La Main de fer de Chang-hwa Jeong

La Main de fer (1972)

La Main de fer (1972)

La Main de fer (Tian xia di yi quan, 1972) fut le premier film d’arts martiaux en provenance de Hong Kong, avant la déferlante Bruce Lee, à connaître un immense succès en Occident où il déclencha l’enthousiasme du public populaire qui commençait à se lasser des westerns italiens. Un paradoxe puisque cette atypique Main de fer ne connut en Asie qu’une sortie discrète, éclipsé par les nombreux « wu xia pian », films de sabres à costumes, comédies kung-fu et La Fureur de vaincre (Jing wu men) de Lo Wei qui triomphaient cette année-là. Même s’il répond à un canevas classique de récit d’entraînement et de vengeance, La Main de fer possède de nombreux atouts qui n’appartiennent qu’à lui et le distinguent de la foule des productions Shaw Brothers. Son héros, interprété par le charismatique Lo Lieh, qui deviendra grâce à ce rôle une icône virile du genre, est un jeune disciple d’un maître d’une école d’arts martiaux, martyrisé par un ignoble chef de clan, son fils et des mercenaires Japonais vraiment pas fréquentables.
On croyait revoir un fleuron du cinéma de quartier victime de la patine du temps et on tombe sur un excellent film dont les qualités sont plus flagrantes en copie neuve et en version originale que, forcément, dans la version doublée en piteux état dans laquelle on l’avait découvert et apprécié à l’époque (le film est ressorti en salles et en DVD dans les années 2000 grâce au distributeur Wild Side.) Le cinéaste coréen Chang-hwa Jeong ou Chung Chang-wha (qui retrouve à l’occasion de cette reprise son vrai nom, lui qui signa La Main de fer de son pseudonyme cantonnais Cheng Chang-ho) est un bon petit maître, auteur de beaux films d’aventure et de cape et d’épée dans son pays d’origine (le magnifique Hwanghonui geomgaek /Swordsman in the Twilight en 1967), habillement reconverti en spécialiste de l’action pour la Shaw Brothers à son arrivée à Hong Kong. Le film a acquis sa renommée grâce à ses surprenants combats à mains (et à tête) nues, qui changent des sempiternels duels acrobatiques au sabre. La violence est plus sèche, plus brutale, et les doigts broyés du héros, les yeux arrachés d’un traître, la décapitation d’un adversaire sont autant de saillies sanguinolentes propres à marquer les esprits des cinéphiles bis, aux côtés des écarts sadiques de Django de Sergio Corbucci ou La Rage du tigre de Chang Cheh.
Le saviez-vous ? Les filtres rouges et le « jingle » musical qui surviennent avant les assauts de la main de fer furent recyclés avec astuce par Quentin Tarantino dans Kill Bill vol. 1. Ironie du sort, et magie du mépris du copyright en Asie, cette sirène stridente était déjà « empruntée » à Quincy Jones et au générique de la série télé « L’Homme de fer » (« Ironside »).

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