Locarno 2012 Day -1 : Elsa Martinelli

Elsa Martinelli à Locarno, 31 juillet 2012

Elsa Martinelli à Locarno, 31 juillet 2012

Première par ordre d’apparition des superbes actrices que nous accueillerons à Locarno cette année (Charlotte Rampling, Ornella Muti, Kylie Minogue, Zoe Kazan, Ana Moreira, Valeria Bruni Tedeschi, Alexandra Maria Lara, Hélène Vincent, Mylène Demongeot, Rachida Brakni et pardon à celles que j’oublie) la grande Elsa Martinelli illuminera de sa présence la Piazza Grande lors de cette soirée pré festival au cours de laquelle sera projeté le magnifique film de Raffaello Matarazzo La Fille de la rizière (La risaia, 1956).

La Rivière de nos amours

La Rivière de nos amours

Inoubliable dans le film de Matarazzo, mais aussi dans La Rivière de nos amours d’Andre De Toth ou Hatari! d’Howard Hawks, Elsa Martinelli est sans doute l’une des plus belles femmes jamais apparue sur un écran de cinéma. Les spectateurs de la Piazza Grande pourront le constater ce soir en admirant Elsa Martinelli, alors âgée de vingt ans, dans son premier grand film italien.

Née dans une famille nombreuse et très pauvre de Toscane, Elsa Martinelli dont la beauté ne passe pas longtemps inaperçue devient très jeune un mannequin à la carrière internationale. Kirk Douglas la remarque en photo dans le magazine « Life » et lui propose le rôle féminin principal du western qu’il produit et interprète, La Rivière de nos amours (The Indian Fighter, 1955) d’Andre De Toth. Mis en scène par un excellent réalisateur, spécialiste du film noir et du western, le film est splendide. C’est l’un des plus beaux titres du genre, western panthéiste où la nature et les sentiments des personnages sont magnifiés. Poétique, violent, antiraciste, le film évoque La Flèche brisée (Broken Arrow, 1950) de Delmer Daves puisqu’il raconte l’histoire d’amour compliquée mais passionnelle, dans un climat d’hostilités entre blancs et Indiens entre un guide et la fille d’un chef Sioux. Leur étreinte dans les eaux de la rivière est devenue mythique et a même donnée au film son titre français !

Elsa Martinelli

Elsa Martinelli

Après ces débuts remarqués à Hollywood (Elsa Martinelli, brune et élancée est parfaite en princesse Indienne car elle possède une beauté à la fois altière et sauvage) l’actrice revient au pays pour son premier grand rôle dans un film italien, bâti sur son nom et sa célébrité naissante. La fille de la rizière situé dans le milieu des « mondine » fait évidemment référence à Riz amer (Riso amaro, 1949) de Giuseppe De Santis qui pariait aussi sur l’érotisme prolétaire de son héroïne (Silvana Mangano) avec les fameuses cuissardes et culotte courtes des ouvrières saisonnières chargées de l’entretien des plantations de riz dans les champs inondés. Les deux films ont le même  producteur, Dino De Laurentiis qui s’associe avec Carlo Ponti pour réitérer le succès du film de De Santis avec La risaia. Pourtant les deux films sont différents. Le Cinémascope et l’Eastmancolor remplacent le noir et blanc, le mélodrame le néo-réalisme dégradé mâtiné de roman policier. La couleur et l’écran large magnifient la campagne piémontaise et donnent aussi au film une grande ampleur. Matarazzo, auteur d’une quarantaine de films, essentiellement des comédies et des mélodrames, est sans doute le cinéaste qui demeure encore le plus sous-estimé du cinéma italien, sans doute parce qu’il a œuvré dans des genres populaire sans jamais prétendre au statut d’auteur ou de maître. Et pourtant.

Affiche américaine de La Fille de la rizière

Affiche américaine de La Fille de la rizière

« Le fait que Matarazzo ne soit pas encore considéré comme l’un des premiers cinéastes d’Italie est une erreur que les générations futures de cinéphiles ne manqueront pas de rectifier. En ce qui concerne plus particulièrement les années 1929-1943, Alessandro Blasetti et Mario Camerini, généralement considérés comme les meilleurs cinéastes de la période, et qui, certes, ne manquent pas de talent, sont des écoliers comparés à lui. » écrit Jacques Lourcelles dans son « Dictionnaire du cinéma ». On ne peut que donner raison au critique français, et même prédire que l’année 2013 pourrait être celle de la réévaluation et de la (re)découverte d’un cinéaste merveilleux.

