The Brown Bunny de Vincent Gallo

Vincent Gallo et Chloë Sevigny dans The Brown Bunny (2003)

Vincent Gallo et Chloë Sevigny dans The Brown Bunny (2003)

Vincent Gallo est un cas à part : cet homme aux multiples talents comme il aime se définir lui-même est né en 1961 à Buffalo, dans l’état de New York, de parents originaires de Sicile. Il est d’abord musicien dans de nombreux groupes de rock et fréquente la scène artistique new yorkaise, notamment le peinte Jean-Michel Basquiat. Il est également mannequin pour de nombreuses campagnes de publicité. Cinéphile passionné, il se consacre d’abord au métier d’acteur, aidé par un physique et un charisme exceptionnels. Interprète d’une quarantaine de films et téléfilms, on le remarque dans Les Affranchis de Martin Scorsese, Arizona Dream d’Emir Kusturica, les films de Claire Denis (US Go Home, Nenette et Boni, Trouble Every Day), Nos funérailles d’Abel Ferrara, Tetro de Francis Ford Coppola, Essential Killing de Jerzy Skolimovski pour ne citer que les plus prestigieux. Son premier film, Buffalo ’66 avec Christina Ricci, Angelica Huston, Ben Gazzara et lui-même est une grande réussite du cinéma américain indépendant. Il choisit de radicaliser sa démarche avec The Brown Bunny, encore plus impressionnant.

Présenté au Festival de Cannes en sélection officielle en 2003, dans une version non définitive, The Brown Bunny a déclenché un scandale aussi violent qu’injuste. Certains reprochaient au film sa vacuité prétentieuse, le narcissisme de son auteur complet Vincent Gallo, crédité au générique du film à tous les postes, de la production à la photographie en passant par le montage, les décors et la conception de l’affiche, autant de preuves d’un réel perfectionnisme et d’une volonté de contrôle qui témoignent davantage de l’intégrité absolue de Gallo plutôt que d’une prétendue mégalomanie. D’autres étaient choqués par une scène annoncée par la rumeur et attendue jusqu’à la fin du film, une fellation non simulée pratiquée par Chloë Sevigny sur la personne de Vincent Gallo en très grande forme. La débâcle cannoise incita Gallo à procéder à un nouveau montage de son film et c’est uniquement celui-ci qui est visible désormais. Heureusement, il y eut des spectateurs pour passer outre l’aveuglement des cuistres. Disons-le tout net, The Brown Bunny est un pur chef-d’œuvre, l’héritier le plus brillant du cinéma moderne américain et européen des années 70 mais aussi un objet très contemporain qui tranche avec le tout venant du cinéma d’auteur d’aujourd’hui, arty ou pas. Malgré les apparences, The Brown Bunny n’est pas un film expérimental ou une installation visuelle destinée à orner les murs d’un musée plutôt qu’un écran de cinéma ou de télévision. Silencieux, austère, The Brown Bunny trace la même route que quelques grands « road movies » existentiels américains avant lui : Electra Glide in Blue, Point limite zéro. Dans sa quête solitaire et absurde, le personnage interprété par Vincent Gallo est-il un héritier de Sam Peckinpah, de Chantal Akerman, ou d’un peu des deux ?

Vincent Gallo dans The Brown Bunny (2003)

Vincent Gallo dans The Brown Bunny (2003)

Magnifique voyage à travers les paysages désertiques américains, The Brown Bunny est avant tout un grand film d’amour fou, et il faut attendre les dernières scènes pour le découvrir. Aucune pose, aucun cynisme dans un film aussi esthétiquement composé que sincère, émouvant et profondément honnête. Quant à la scène qui fit tant parler d’elle, elle est effectivement géniale et inoubliable, tant par sa mise en scène que par la charge émotionnelle qui l’entoure. The Brown Bunny a peut-être irrité, agacé, choqué, mais il restera le film le plus original, à la fois physique et abstrait, incarné et hanté du cinéma américain des années 2000. En 2010 Vincent Gallo a réalisé un troisième long métrage, le très beau Promises Written on Water, nouveau poème au romantisme noir, entre Edgar Poe et Andy Warhol, que le cinéaste a montré avec parcimonie, préférant le secret et le silence à l’exhibition critique et médiatique qu’il refuse désormais avec une intransigeance courageuse et admirable.

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4 Responses to The Brown Bunny de Vincent Gallo

  1. aaaa says:

    J’ai adoré buffalo 66 qui est devenu un de mes films préférés et j’ai aussi beaucoup aimé the brown bunny qui est très comtemplatif et touchant. J’aimerai beaucoup visionner Promises Written on Water, malheureusement je ne le trouve nul part, si tu as un moyen de le regarder, fais moi en part çe serait super!

    • Malheureusement “Promises Wtritten on Water” n’a pas été distribué commercialement, ni en salles, ni en DVD. Il a été montré seulement au Festival de Venise et au Festival de Toronto en 2010. Depuis, Vincent Gallo en bloque l’exploitation. Des projections sont néanmoins prévues dans des salles de musées, à Londres notamment (à confirmer). C’est tout pour l’instant. Bien à vous,

  2. La version de Cannes de “The Brown Bunny”, aujourd’hui reniée par Vincent Gallo, qui la considère comme une copie de travail intermédiaire, était plus longue que celle distribuée en salles. N’étant pas à Cannes cette année là, je ne l’ai jamais vu, hélas pour moi car elle n’existe plus. Le film de Naomi Kawase est en effet très beau, et il y avait aussi “Tiresia” de Bertrand Bonello et “Elephant” de Gus Van Sant la même année en sélection officielle à Cannes…. Les provocations de Vincent Gallo – qu’il faut prendre avec humour – ne doivent pas occulter ses talents de cinéaste et d’artiste. Mais il préfère désormais le silence, ses propos, souvent déformés ou mal interprétés par la presse, ayant souvent nui à la réception de ses films.

  3. valerie says:

    Oui, merci! Moi aussi j’avais adoré ce film sublime! Il faut le dire Gallo a souvent un comportement de connard, mais il est talentueux, et je fais la sourde oreille à ses bêtises pour le regarder jouer ou réaliser. Je ne savais pas qu’il y avait 2 versions, je pense avoir vu celle de Cannes! En même temps j’avais vu Sharaa de Naomi Kawase, 2 films très purs et très forts!

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