The Color Wheel d’Alex Ross Perry

The Color Wheel

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Découvert en première internationale dans la section « Cinéastes du présent » du Festival del film Locarno en 2011, The Color Wheel est le deuxième long métrage du jeune cinéaste new yorkais Alex Ross Perry. Il sort le 1er août sur les écrans français, distribué par Potemkine. Depuis son passage à Locarno The Color Wheel a été projeté dans de nombreux festivals du monde entier où il a déclenché l’enthousiasme de la communauté cinéphilique internationale. Il a aussi été distribué aux Etats-Unis où il a été salué par la critique. En France The Color Wheel compte déjà de nombreux fans, parmi lesquels Leos Carax (Léopard d’Honneur Swisscom de la 65ème édition du Festival del film Locarno.)
Alex Ross Perry est un auteur complet (acteur scénariste réalisateur) et son film est purement américain, sur le plan culturel et cinématographique. Ce cinéphile compulsif s’est construit une connaissance encyclopédique, curieuse et personnelle du cinéma en travaillant dans le mythique vidéo club Kim de New York, aujourd’hui fermé. C’est un fan des derniers films de Jerry Lewis comme T’es fou Jerry (Smorgasbord, 1983).
The Color Wheel est le récit d’un voyage entrepris par un frère et une sœur à la relation ambiguë (soupçon d’inceste et situations embarrassantes). JR (Carlen Altman) vient de quitter son professeur avec qui elle avait une liaison. Elle demande alors à son jeune frère Colin (Alex Ross Perry) de l’accompagner dans un voyage en voiture à travers la côte Est des Etats-Unis pour récupérer ses affaires chez lui. Le problème c’est que JR et Colin ne s’entendent pas très bien et ce voyage va leur apprendre à se supporter l’un l’autre…

Absence de volonté, désir de ne pas renoncer à ses rêves et apprendre à pardonner sont quelques unes des thématiques que le réalisateur a voulu explorer dans The Color Wheel.

Pour évoquer The Color Wheel, Alex Ross Perry et la sélection du film à Locarno, voici un entretien inédit que j’ai accordé au journaliste Mark Olsen du « Los Angeles Times » durant le Festival de Cannes, à l’occasion de la sortie américaine de The Color Wheel (Mark Olsen a consacré un très bel article au film.)

Nous espérons donner aussi bientôt la parole à Alex Ross Perry, qui fera cette année partie du jury « Cinéastes du présent » à Locarno, où il présentera dans la section « films des jurés » son premier et très original long métrage Impolex (une comédie burlesque existentielle).

Mark Olsen : Quand vous avez sélectionné The Color Wheel, saviez-vous que le film avait rencontré des difficultés aux Etats-Unis en étant rejeté par de nombreux festivals. Vous vous rendiez compte de la chance que cela représentait pour un film à tout petit budget d’être programmé à Locarno ? Et comment expliquez vous que The Color Wheel ait eu autant de mal à se faire accepter et que les festivals américains soient passés à côté du film ?

Olivier Père : Je ne pense pas que je connaissais les mésaventures du film avec les festivals américains, mais Mark Peranson, qui travaille dans le comité de sélection du Festival de Locarno, devait les connaître.

Personnellement je n’attache aucune importance à ce genre de chose, c’est la rencontre avec le film et celui qui le regarde qui compte, jamais ce que les autres en pensent. Notre métier consiste à être capable de se livrer à une estimation personnelle, émotionnelle et esthétique d’une œuvre vierge de jugement critique, pas de se fier aux opinions (positives et négatives) ou aux préjugés qui peuvent entacher un film, parfois avant même qu’il soit vraiment vu, ou vraiment terminé. C’est pour cela que le plus important est d’établir un contact direct avec les auteurs et les producteurs qui font des films et souhaitent nous les montrer. C’est Mark Peranson et Jake Perlin qui m’ont les premiers parlé du film qu’ils aimaient beaucoup, et ensuite j’ai écrit à Alex pour qu’il m’envoie un DVD de son film. A Sundance j’avais remarqué l’absence du film parce que j’y vais tous les ans, mais je n’avais pas prêté attention aux autres festivals. De toutes façons le fait qu’un film ait été au préalable refusé par un ou plusieurs festivals de son pays ou internationaux n’entre en rien dans nos décisions. Cela ne peut pas être un critère de sélection ou de non sélection, car nous savons très bien que de bons films passent chaque année entre les mailles des filets des grands festivals. Nous voyons chaque année des dizaines de films indépendants américains à petit budget réalisés par de jeunes réalisateurs. Mais celui-ci a quelque chose de particulier. Je trouve étrange que ses qualités et la personnalité de son auteur complet n’aient pas été remarquées par des festivals américains, surtout que le film d’Alex Ross Perry est un film purement américain, sur le plan culturel et cinématographique. Fort heureusement depuis cette injustice a été réparée et le film, qui a réellement commencé sa carrière au Festival de Locarno, n’a cessé de recueillir l’attention et déclencher l’enthousiasme des cinéphiles américains.

