Star Wars : Épisode 1 – la menace fantôme (3D) de George Lucas

Le 8 février, la guerre des étoiles est de retour dans les salles de cinéma de France et du monde entier, gonflée en 3D par George Lucas, qui ne cesse de ruminer, de modifier et « d’enrichir » sa saga spatiale depuis 77 (il avait commencé à y penser avant : autant dire depuis son enfance.)

Je n’avais pas masqué mon énervement lors de la sortie du premier volet de la seconde saga (mais première chronologiquement) en 1999. Dans les Inrockuptibles, un article très méchant titré « La guerre des étrons » (le titre n’était pas de moi) ressemblait au procès et à l’exécution sommaire du père, celui qui m’avait offert mes premiers émois et plaisirs cinématographiques mais que j’avais décidé de haïr à l’âge adulte.

Comme des millions d’enfants et d’adolescent nés dans les années 70, j’avais grandi avec la trilogie (et les jouets, et tous les produits dérivés inimaginables) de La Guerre des étoiles et ses suites.

Plus de vingt ans plus tard, j’étais passé vraiment à autre chose (Straub, Mario Bava?) et je n’avais plus vraiment envie de remettre le couvert. Cette menace fantôme m’apparut comme une désastreuse purge, une croûte numérique, un long métrage promotionnel pour ILM, la boîte à effets spéciaux de Lucas qui prophétisait le cinéma sans pellicule, sans décors, sans acteurs (quelques années plus tard, Avatar et Tintin lui donneraient raison), un retour à un cinéma pictural et pompier, une crèche vivante (plus proche d’un Zefirelli électronique que de Kubrick), un livre d’image expliquant à la population mondiale l’évangile lucasienne, un salmigondis judéo-chrétien que Lucas ruminait depuis une trentaine d’années et qui nous apprend qu’Annakin Skywalker, futur Dark Vador, est né d’une mère vierge…

L’ennui suscité par La Menace fantôme diffère de celui de la première Guerre des Etoiles (désormais intitulée Episode IV : un nouvel espoir), dont la nonchalance du récit était peut-être, en 1977, celle d’un western fin de race. Ici, l’histoire est un prétexte à présenter, souvent brièvement, les personnages récurrents de la saga, et à promener les héros dans quelques décors synthétiques.

La Menace fantôme est le plus mauvais épisode de la saga (avec Le Retour du Jedi et ses horribles Ewoks) car il est constitué presque entièrement de scènes d’exposition, bavardes et statiques, et son récit gravite autour d’un blocus économique peu palpitant.

Les comédiens, réduits à l’état de santons vivants dans leurs robres de bures intergalactiques, jouent comme de patates (il faut voir Liam Neeson en chevalier Jedi discuter sérieusement – et dans le vide – avec une grosse mouche à merde en images de synthèse), sans parler du trop célèbre Jar Jar Brinks, l’idiot du village spatial, créature aussi encombrante qu’inutile. Ce péplum biblico spatial long et bavard ressemble trop souvent à une crèche vivante interprétée par le Muppet Show.

Les fans de science-fiction continuent de haïr Lucas à cause de sa seconde trilogie et les innombrables tripatouillages qu’il a fait subir à la première. Pas moi, contre toute attente, car j’ai redécouvert La Menace fantôme, L’Attaque des clones et La Revanche des Sith avec mon fils, en DVD. Nous les avons revu régulièrement pendant quatre ans, et ce n’est peut-être pas fini, si la curiosité me pousse à retourner voir sur grand écran et en 3D l’intégralité de la grande œuvre lucasienne. Le premier film est un prologue ingrat mais nécessaire pour que Lucas mette en branle sa vaste saga œdipienne, et dévoile l’enfance du plus célèbre méchant masqué de l’histoire du cinéma. Les épisodes 2 et 3, j’y reviendrais sans doute, sont des merveilles de délire pyrotechnique, au romantisme échevelé. Ewan McGregor et la délicieuse Natalie Portman sont bien meilleurs que Mark Hamill et Carrie Fisher, respectivement en Jedi et en princesse.

Si la course de bolides galactiques calquée sur celle de Ben-Hur est inférieure à son modèle, il y a une belle bataille rangée de droïdes à la Spartacus, et un impressionnant combat final au sabre laser à trois entre les deux chevaliers Jedi et le vilain au crâne rouge et noir, preuve que Lucas, qui semblait s’être assoupi derrière sa caméra pendant le film (il n’avait rien tourné depuis 22 ans) est capable d’orchestrer un superbe morceau de bravoure à la manière des films d’aventures de Michael Curtiz, d’arts martiaux chinois ou de samouraïs japonais.

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