Intégrale King Hu à la Cinémathèque française

On en rêvait depuis longtemps. C’était difficile, en raison de l’éparpillement des droits et de la qualité aléatoire du matériel concernant ses films, la faute à une carrière en dent de scie entre Taïwan et Hong Kong, pour des petites compagnies indépendantes après son départ de la Shaw. Après des années d’attente on pourra enfin découvrir, grâce à la persévérance de la Cinémathèque française, l’intégrale des films de King Hu sur grand écran, du 8 au 27 février.

King Hu (né en 1931 à Pékin) s’intéresse dès son plus jeune âge à la calligraphie (un art que l’on retrouvera dans tous ses films). En 1949 il fuit le régime communiste et débarque à Hong Kong. En 1958 il est engagé sous contrat à la Shaw et devient assistant réalisateur, avant de signer ses premiers longs métrages en 1964 (The Story of Sue San) et 1965 (Sons of Good Earth).
En 1966, King Hu réalise un fleuron du « wu xia pian » (films d’arts martiaux à costumes) : L’Hirondelle d’or. Cette histoire de détectives et de conspirateurs est une des plus belles réussites commerciales et artistiques des studios Shaw Bros. Elle fixe les règles du genre et inaugure l’œuvre d’un cinéaste artiste, véritable calligraphe de l’écran qui poursuivra dans ses films suivants ses éblouissantes compositions plastiques. A Touch of Zen et Raining in the Mountain, productions taïwanaises indépendantes, sont sans aucun doute les chefs-d’œuvre de leur auteur, des sommets de raffinement et de spiritualité. Le premier va révéler King Hu dans les années 70 au public occidental grâce à un prix à Cannes. L’effet de sidération provoqué par la découverte simultanée des combats acrobatiques, de la splendeur des images et de la philosophie bouddhiste est encore intact et A Touch of Zen n’a pas usurpé sa réputation de film mythique. Le second, sur le thème de la conspiration cher au réalisateur, marquera l’apothéose, entre épure et paroxysme, d’une filmographie écourtée par les échecs commerciaux.
Je me souviens d’un beau All the King’s Men, film sur un complot de cour dans la Chine du Xème siècle où les combats avaient disparu mais où l’élégance de la mise en scène de King Hu imprimait chaque plan. Réalisé en 1982, All the King’s Men avait attendu une dizaine d’années pour atteindre discrètement les écrans français. Le cinéaste est passé de mode, son style raffiné est devenu anachronique au milieu de la frénésie des films d’action ou de sabre hongkongais des années 80 et 90, mais ses disciples et admirateurs comme Tsui Hark ou An Hui ne l’oublient pas. Tsui Hark tente d’organiser son comeback à Hong Kong avec la production Swordsman mais l’entreprise tourne au désastre et le film est terminé par Hark, Ann Hui et Ching Siu-tung. King Hu meurt à Taipei et 1997 après avoir signé un ultime film en 1992, Painted Skin.

L’Hirondelle d’or, chef-d’œuvre de la Shaw et de King Hu

Affiche chinoise de L'Hirondelle d'or (1966)

Affiche chinoise de L'Hirondelle d'or (1966)

Dans les années 60 et 70 la Shaw Brothers est une énorme usine à films bâtie sur le modèle hollywoodien d’où sortent près de quarante longs métrages par an.
Il est souvent difficile en appréhendant le cinéma de Hong Kong de séparer les notions de films de studios, films de genre ou films d’auteur. En 1966, King Hu réalise un chef-d’œuvre qui est sans doute les trois à la fois. Come Drink With Me (rebaptisé L’Hirondelle d’or, le nom de son héroïne, la belle et énergique Cheng Pei Pei) constitue un fleuron du « wu xia pian ». Un groupe de brigands enlève le fils d’un homme politique. Pour régler la situation, le gouvernement envoie son meilleur agent, l’hirondelle d’or, une jeune femme intrépide déguisée en homme et experte dans le maniement de l’épée. Cette histoire de détectives à costumes, parsemée d’épisodes fantastiques et mélodramatiques et est une des plus belles réussites commerciales et artistiques des studios Shaw Bros. Elle fixe les nouvelles règles du genre, révolutionne la chorégraphie des combats et impose le talent d’un cinéaste artiste, féru de peinture et d’opéra, véritable calligraphe de l’écran qui poursuivra dans ses films suivants (L’Auberge du printemps, A Touch of Zen, Raining in the Mountain) ses éblouissantes compositions plastiques. King Hu est ainsi loin d’être représentatif des artisans de la Shaw Brothers. Contrairement à Chang Cheh par exemple (qui réalisera en 1968 la suite de L’Hirondelle d’or), King Hu correspond davantage à l’idée de l’artiste perfectionniste et maudit qu’à celle du mercenaire des studios. Le succès de L’Hirondelle d’or n’empêchera pas sa rupture avec la Shaw Brothers, et il poursuivra entre Taïwan et Hong Kong une carrière erratique parsemée de films magnifiques.

L'Hirondelle d'or (1966)

L'Hirondelle d'or (1966)

Le samedi 18 février à 14h30, à l’issue de la projection de L’Hirondelle d’or, une table ronde « King Hu : l’apesanteur et la grâce réunira trois figures clé de la cinéphilie française qui participèrent activement à la découverte, l’accompagnement et la promotion de l’œuvre de Hu en dehors d’Asie : Olivier Assayas et Charles Tesson qui consacrèrent un numéro spécial historique des « Cahiers du cinéma » consacré au cinéma de Hong Kong en 1984, et surtout Pierre Rissient, infatigable compagnon de route des cinéastes du monde entier grâce à qui A Touch of Zen fut présenté au Festival de Cannes 1975, où il obtint le prix de la mise en scène.

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2 Responses to Intégrale King Hu à la Cinémathèque française

  1. Francky says:

    J’aime bien “L’hirondelle d’or”, presque un film séminal pour ce genre de Wu Xia Pian : mais je le trouve quand même très surestimé ! La fameuse scène de la taverne est excellente et c’est le sommet du film, le reste étant quand même beaucoup plus convenu : des scènes musicales légères tendant vers un cinéma HK des 50’s qui commençait à être suranné à cette époque, un long combat final qui manque considérablement de souffle, assez mou malgré les efforts de Cheng Pei Pei…
    Sa suite, (“Golden Swallow/Le retour de l’Hirondelle d’Or” réalisée par Chang Cheh, lui est largement supérieure : affrontements beaucoup plus épiques, sanglants mais surtout solennels, réalisation de haute volée et photo flamboyante, et surtout une histoire dramatique et tragique beaucoup plus profonde et forte que le 1er opus… Chang Cheh remet en avant la figure du héros masculin : mais tourmenté et dont l’abnégation le conduira à sa perte.. Chang Pei Pei n’a plus vraiment le premier rôle (mais reste au centre des enjeux de l’intrigue), mais pour les combats ce n’est pas un mal tant elle ne fait pas le poids face aux prestations de Wang Yu et Lio Leh.

  2. Pingback: Les meilleurs films des années 70 / Best films of the 70’s | Olivier Père

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