MO : Comment s’est déroulé la sélection du film à Locarno. Pourquoi aimez-vous le film et avez décidé de l’inviter ?

OP : La première fois que j’ai vu The Color Wheel, mais réaction n’a pas été très enthousiaste et j’ai arrêté le film avant la fin. J’avais été séduit dès les premières images par la qualité du noir et blanc et le graphisme du générique, mais j’avais ensuite était lassé par l’abondance des dialogues. Cela n’était absolument pas la faute du film – j’aime les films bavards quand les dialogues et les acteurs sont bons – mais de mon état de fatigue. C’est la raison pour laquelle il faut toujours écouter ses collaborateurs quand ils insistent à soutenir un film, et revoir un film pour lui donner une seconde chance et être bien sûr de ne pas passer à côté d’une œuvre importante et réussie. J’ai donc revu le film et je suis tombé sous le charme, et j’ai même été impressionné par j’ai immédiatement pensé à Philip Roth, qui est mon écrivain américain vivant préféré, à Vincent Gallo, mais aussi à Peter Bogdanovich (même si ses films ne sont pas toujours très réussis, il entretient lui aussi une relation cinéphilique très forte avec le genre de la comédie hollywoodienne, faisant parler ses acteurs très vite et avec une articulation saccadée comme dans les « screwball comedies » de Hawks) et à Jerry Lewis pour la précision des cadres et un burlesque qui repose beaucoup sur des situations de gêne et d’humiliation, avec une forte tension sexuelle. J’ai aussi adoré le couple formé par Alex et Carlen Altman, une comédienne formidable et extrêmement photogénique. Tous les plans avec elle sont fabuleux, et sa voix est géniale. J’ai donc pris beaucoup de plaisir et j’ai beaucoup ri à cette deuxième vision et avant même la fin du film j’avais décidé de l’inviter à Locarno. Ce n’est pas la première fois que je dois m’y reprendre à  deux fois pour voir un film et être sûr que je l’aime, mais c’est le résultat qui compte.

MO : Avez-vous l’impression qu’Alex Ross Perry est une figure solitaire et marginale parmi les jeunes cinéastes indépendants américains de sa génération ? A mon avis il est le seul à réaliser ce type de film avec un tel niveau d’ambition formelle, de provocation et d’influences littéraires. Y a-t-il d’autres cinéastes internationaux avec qui vous pourriez le comparer ?

OP : On assiste en ce moment à l’apparition d’une nouvelle scène indépendante aux Etats-Unis que je trouve passionnante.

Passionnante car réellement indépendante, ce n’est pas de la pose ou un effet de mode. Des jeunes gens talentueux proposent des films intelligents, fait avec peu d’argent mais un sens aigu de la mise en scène. On sent qu’ils sont cinéphiles, qu’ils ont vu des films du monde entier (pas seulement américains), ils ont bon goût et leur rêve n’est pas de gagner un ticket pour Hollywood, faire des films avec des stars ou gagner le jackpot avec des produits horribles tournés à peu de frais mais destinés à engranger des millions de dollars.

Chaque grand mouvement cinématographique, comme la Nouvelle Vague ou le nouveau cinéma roumain aujourd’hui est toujours un ensemble fait de fortes personnalités, et d’individualités très différentes les unes des autres.

J’ai découvert qu’Alex était un cinéphile obsessionnel comme moi, avec une érudition et une passion pour le cinéma qui me plaît beaucoup. Je retrouve cette culture cinéphilique quand je discute avec Josh et Benny Safdie ou Vincent Gallo.

Alex est aussi le cinéaste le plus drôle et avec la conversation la plus plaisante que je connaisse, avec encore Vincent Gallo.

Je suis très fier d’avoir montré son film à Locarno car je considère que c’est l’apparition la plus forte dans le paysage du jeune cinéma américain depuis plusieurs années. C’est aussi une belle rencontre humaine, comme lorsque j’avais montré les films des frères Safdie à la Quinzaine des réalisateurs en 2006 et en 2008.

Par sa culture, sa détermination, sa confiance en soi et sa capacité à mener à bien des films ambitieux et originaux contre vents et marées, et aussi son humour provocateur je pourrais comparer Alex au cinéaste espagnol Albert Serra (les deux deuxièmes films de ces jeunes cinéastes sont en noir et blanc, un autre point commun.)

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