Cannes 2012 Day 5: Reality de Matteo Garrone (Sélection officielle, en compétition)

Reality (2012)

Reality (2012)

Une journée italienne à Cannes : Sergio Leone (pour la restauration en version intégrale de Il était une fois en Amérique), Matteo Garrone, Dario Argento. En attendant Bernardo Bertolucci.

Désormais Matteo Garrone incarne à lui seul ou presque le passé, le présent et le futur du cinéma italien, loin devant les quelques imposteurs ou survivants de l’auteurisme confis dans leur vanité et leurs certitude et une production commerciale qui fait honte à tout le monde. Le passé parce qu’il est le meilleur héritier du grand cinéma italien, comme l’avait déjà démontré Gomorra dans la lignée de Francesco Rosi, le présent parce qu’il est capable de dire des choses justes et très contemporaines sur son pays en faisant des films d’une facture brillante, le futur parce qu’il n’a que 43 ans. Son nouveau film, Reality, le démontre brillamment. Le film s’inscrit dans la tradition de la comédie italienne, noire, grimaçante et même effrayante, miroir à peine déformé de la réalité sociale, culturelle et politique de la péninsule. Plus précisément la comédie napolitaine, avec ses personnages et son dialecte haut en couleur, réservoir intarissable de situations grotesques, cruelles et hilarantes. Les nouveaux monstres de Matteo Garrone, pour reprendre le titre d’un chef-d’œuvre de Scola, Monicelli et Risi qui fut aussi le chant du cygne d’un genre d’une grande richesse, sont une famille prolétaire dont le mari, poissonnier et petit arnaqueur, amuseur à ses temps perdus, rêve de participer à l’émission Big Brother, d’abord poussé par ses enfants. Il se rend à Rome pour passer une audition (organisée dans l’enceinte des studios Cinecittà !) croit très fort en sa chance puis perd pied avec la réalité, obsédé par cet objectif dérisoire.

La télé-réalité représente sans doute le degré zéro du spectacle et de la notoriété. C’est hélas pour ses participants et ceux qui la regarde un horizon ultime de réussite et de fortune qui rappelle que l’Italie est passée en quelques années du cinéma le beau du monde à la télévision la plus stupide du monde, comme un laboratoire expérimental et une prophétie de ce qui allait bientôt se répandre dans toute l’Europe.

Le film, chaleureux, coloré et débordant de vie, à l’image des quartiers populaire de Naples, enchante par son humour et le bagout de ses comédiens. Il bascule dans la fable et l’allégorie, soudain plus fellinien que risien, lorsque le chef de famille, se sentant observé par des espions de la télévision, décide d’adopter une conduite irréprochable en venant au secours des pauvres de son quartier, à la manière d’un saint partageant nourriture et même mobilier avec les nécessiteux (on pense alors à la période chrétienne de Fellini scénariste de Rossellini ou cinéaste des Nuits de Cabiria.)

La télévision n’est plus cet écran plat qui hypnotise les foyers dans le salon ou la cuisine, ou ce bocal dans lequel on enferme quelques élus en pâture aux regards de téléspectateurs voyeurs à la recherche de leur propre reflet. La télévision, c’est le monde tout entier, ou du moins l’Italie désignée comme un corps malade. Nous ne regardons plus la télévision, c’est la télévision qui nous regarde (Big Brother, en effet). Le film passe de la bouffonnerie à la folie, avec une dernière séquence aux dimensions oniriques ou miraculeuses.

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