Bungalow pour femmes de Raoul Walsh

Jane Russell dans Bungalow pour femmes (1956)

Jane Russell dans Bungalow pour femmes (1956)

Raoul Walsh, auteur de très grands films dès le muet (Le Voleur de Bagdad), dès le début du parlant (La Piste des géants), sans compter les nombreux chefs-d’oeuvre des années 40, est à l’apogée de son art dans les années 50. Walsh, c’est l’évidence du génie et le génie de l’évidence. Les Implacables (1955) sont la parfaite illustration d’un cinéma classique qui s’achemine avec sérénité vers la vieillesse, comme Clark Gable aspirant au bonheur après une vie d’aventures. Le cinéaste s’y montre aussi à l’aise dans la mise en scène d’une nature immense sauvage en Cinémascope que dans la description subtile et chaleureuse de personnages héroïques « plus grands que nature » (le titre original, plus juste, est The Tall Men), ou de femmes à l’érotisme agressif (Jane Russell !). Bungalow pour femmes (The Revolt of Mamie Stover, 1956), est l’un des chefs-d’œuvre secrets de Walsh, essentiellement admiré par les cinéphiles, qui témoigne de la modernité et de la vitalité, mais aussi de la violence, d’un artiste qu’on ne saurait réduire à un simple aventurier du cinéma spécialiste du western ou du film viril. Bungalow pour femmes est un étonnant conte moral sur le capitalisme sauvage, thème déjà traité par Walsh dans La Rivière d’argent. Ce n’est pas un film de guerre, malgré l’épisode de l’attaque de Pearl Harbour, mais un mélodrame très impur et d’une crudité exceptionnelle qui raconte moins une histoire d’amour qu’un récit de sexe et surtout d’argent. La volcanique Jane Russell incarne Mamie Stover, entraîneuse (pour ne pas dire prostituée, pour des raisons de censure) obsédée par la réussite matérielle et la reconnaissance sociale, au point de faire fortune grâce à la panique suivant le bombardement japonais et sacrifier sa romance avec un écrivain parti au front. Le film aborde les effets pervers et les limites de l’individualisme et du carriérisme encouragés par le système américain. Mamie est une héroïne féminine presque négative, névrosée. Le film est plastiquement superbe, filmé en Cinémascope avec une utilisation inspirée de la couleur et de l’écran large, comme d’autres grands films de Walsh de la fin des années 50 (L’Esclave libre, Les Nus et les Morts). Malgré la noirceur du sujet, Bungalow pour femmes est aussi un film débordant d’humour et d’énergie, à l’image d’un cinéaste qui battit sa réputation sur son amour de l’action sans jamais négliger la psychologie des personnages.

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