David Lean

David Lean et Alec Guinness sur le tournage du Pont de la rivière Kwai

David Lean et Alec Guinness sur le tournage du Pont de la rivière Kwai

Ceux qui servent en mer (1942)

Ceux qui servent en mer (1942)

David Lean est né en 1908 à Croydon en Grande-Bretagne. Il est d’abord assistant opérateur, puis devient un monteur réputé avant de passer à la mise en scène sous les auspices de Noel Coward. Il coréalise en effet avec le célèbre auteur anglais Ceux qui servent en mer (In Which We Serve, 1942), un film de guerre à la gloire de la Marine britannique qui remporte un très grand succès.

Emotion rentrée, humour pince sans rire, patriotisme tranquille, importance de la hiérarchie et des différences de classes : c’est le triomphe du cinéma classique anglais, avec ses qualités et ses défauts, mais à découvrir ou revoir le film aujourd’hui, on est impressionné par cet étendard des valeurs britanniques (courage, dignité, pudeur) porté par des acteurs formidables. L’alternance des scènes civiles et militaires compose une fresque intimiste qui force le respect.

Brève Rencontre (1945)

Brève Rencontre (1945)

Les films suivants de David Lean dans les années 40 sont des adaptations brillantes de pièces de Coward : Heureux Mortels, L’esprit s’amuse, Brève Rencontre (Brief Encounter, 1945). Ce dernier titre, archi célèbre au point de ne plus être vraiment regardé a souffert de sa réputation d’anti mélodrame dans la grisaille de la banlieue londonienne. Pourtant, Brève Rencontre saisit à la perfection l’esprit anglais, la mentalité d’un peuple et ses contradictions, entre abnégation, conformisme, et le désir brûlant qui se consume sous le poids des interdits. Il faut voir Brève Rencontre pour comprendre ce qu’être Anglais veut dire, comme il faut voir les films d’Ozu pour comprendre ce qu’être Japonais veut dire (du moins si on se replace dans le contexte de l’époque.)

Vacances à Venise (1955)

Vacances à Venise (1955)

Lean adapte également à deux reprises Dickens avec des films qui sont des classiques du cinéma britannique : Les Grandes Espérances et Oliver Twist. Ces deux films inaugurent la longue collaboration entre Lean et le comédien Alec Guinness, spécialiste des rôles de compositions et des transformations physiques. Le style de David Lean se caractérise par sa clarté et son classicisme. Dans la première partie de son œuvre, il est aussi à l’aise dans le drame que la comédie, comme en témoigne Chaussure à son pied en 1954 avec Charles Laughton. Lean est toujours tiraillé entre des aspirations personnelles très romantiques et parfois sombres, et son goût pour des projets ouvertement commerciaux. Le dernier film de cette période est Vacances à Venise (Summertime, 1955), un mélodrame tourmenté avec Katherine Hepburn se déroulant dans une Venise de carte postale. Il s’agit d’un film étrange dont l’héroïne est une vieille fille américaine interprétée par la star vieillissante, antipathique, osseuse et sans la moindre once de séduction, névrosée et hystérique, dont les tentatives amoureuses, éveillées par la sensualité de la Cité des Doges, se soldent par des ratages humiliants. Ce film atypique dans la carrière de Lean est pourtant parfaitement représentatif de son style et de ses aspirations : beauté visuelle un rien figée et frigidité émotionnelle, maniaquerie de rombière et soif d’absolu.

Le Pont de la rivière Kwai (1957)

Le Pont de la rivière Kwai (1957)

A partir du Pont de la rivière Kwai (The Bridge on the River Kwai, 1957) David Lean se tourne vers le monumentalisme cinématographique. Ses films deviennent des superproductions ambitieuses, voire hypertrophiées, mettant en scène des sujets historiques avec une pléiade de vedettes internationales. Chez le cinéaste le perfectionnisme et la maîtrise totale du moindre détail vont de pair avec un comportement tyrannique et une froideur hautaine sur les plateaux. C’est l’heure de la consécration pour David Lean, mais aussi de l’enfermement dans des productions de plus en plus lourdes et coûteuses, et du risque de l’académisme illustratif. Cependant, Lean conserve le goût du risque et il n’a pas peur des sujets à controverse, en rapport direct avec l’histoire du XXe siècle. Lean, loin d’être un cinéaste révolutionnaire, critique la tradition militaire et l’empire colonial anglais dans ses deux films les plus célèbres. Le Pont de la rivière Kwai, immense succès populaire, mérite une réévaluation critique. Mise en scène et interprétation puissante (mention spéciale à William Holden). Le film propose une réflexion intelligente sur l’héroïsme et la lâcheté en temps de guerre, opposant le cynisme et l’individualisme américain au respect britannique pour l’ordre, la discipline et la tradition qui débouche sur une situation tragique et absurde. Lawrence d’Arabie (Lawrence of Arabia, 1962) son chef-d’œuvre, dresse le portrait d’un personnage ambigu (à tous points de vue : militaire, politique, sexuel), loin des héros de films d’aventures classiques.

Lawrence d'Arabie (1962)

Lawrence d'Arabie (1962)

Tandis que Lawrence d’Arabie ouvre une brèche moderniste dans la filmographie de Lean, Le Docteur Jivago la referme aussitôt.

En 1963, l’agent de David Lean lui suggère de lire un roman russe de plus de cinq cents pages, « Le Docteur Jivago » de Boris Pasternak. Le roman avait été interdit en Union Soviétique, mais il était vite devenu un classique de la littérature contemporaine et un succès de librairie traduit dans plusieurs langues, tandis que Pasternak recevait le Prix Nobel de littérature en 1958.

