Cannes 2012 Day 11 : Cosmopolis de David Cronenberg (Sélection officielle, en compétition)

Cosmopolis

Cosmopolis

Le Festival de Cannes s’est achevé dimanche soir et voici avec quelques jours de retard  mon dernier compte rendu de cette 65ème édition, avec un film vu à Paris. Parmi les autres films que j’ai aimé cette année sur la Croisette il faut aussi citer Like Someone in Love de Abbas Kiarostami (Sélection officielle, en compétition), A en perdre la raison de Joachim Lafosse (Sélection officielle, Un Certain Regard), et deux premiers longs métrages présentés à Un Certain Regard : La Playa DC du colombien Juan Andrés Arango (film montré en « work in progress » dans la « carte blanche » à la Colombie organisée par le Festival del film Locarno l’année dernière) et le très sympathique Gimme the Loot de Adam Leon (Etats-Unis). Fidèle à mon habitude j’ai raté sur place la Palme d’Or (Amour de Michael Haneke), à cause d’un entretien avec Nastassja Kinski venue pour la version restaurée de Tess de Roman Polanski à Cannes Classics, le film de Koji Wakamatsu sur Mishima, The Taste of Money d’Im Sangsoo et Mud de Jeff Nichols projetés le dernier jour du festival après mon départ, ainsi que le film de clôture de la Quinzaine des Réalisateurs Camille redouble de Noémie Lvovsky, que je verrai le plus tôt possible (samedi lors de la reprise parisienne si tout va bien.)

Produit par Paulo Branco (qui fut le président du jury de la compétition internationale du Festival del film Locarno en 2011), Cosmopolis est l’adaptation d’un roman de Don De Lillo. On connaît la relation très forte qu’entretient David Cronenberg avec la littérature anglo-saxonne moderne. William Burroughs, J.C. Ballard, auteurs réputés inadaptables, ont inspiré au cinéaste canadien ses longs métrages les plus ambitieux. Cosmopolis s’inscrit dans cette lignée littéraire. Le film respecte à la lettre les dialogues magnifiques de De Lillo. Le défi de Cronenberg ne consiste pas seulement à réaliser un film qui se déroule presque entièrement dans une limousine bloquée dans les embouteillages new yorkais, le temps d’une journée où grondent autour de la personne d’un jeune trader vampire (excellent Robert Pattinson) les menaces d’attentats politiques et de krack boursier, mais à concevoir un film entièrement métaphorique, hanté par Marx, sur le capitalisme et la catastrophe. C’est encore Film socialisme de Godard, comme 4:44 Last Days on Earth de Ferrara qui vient à l’esprit devant Cosmopolis. Trois films qui choisissent, le repli, le huis clos (paquebot chez Godard, appartement chez Ferrara, voiture chez Cronenberg) pour enregistrer la faillite de notre civilisation et filmer le monde au bord du gouffre.

David Cronenberg est un auteur complet, et sans doute l’un des plus grands cinéastes en activité. Sa personnalité, son intelligence et sa vision d’artiste lui ont permis de s’exprimer à travers les genres les plus codifiés ou les systèmes de production les plus contraignants pour les subvertir de l’intérieur et parvenir à une forme d’indépendance artistique absolument souveraine. Désormais affranchi des codes du film fantastique ou du thriller (mais ne l’a-t-il pas toujours été, dès ses premiers essais horrifiques marqués par Reich et Burroughs), Cronenberg s’engage désormais vers un cinéma plus littéral (A Dangerous Method sur les origines de la psychanalyse et de l’hystérie, au cœur de son cinéma depuis ses débuts) ou plus philosophique, comme Cosmopolis, qui célèbre la puissance de la parole, associé à la force allégorique du corps dans tous ses états, comme toujours chez Cronenberg (ici c’est la dimension excrémentielle de l’argent qui est explicitée de scène en scène.)

Frissons, Rage, Chromosome 3, Fast Company, Scanners, Videodrome, Dead Zone, La Mouche, Faux-semblants, Le Festin nu, M Butterfly, Crash, ExistenZ, Spider, A History of Violence, Les Promesses de l’ombre, hier A Dangerous Method, aujourd’hui Cosmopolis… tout ces films ont marqué les spectateurs, bouleversé nos repères, interrogé le langage cinématographique, inventé de nouvelles histoires et de nouveaux univers. De plus en plus libre, de plus en plus surprenant, Cronenberg construit de film en film une œuvre puissante, unique, audacieuse, parfois prophétique et révolutionnaire, toujours prompt à explorer les territoires technologiques, organiques ou mentaux les plus angoissants, les plus monstrueux, les plus beaux, comme aucun artiste avant lui sinon quelques grands peintres, écrivains ou philosophes du XXème siècle.

Nul mieux que Cronenberg incarne aujourd’hui la modernité, l’imagination et l’intelligence au cinéma, une curiosité pour les autres formes artistiques (et plus particulièrement la littérature), un questionnement à la fois du monde et du medium cinématographique, ouvert à toutes les mutations, contaminations et métamorphoses.

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