg), au Forum à 13h30.

Carmen Jones

Carmen Jones

Si nous célébrons Harry Belafonte à Locarno cette année, c’est bien sûr parce qu’il fut inoubliable dans Carmen Jones d’Otto Preminger (1954), l’un des chef-d’œuvre du réalisateur hollywoodien dont nous proposons la rétrospective complète durant les onze jours de la manifestation.

Harry Belafonte est né à Harlem dans la ville de New York le 1er mars 1927. Quand ses parents divorcent, le jeune garçon part vivre en Jamaïque, l’île de sa mère, où il passera toute sa scolarité. La carrière musicale sera bien sûr nourrie de la musique et du folklore caribéen. De retour à New York, le jeune homme fait ses débuts au théâtre et intégre un cours d’art dramatique où il fait ses classes aux côtés de Tony Curtis et Marlon Brando qui resteront ses amis (notamment Brando qui s’engagera souvent avec lui pour les mêmes causes politiques). Ses talents de chanteur sont remarqués et après des passages dans les clubs de jazz de la ville, il devient une vedette de Broadway. C’est le début d’une longue carrière de chanteur marquée par un succès sans précédent pour un artiste de couleur, et un artiste tout court. Son troisième album Calypso en 1956 fut le premier à atteindre le million d’exemplaire vendu. Belafonte importe aux Etats-Unis les rythmes de la Jamaïque et devient une star extrêmement populaire sur scène et dans les émissions de télévision. Parallèmement à une longue et brillante carrière de chanteur (une trentaine d’albums entre 1954 et 1997), Harry Belafonte fréquente aussi les plateaux de cinéma et de télévision en tant qu’acteur. Il apparaît pour la première fois sur un grand écran dans Bright Road en 1953. Le film est tombé dans l’oubli, mais on peut y voir Belafonte donner la réplique à Dorothy Dandridge, une actrice de couleur à la grande beauté. Lorsqu’il prépare la production de Carmen Jones, sa version moderne de l’opéra de Bizet entièrement interprétée par des acteurs noirs, Otto Preminger constate que l’alchimie opère entre les deux comédiens, et les engage pour être le couple vedette d’un chef-d’œuvre qui obtient en 1954 un grand succès dans le monde entier, sauf en France où il est interdit jusque dans les années 80 par les héritiers de Bizet !

Calypso

Calypso

Le film suivant de Belafonte, Une île au soleil (Island in the Sun, 1957) de Robert Rossen est un mélodrame exotique qui aborde le sujet du racisme, avec Joan Fontaine, James Mason, Joan Collins et de nouveau Dorothy Dandridge. Ces deux films permettent à Belafonte d’exprimer ses talents de comédien mais aussi de chanteur (Carmen Jones est un opéra et Une île au soleil se déroule dans les Caraïbes. Voulant sans doute échapper à des rôles trop stéréotypés, Belafonte ne tournera pas beaucoup de films à Hollywood. Il décide de produire lui-même (sans être crédité au générique) un film indépendant de science-fiction où il partage l’affiche avec Mel Ferrer et Inger Stevens. Le Monde, la chair et le diable (The World, The Flesh and the Devil, 1959) de Ranald MacDougall est une allégorie où les trois uniques survivants d’une apocalypse nucléaire sont une femme, un homme noir et un homme blanc. Plaidoyer antiraciste tourné en pleine guerre froide et peur de la guerre atomique, proche des convictions politiques et humanistes de Belafonte, le film n’est pas terrible mais il a le mérite d’ouvrir la voie à d’autres films plus réussis comme Le Survivant (The Omega Man, 1971) de Boris Sagal et aussi La Nuit des morts-vivants (The Night of the Living Dead, 1968) de George A. Romero qui aura lui aussi, sur un postulat semblable, l’idée de confier le rôle principal de son film à un acteur noir.