Lean se passionne pour cette histoire d’amour dans la tourmente de la révolution bolchévique et décide d’en faire son prochain film. L’adaptation est épineuse et Lean s’offre une nouvelle fois les services de Robert Bolt, satisfait de leur collaboration sur le scénario de Lawrence d’Arabie.

Docteur Jivago (1965)

Docteur Jivago (1965)

Les deux précédents films de Lean, Le Pont de la rivière Kwai et Lawrence d’Arabie avaient été produit par Sam Spiegel, et les deux hommes avaient entretenu une relation très conflictuelle qui n’encourageait pas Lean à vouloir renouveler l’expérience. Le Docteur Jivago (Doctor Zhivago, 1965) sera produit pour la MGM par l’Italien Carlo Ponti, qui avait acquis les droits du roman en espérant confier le rôle de Lara, le grand amour de Jivago, à son épouse Sophia Loren. Lean parvient à convaincre Ponti que Loren est impossible dans le rôle d’une jeune fille vierge. Jane Fonda et Yvette Mimieux sont envisagées. Le choix de Lean se porte sur une débutante de vingt-quatre ans, la comédienne britannique Julie Christie qui n’a tenu que quelques petites rôles, dont deux très remarqués, dans Billy le menteur de John Schlesinger et Le Jeune Cassidy, commencé par John Ford et terminé par Jack Cardiff. Lean se renseigne sur Julie Christie auprès de Ford qui ne tarit pas d’éloge sur la jeune comédienne. A raison.

La MGM souhaitait que Paul Newman incarne Jivago. Après avoir pensé à Peter O’Toole (révélation de son film précédent), David Lean opte pour Omar Sharif, qu’il a également dirigé dans Lawrence d’Arabie. Certaines personnes sont surprises qu’on pense à un acteur égyptien pour jouer un Russe, mais le rôle apportera une gloire mondiale à Omar Sharif. La majeure partie du tournage se déroulera en Espagne, où les rues de Moscou sont reproduites en studios. Le film souffrira beaucoup de ce manque de réalisme, à la différence des autres superproductions de Lean qui au moins accordaient une grande importance aux décors naturels (jungle, désert, plages d’Irlande ou paysages indiens.) Ici cela transpire le stuc et la précipitation. Les prises de vue sont d’abord assurées par Nicolas Roeg, un talentueux directeur de la photographie qui deviendra dans les années 70 le célèbre réalisateur de Ne vous retournez pas ou L’homme qui venait d’ailleurs. Mais David Lean n’apprécie pas la personnalité un peu insolente du jeune homme et il le remplace par Freddie Young, qui avait déjà signé les superbes images de Lawrence d’Arabie. Le film est boudé par la critique qui le trouve kitsch, démodé et lui reproche son imagerie très hollywoodienne. Il est vrai que la conception académique qu’a David Lean des films à grand spectacle est aux antipodes des transformations et des révolutions que connaît le cinéma au milieu des années 60, avec les nouveaux auteurs de la Nouvelle Vague française ou du « free cinema » britannique. Cela n’empêchera pas le film d’être un triomphe mondial, porté par la célèbre musique de Maurice Jarre, qui va émouvoir au fil des décennies des millions de spectateurs romantiques, comme avant lui Autant en emporte le vent ou après lui Titanic de James Cameron.

Quant on essaie de revoir le film aujourd’hui, difficile de ne pas donner raison à la critique de l’époque. Cela a horriblement mal vieilli, cela sent le carton-pâte, rien n’est crédible…

La Fille de Ryan (1970)

La Fille de Ryan (1970)

La Fille de Ryan (Ryan’s Daughter, 1970) ose aborder un sujet extrêmement sensible, le terrorisme en Irlande au début du siècle. Réussite artistique presque totale.

Il y a dans ce film un romantisme fiévreux qui perce sous la froideur et le caractère maniaque du cinéma de Lean. Composition admirable de Robert Mitchum. Hélas La Fille de Ryan, beaucoup plus complexe, intimiste et moins spectaculaire – malgré la splendeur des images – que Le Docteur Jivago, sera un échec aussi injuste que sévère. Le cinéma de Lean commence à être démodé, alors que ses deux derniers films comptent parmi ses meilleurs.

La Route des Indes (1984)

La Route des Indes (1984)

Les ambitions et les exigences de Lean l’obligent à ralentir le rythme de ses tournages. Il réalise son dernier – et très beau – film, La Route des Indes (A Passage to India, 1984) d’après E. M. Foster, et meurt en 1991 avant d’avoir pu entreprendre le tournage de Nostromo, d’après un roman de Joseph Conrad qu’il souhaitait adapter au cinéma depuis des décennies. Si David Lean a incarné à la fin de sa vie une vision conservatrice de l’art cinématographique, il a aussi enflammé l’imagination du grand public et suscité beaucoup d’admiration de la part de jeunes cinéastes fascinés par l’ampleur de ses films. Sergio Leone, Steven Spielberg, George Lucas ou James Cameron ont voulu à un moment de leur carrière se confronter au cinéma de David Lean (comme des cinéastes aussi différents que Ken Russell, Martin Scorsese ou Olivier Assayas avec celui de Powell et Pressburger.) Cameron a cité Le Docteur Jivago comme principal modèle de son Titanic. Steven Spielberg a mis en scène un film initialement prévu pour David Lean, Empire du soleil d’après James C. Ballard en 1987.

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2 Responses to David Lean

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