Locarno 2012 Day 2 : Alain Delon

Lifetime Achievement Award pour Alain Delon

Lifetime Achievement Award pour Alain Delon

Ce soir sur la Piazza Grande, nous aurons le plaisir et l’honneur de remettre à Alain Delon un Lifetime Achievement Award.

Existe-t-il un acteur européen qui mérite davantage le statut de star mondiale du cinéma ? Existe-t-il un acteur de sa génération qui puisse se vanter d’avoir joué dans autant de grands films et de chefs-d’œuvre ? Existe-t-il un acteur qui ait autant fasciné plusieurs immenses grands cinéastes diamétralement différents : Visconti, Antonioni, Melville, Zurlini, Losey, Godard. Existe-t-il un acteur capable de susciter autant de désir, d’admiration et de sentiments excessifs auprès des femmes comme des hommes ?

« Delon, le don » titraient Les Cahiers du cinéma en 1996 lors d’un entretien à l’occasion de l’hommage rendu à Alain Delon par la Cinémathèque française. Anagramme bien trouvé pour définir un animal de cinéma, un grand acteur à la fois hyper professionnel et instinctif, bête de travail qui a toujours eu, dès ses débuts, l’intelligence de comprendre que devant la caméra, il suffit « d’être. »

« Ses films sont d’abord des documentaires sur Delon » écrit Jean-François Rauger dans un beau texte sur l’acteur, « L’unique et son double » (in L’œil qui jouit, éditions Yellow Now). Des documentaires réalisés par quelques-uns des plus grands stylistes du cinéma moderne.

Le premier don d’Alain Delon, c’est évidemment sa beauté. Le deuxième, c’est d’instaurer une relation unique, parfois idyllique, parfois conflictuelle mais toujours créatrice avec les grands cinéastes. On ne les citera pas tous mais on est allé chercher les images de ses films qu’on a aimés, et dans lesquels on l’a aimé, pour diverses raisons : les chefs-d’œuvre incontournables bien sûr, de Plein soleil à Mr. Klein, mais aussi LE film de chevet Le Professeur (sublime), sans oublier L’Insoumis, Le Clan des Siciliens, Big Guns, Scorpio, La Piscine, Les Félins, Nouvelle Vague

Quelques jours avant le début du festival, Alain Delon nous a fait le plaisir de répondre à nos questions.

Alain Delon, au cours de votre carrière au cinéma, depuis vos débuts avec Yves Allégret jusqu’aux grands films d’auteur, vous vous êtes toujours distingué par des choix forts, jamais évidents. Entre vos propres désirs et vos obligations professionnelles, à quoi n’avez-vous jamais voulu renoncer ?

Je n’ai jamais voulu renoncer à mon indépendance et à ma liberté de choix. Au début de ma carrière ce sont surtout les grands metteurs en scène qui m’ont choisi. J’ai eu la chance et le privilège dans ma carrière de toujours faire ce que je voulais, quand je voulais et avec qui je voulais. C’est absolument unique. Mais tout a commencé grâce aux immenses cinéastes avec qui j’ai travaillé.

Vous avez souvent joué des rôles complexes qui appartiennent à une zone grise d’ambiguïté dans laquelle le mal est condamné mais le bien reste une image lointaine. Comment réussissez-vous à rendre à l’écran cette ambiguïté ?

Si on n’y arrive pas il faut faire autre chose. C’est le travail de l’acteur, et le résultat de la communion entre l’acteur et le metteur en scène. C’est un dialogue personnel et à deux. Si il est capable de me le demander, je dois être capable de lui donner.

Je me suis toujours senti à l’aise avec la caméra. Je la regarde comme je regarde deux yeux, elle ne m’a jamais gênée. J’adore regarder dans l’objectif, j’ai l’impression de regarder un spectateur et de lui parler directement. J’ai tourné mon premier film avec Yves Allégret, Quand la femme s’en mêle. La première chose qu’il m’a dit est « tu sais Alain, je ne voudrais pas que tu joues, je voudrais simplement que tu sois toi, que tu bouges comme tu bouges, que tu parles comme tu parles, que tu regardes comme tu regardes. Sois toi. Ne joue pas. » C’est exactement ce que j’ai fait et tout est parti de là.