Le Coup de l'escalier

Le Coup de l’escalier

Le film suivant de Belafonte est d’une toute autre envergure. Il s’agit du Coup de l’escalier (Odds Against Tomorrow, 1969) de Robert Wise, classique du film noir qui aborde aussi le thème du racisme au travers d’une lutte à mort entre un ex flic haineux (Robert Ryan) et un musicien (Belafonte) réunis malgré eux pour commettre un hold up.

Après ce coup d’éclat Belafonte mettra sa carrière d’acteur entre parenthèses et ne reviendra que sporadiquement derrière les caméras, par exemple pour jouer dans le western de son ami Sidney Poitier Buck et son complice (Buck and the Preacher, 1972). Dans les années 80 il se rapproche du mouvement « Hip-Hop » et produit en 1984 le film étendard de la « breakdance » Beat Street.

Sa dernière apparition notable à ce jour au cinéma est dans Kansas City (1996) de Robert Altman où il interprète un parrain de la mafia locale. Mais on l’a également vu dans Bobby (2006) d’Emilio Estevez, film qui relate l’assassinat de Robert F. Kennedy le 6 juin 1968, dont Belafonte était un ami et un ardent supporter.

Car la vie et l’œuvre de Harry Belafonte sont étroitement liées à ses convictions de citoyen et ses activités en faveur de nombreuses causes, en particulier les droits civiques des personnes de couleur, la lutte contre la ségrégation et la discrimination raciales dont il fut l’un des héros aux Etats-Unis dans les années 50 et 60 aux côtés de Martin Luther King. Belafonte rencontre King au début des années 5O à New York et les deux hommes développeront une profonde amitiés jusqu’à l’assassinat du leader noir le 4 avril 1968. Belafonte n’a pas peur de mettre en jeu sa popularité auprès du public américain en militant courageusement et en participant à de nombreuses manifestations, n’hésitant pas à s’envoler avec Sidney Poitier dans l’état du Mississippi pour condamner les violences policières contre la population noire. Ses convictions politiques et son combat pour la paix et l’égalité des droits lui vaudront d’être espionné et d’être considéré comme un communiste lors de la sinistre chasse aux sorcières organisées par le sénateur McCarthy et le directeur du FBI J. Edgar Hoover. En 1960 le président des Etats-Unis John F. Kennedy le nomme consultant culturel dans le « corps pour la paix), poste qu’il occupe pendant cinq ans. A la suite de plusieurs voyages Belafonte se passionne pour le sort de l’Afrique, accablée par les guerres et la famine, et contribue à mobiliser le show business américain en lançant en 1985 l’opération caricative « We Are the World » qui connaît un immense retentissement planétaire.

En 1987 il accepte le poste d’ambassadeur de l’Unicef pour lutter en faveur de l’enfance dans le monde entier. Belafonte poursuit sans répit son engagement dans de nombreuses causes humanitaires, surtout aux Etats-Unis et en Afrique du Sud, où il lutta contre l’apartheid avant de devenir l’ami de Nelson Mandela. Aux Etats-Unis il se préoccupe de la délinquance juvénile dans les ghettos et des conditions d’arrestation et de détention des adolescents.

Nous monterons à l’occasion de la venue d’Harry Belafonte l’excellent documentaire qui lui a été consacré en 2011, Sing Your Song de Susanne Rostock. On y découvre la vie bien remplie, les combats, les victoires mais aussi les frustrations devant l’injustice d’un homme aussi magnifique physiquement que moralement, mettant ses talents de chanteur et d’acteur au service des plus nobles causes.

Sur Le Coup de l’escalier, lire https://olivierpere.wordpress.com/2012/01/23/le-coup-de-lescalier-de-robert-wise/

Sur Otto Preminger et Carmen Jones, lire https://olivierpere.wordpress.com/2012/01/12/retrospective-otto-preminger-au-festival-del-film-locarno-2012/

Dorothy Dandridge et Harry Belafonte posant pour Carmen Jones

Dorothy Dandridge et Harry Belafonte posant pour Carmen Jones

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