Excellence Award Moët et Chandon du 65ème Festival del film Locarno à Charlotte Rampling

Courtesy of I, Anna 2012. Photographer Kerry Brown.

Courtesy of I, Anna 2012. Photographer Kerry Brown.

Le Festival del film Locarno décernera un Excellence Award Moët & Chandon à l’actrice anglaise Charlotte Rampling. La cérémonie de remise de prix se déroulera lors de la soirée d’ouverture du Festival, le mercredi 1er août sur la Piazza Grande. Le lendemain, le public pourra prendre part à une discussion avec Charlotte Rampling.

À cette occasion, le Festival del film Locarno projettera hors compétition l’un des films les plus récents de Charlotte Rampling: I, Anna (2012) de Barnaby Southcombe le jeudi 2 août à 18h30, présenté par l’actrice, ainsi que deux films choisis par Charlotte Rampling dans sa filmographie : Portier de nuit de Liliana Cavani et Sous le sable de François Ozon.

L’Excellence Award du Festival del film Locarno récompense chaque année un ou plusieurs acteurs de premier rang de la scène internationale. Parmi les lauréats des éditions précédentes figurent Oleg Menchikov, Susan Sarandon, John Malkovich, Willem Dafoe, Michel Piccoli, Carmen Maura, Toni Servillo, Chiara Mastroianni et en 2011, Isabelle Huppert.

Moët & Chandon soutient l’Excellence Award pour la quatrième année consécutive.

La 65ème édition du Festival se déroulera du 1er au 11 août 2012.

Fille d’un colonel britannique, Charlotte Rampling passe une partie de son enfance en France puis retourne en Grande-Bretagne durant son adolescence. Elle se produit dans des spectacles de music-hall avec sa sœur puis travaille brièvement comme mannequin. Elle fait ses débuts à l’écran dans le film phare du Swinging London, Le Knack… et comment l’avoir (The Knack, 1965) de Richard Lester, Palme d’or au Festival de Cannes.
Installée en Italie, Charlotte Rampling fait avec Luchino Visconti sa première rencontre importante, décisive pour le début de sa carrière puisque grand cinéaste italien lui confie un rôle important dans sa fresque Les Damnés (La caduta degli dei, 1968).

Les Damnés raconte, parallèlement à l’arrivée au pouvoir de Hitler, la décadence d’une dynastie d’industriels allemands, dont l’empire sidérurgique va être l’enjeu de complots internes, attisés par la convoitise des Nazis. Visconti, de son propre aveu, a d’abord voulu montrer l’autodestruction d’une famille, en s’inspirant à la fois de Freud, Wagner, Thomas Mann et Shakespeare. L’Allemagne des années 30 et le climat de peur et de barbarie qui y régnait se sont ensuite imposés au cinéaste comme la seule période historique susceptible de tolérer autant de violence, de corruption et de vice.

Ce chef-d’œuvre inaugure la trilogie germanique (Les Damnés, Mort à Venise, Ludwig) mais aussi la période funèbre du cinéaste. Le vérisme tragique de Rocco et ses frères cède la place à un opéra morbide agité par une utilisation maladive du zoom et de la lumière. La distribution est internationale, la version originale est anglaise (pour des raisons commerciales), tandis que le morceau de bravoure du film, la longue orgie homosexuelle des S.A. qui s’achève par le massacre de « la nuit des longs couteaux » est entièrement parlé en allemand. Le génie de Visconti parvient à faire surgir de l’artifice et de la théâtralité une impression de réalisme absolu.

Charlotte Rampling incarne Elisabeth Thallman, la femme de Herbert Thallman (Umberto Orsini), un homme d’affaires hostile aux opinions libérales, trahi par la famille Essenbeck qui l’accusera à tort du crime du patriarche Joachim et contraint à prendre la fuite. Elisabeth, capturée en représailles par les nazis, périra avec ses trois enfants dans les camps de concentration. Un rôle bref mais inoubliable, et Charlotte Rampling se montre bouleversante sous la direction de Visconti.

Si Visconti reste fidèle à sa lecture marxiste à l’Histoire, l’amalgame contestable qui associe perversion sexuelle et nazisme a engendré en Italie une abondante catégorie de films politiques mais aussi érotiques – le premier étant Portier de nuit (Portiere di notte), où l’on retrouve deux des protagonistes des Damnés, Dirk Bogarde et Charlotte Rampling, recommandée par ce dernier à la production. Le film la révèle au grand public en 1974. Dans ce succès de scandale de Liliana Cavani elle incarne une ancienne déportée qui retrouve dans un hôtel de Vienne son bourreau, devenu portier de nuit, et renoue avec lui une liaison morbide.