Dans votre carrière d’acteur, le cinéma de Luchino Visconti et, en particulier, le film Rocco et ses frères ont représenté un tournant.

Tout est parti de là, mais il faut remettre les choses à leur place. Le vrai tournant a été Plein Soleil. C’est à la suite de la vision de Plein Soleil que Visconti m’a demandé de jouer Rocco. Cela se passait en Italie, à Rome. J’ai eu un début de carrière absolument phénoménal, auquel je pense toujours. J’ai été choisi par René Clément pour faire Plein Soleil, et ensuite par Visconti. Il n’y avait qu’à se laisser porter… Visconti était un metteur en scène d’opéra et de théâtre, Clément un grand professionnel du cinéma. J’ai commencé à travailler dans des conditions que plus personne ne connaîtra. C’étaient les années romaines entre 1959 et 1963, Plein Soleil, Rocco et ses frères, Le Guépard. Je souhaite cela à tous les acteurs.

Vous êtes entré dans l’histoire du cinéma pour l’excellence de votre interprétation et plusieurs chefs-d’œuvre, mais aussi pour votre beauté. Pourtant, cette beauté, vous avez toujours fait en sorte qu’elle échappe aux stéréotypes cinématographiques. Cela a-t-il été compliqué ?

Non pas vraiment, parce que c’était l’époque des « jeunes premiers », ce qui n’existe plus. Le prototype du « jeune premier » était d’abord beau. On aimait que je jeune acteur qui débute soit beau. Avant moi il y avait Jean Marais, qui était d’abord un physique exceptionnel. Il y en a eu d’autres, comme Jean-Claude Pascal. Après il ne suffisait pas d’être beau, mais il fallait être bon, sinon vous ne restiez pas longtemps à l’affiche. Mais la beauté était un critère important. Il fallait être beau parce qu’il fallait faire rêver. On allait au cinéma pour rêver en se disant qu’on ne sera jamais Gary Cooper. Aujourd’hui on ne rêve plus. On cherche davantage à s’identifier aux acteurs, donc ils doivent avoir une « gueule » ou un physique intéressant mais pas forcément une beauté physique exceptionnelle.

Si l’on étudie votre filmographie, on y décèle une fascination pour les histoires de double et de substitution (William Wilson, Plein Soleil, Les Félins, La Tulipe noire, Zorro, Mr. Klein, Nouvelle Vague…) et vous avez souvent incarné des figures solitaires et mélancoliques. Doit-on y voir des choix d’acteur, ou alors avez-vous le sentiment d’avoir conduit les cinéastes, par votre essence même, dans ces directions ?

Les deux. Ils m’ont tout de suite senti et vu comme ça, parce que j’étais comme ça. Avec le temps qui a passé je suis toujours comme ça. Ce sont toujours des rôles de solitaire, d’homme qui se cherche, qui cherche sa vie, son double, sa compagne. Clément a été le premier à le sentir, Visconti aussitôt après. Jean-Pierre Melville l’a concrétisé avec tous ses films. J’ai travaillé avec Deray, Antonioni, Zurlini mais il ne faut surtout pas oublier mon grand maître Clément. Tout est parti de Plein Soleil. Le film a été un triomphe surprise dans le monde entier, une explosion au Japon.

Y a-t-il encore aujourd’hui des cinéastes capables de modifier l’imaginaire cinématographique ?

Je le pense et je l’espère.

Cela fait aussi partie du travail d’un festival de Locarno, découvrir et promouvoir les jeunes cinéastes d’aujourd’hui et les grands cinéastes de demain.

Il faut d’abord trouver des auteurs et des cinéastes. Et des bonnes histoires. J’ai été spécialement gâté. Les grands cinéastes avec qui j’ai travaillé avaient toutes les qualités : la mise en scène, la direction d’acteurs et la réalisation.

Avec qui auriez-vous aimé travailler ?
J’aurai aimé faire quelque chose avec Polanski, avec Almodóvar, et même avec Besson, même si maintenant il est plus homme d’affaires et producteur que réalisateur.
On rêve à une histoire de double réalisée par Roman Polanski avec Alain Delon.

J’aimerai beaucoup mais il faut le faire très vite parce qu’on est fatigué tous les deux (rires).

Propos recueillis le 31 juillet 2012. Remerciements à Lorenzo Buccella et Anastasia Nastaj.

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