Commençons par revoir La Fille de la rizière qui appartient à la dernière période de sa carrière. Elsa Martinelli y trouve l’un de ses meilleurs rôles, objet du désir de plusieurs hommes (un bourgeois corrupteur et un ouvrier salvateur, sans parler de son père caché qui l’aime tendrement en secret sans oser lui avouer ses origines.)

Perversion Story

Perversion Story

Ce mélodrame déchirant, plein de larmes, d’amour et de violence n’a rien à envier à ses équivalents américains. Il y a même quelque chose d’hollywoodien dans le cinéma de Matarazzo, par opposition au néoréalisme, et il serait intéressant de comparer ses films avec ceux d’Otto Preminger et surtout de Vincente Minnelli, objets de rétrospectives au Festival del film Locarno cette année et l’année dernière.

Les Garçons

Les Garcçons

Elsa Martinelli n’a jamais joué avec ces deux cinéastes. Mais on la retrouve devant la caméra de Howard Hawks dans le génial Hatari!

Avant ce nouveau passage par Hollywood (même si le film est tourné en Afrique), on retrouve Elsa Martinelli dans plusieurs films européens comme Donatella (1957) de Mario Monicelli, Les Garçons (La notte brava, 1959) de Mauro Bolognini, Et mourir de plaisir curieuse adaptation de Carmilla par Roger Vadim en 1960, et surtout un très beau film de Dino Risi, L’Innassouvie (Un amore a Roma, 1960) aux côtés de Peter Baldwin et Mylène Demongeot (notre invitée à Locarno pour présenter Bonjour tristesse d’Otto Preminger).

Hatari

Hatari!

Howard Hawks aimait les femmes belles, minces et grandes, racées, sophistiquées mais avec du caractère, capable de tenir tête aux hommes. Pas étonnant qu’il ait été séduit par Elsa Martinelli, qui juste après Angie Dickinson (Rio Bravo, 1959) ne s’en laisse pas compter par John Wayne dans Hatari! en journaliste italienne plongée dans un univers très viril et international de chasseurs d’animaux de la savane. Ses scènes comiques (avec un bébé éléphant) et de séduction (avec presque tous les hommes du groupe, et surtout Wayne) sont irrésistibles, dans un film qui compte parmi mes préférés de Howard Hawks. La même année elle enchaîne avec Le pigeon qui sauva Rome (The Pigeon That Took Rome) de Melville Shavelson avec Charlton Heston, Pelle viva de Giuseppe Fina et le Procès d’Orson Welles, film ambitieux tourné en Europe d’après Kafka avec une distribution internationale (Anthony Perkins, Jeanne Moreau, Romy Schneider…)

Et mourir de plaisir

Et mourir de plaisir

Après ces films prestigieux sa carrière prend une tournure beaucoup plus anecdotique et elle enchaîne dans la seconde moitié des années 60 et le début des années 70 les films commerciaux curieux et souvent oubliés.

A la fin des années 60 elle est pressentie pour interpréter Eva Kant la maîtresse du super criminel Diabolik dans une adaptation cinématographique de la célèbre bande dessinée italienne par le cinéaste anglais Seth Holt. Jean Sorel doit jouer Diabolik (voir photo). Le film sera finalement réalisé par Mario Bava mais avec une distribution différente (Marisa Mell et John Philip Law.) On retiendra de cette période le sulfureux Perversion Story (Una sull’altra, 1971) de Lucio Fulci, petit classique du cinéma bis dont on a déjà parlé ici. Il est vrai qu’à cette époque ses activités de femmes d’affaires prennent le dessus sur son métier d’actrice. Elsa Martinelli se lance dans la mode et créée une entreprise de design et de confection basée à Rome et Milan. Hélas pour ses admirateurs, ses apparitions au cinéma et à la télévision deviennent de plus en plus rares. Mais nous ne n’oublierons jamais chez De Toth, Matarazzo, Monicelli, Bolognini, Risi, Hawks, Welles et dans d’autres films plus mineurs mais qui étaient toujours des écrins appréciables à sa beauté stupéfiante.

Photo publicitaire d'un film jamais tourné, Diabolik de Seth Holt avec Jean Sorel et Elsa Martinelli

Photo publicitaire d’un film jamais tourné, Diabolik de Seth Holt avec Jean Sorel et Elsa Martinelli

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One Response to Locarno 2012 Day -1 : Elsa Martinelli

  1. eric says:

    bonjour

    Sans oublier “Le Capitan” d’André Hunebelle où la belle Elsa séduit Jean Marais
    Elle y est vraiment très jolie
    Elle est y doublée par Claire Guibert qui à l’époque doublait ttes les actrices séduisantes
    (Elle avait aussi une façon très particulière prononcer les “d”)

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