A la même période, Charlotte Rampling apparaît dans quelques films excentriques représentatifs de la mode psychédélique, comme Zardoz (1974) ambitieuse fable de science-fiction de John Boorman avec Sean Connery et Yuppi du (1875) une comédie musicale sur les hippies réalisée et interprétée par la star italienne Adriano Celentano.

A Hollywood, on la retrouve en femme fatale, inspirée par Lauren Bacall, dans Adieu ma jolie (Farewell, My Lovely, 1975) de Dick Richards aux côtés de Robert Mitchum en Philip Marlowe. Ce polar rétro et décoratif recrée avec beaucoup de talent l’atmosphère des années 40, sans chercher à dynamiter les conventions le genre comme Altman (Le Privé), Polanski (Chinatown) ou Wenders (Hammett). Ce n’est donc pas un film d’auteur, mais l’adaptation de Chandler et l’interprétation (Rampling et Mitchum en tête) sont excellentes.

A la même époque Rampling apparaît dans Orca (1977) de Michael Anderson, produit par Dino De Laurentiis avec Richard Harris, un film d’aventures maritimes qui lorgne sur le succès des Dents de la mer et de King Kong.

Mais elle fréquente surtout le cinéma d’auteur comme en témoigne ses interprétations remarquées dans La Chair de l’orchidée (1975) de Patrice Chéreau aux côtés de Bruno Cremer et Stardust Memories (1980) comédie dramatique de Woody Allen inspirée par Huit et demi de Fellini. On la retrouve aussi dans le thriller judiciaire de Sidney Lumet The Verdict (1982) avec Paul Newman

Ayant élu domicile en France à la fin des années 70, elle y tourne avec Yves Boisset (Un taxi mauve, 1977), Claude Lelouch (Viva la vie !, 1984), Jacques Deray (le polar On ne meurt que deux fois en 1985 avec Michel Serrault où elle excelle une nouvelle fois en femme mystérieuse). Très à l’aise dans les univers troubles et les situations sulfureuses, elle est magnifique en grande bourgeoise qui prend un chimpanzé comme amant dans Max mon amour de Nagisa Oshima (1986), film tourné en France par le grand cinéaste japonais et écrit par Jean-Claude Carrière, en hommage à la période française de Luis Bunuel. Moins présente sur les écrans dans les années 90, Charlotte Rampling réussit un retour éclatant sur le devant de la scène cinématographique grâce à Sous le sable (2001) de François Ozon, portrait d’une femme désemparée après la disparition de son mari. Sous le sable, magnifiquement interprété par Charlotte Rampling, Bruno Cremer et Jacques Nolot a affirmé le talent d’un jeune cinéaste confiné à ses débuts dans la provocation et le kitsch, et qui gère de mieux en mieux les ingrédients d’un cinéma du désir, de la cruauté et de l’étrangeté. Charlotte Rampling, qui considère à juste titre sa rencontre avec Ozon comme importante dans sa carrière, retrouvera le cinéaste à deux reprises (Swimming Pool en 2003 et Angel en 2007).

Depuis, Charlotte Rampling n’a pas cessé de nous surprendre, apparaissant dans des très bons films d’auteur du monde entier, de Laurent Cantet (Vers le sud, 2006) à Todd Solondz (Life During Wartime, 2009) en passant par Lars von Trier (Melancholia, 2011) et Mark Romanek (Never Let Me Go, 2010) sans jamais dédaigner la comédie ou le cinéma de divertissement.

C’est l’une des plus belles femmes du monde. C’est une actrice mystérieuse et fascinante, dont le magnétisme et le charme uniques ont hanté plusieurs titres marquants du cinéma contemporain. De Visconti à Lars von Trier, de Woody Allen à François Ozon, de Liliana Cavani à Nagisa Oshima, Charlotte Rampling tour à tour fatale et fragile a séduit de nombreux grands cinéastes, et avec eux des millions de spectateurs. C’est un grand honneur et un grand plaisir que de l’accueillir cet été pour l’ouverture du Festival del film Locarno, qui commencera décidément très bien.

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