Cannes 2012 Day 6 : Room 237 de Rodney Ascher (Quinzaine des réalisateurs)

La chambre 237 de l'Hotel Overlook dans Shining

La chambre 237 de l’Hotel Overlook dans Shining

Cet essai documentaire, premier long métrage de Rodney Ascher découvert au Festival de Sundance dans la section « New Frontier » et présenté en première internationale à la Quinzaine des réalisateurs propose une étude passionnante de Shining (The Shining, 1980) de Stanley Kubrick. Room 237  – du nom de la fameuse chambre qui contient de terrifiants secrets dans le film génial de Kubrick – se situe aux antipodes des suppléments et bonus dvd et autres making of. Shining est décortiqué, analysé image par image par plusieurs universitaires, critiques de cinéma mais aussi des spécialistes de la théorie du complot et des numérologues qui délivrent des interprétations extrêmement poussées du film, des plus intelligentes aux plus délirantes. Même en croyant connaître par cœur ce chef-d’œuvre, on découvre que ce film labyrinthe est capable d’accueillir une foule de messages et de significations plus ou moins cachés, plus ou moins évidents, inscrits à l’intérieur même des plans, des détails du décor, des mouvements de caméra. C’est d’autant plus vrai que la version européenne de Shining est beaucoup plus courte que celle exploitée aux Etats-Unis (Kubrick procéda lui-même à de nombreuses coupes, surtout au début de son film) et Room 237 permet au spectateur français néophyte de découvrir plusieurs séquences inconnues de la version américaine, riches en significations. Shining, au-delà de son histoire d’hôtel hanté librement inspirée d’un roman de Stephen King (l’auteur se sentit à juste titre humilié par l’adaptation que fit Kubrick de son roman, très supérieure au matériau littéraire original), est évidemment un film sur toute la violence et l’horreur du XXème siècle (vues à travers le regard terrifié d’un enfant qui n’est autre que Kubrick, petit juif de Brooklyn né en 1928), le passé qui ne passe pas (les fantômes du génocide indien, de l’Holocauste et du nazisme). Mais en s’amusant un peu, on peut y voir beaucoup d’autres choses moins sérieuses… comme la conquête de la Lune (clin d’œil à un autre film de Kubrick, 2001: l’odyssée de l’espace). Room 237 ébauche aussi une tentative d’explication des nombreux faux raccords et erreurs de continuité – parfois hilarantes – qui jalonnent les images de ce film où pourtant rien ne semble avoir été laissé au hasard par le cinéaste démiurge. Un film cerveau jonché d’erreurs, n’est-ce pas la parfaite allégorie de la machine humaine pour Kubrick qui s’est toujours passionné pour les dysfonctionnements et les dérèglements des hommes comme des machines ?

La forme de ce documentaire, majoritairement constitué de nombreux extraits de Shining et d’autres films de Kubrick (mais aussi d’extraits de Démons de Lamberto Bava – un film d’horreur italien des années 80 qui se passe dans un cinéma, il fallait y penser) est aussi excitante que son propos. On en redemande à la fin de la projection, convaincu que le film et l’œuvre de Kubrick n’ont pas encore dévoilé tous leurs secrets, et Room 237 se révèle presque aussi fascinant que Shining lui-même.

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