The Strawberry Blonde de Raoul Walsh

Il arrive qu’un film, peu vu, peut-être mineur dans la carrière d’un grand cinéaste comparé à des œuvres monumentales (pour Walsh, ses westerns et ses films d’aventures), laisse apparaître avec plus d’évidence la vérité intime sur son auteur. Raoul Walsh, plus proche de Ford que de Hawks, était un grand sentimental, mais surtout sa truculence et sa vigueur d’homme et d’artiste dissimulaient mal une personnalité complexe et tourmentée. Par son sujet, ses thèmes et sa construction, The Strawberry Blonde (1941) dépasse largement le registre de la comédie légère. Et quant à la dimension sentimentale du film, elle renvoie davantage à celle d’une fameuse éducation qu’au feuilleton à l’eau de rose. The Strawberry Blonde est admirablement organisé autour d’un long et unique retour en arrière. Un dentiste d’origine populaire (James Cagney) a du mal à trouver sa clientèle, car il sort fraîchement de prison. C’est d’ailleurs sous les verrous qu’il a appris son métier. Avec son ami, un émigré grec, il se remémore avec aigreur l’insouciance passée et la jeune femme rousse qui le fit rêver (la « Strawberry Blonde » du titre, interprétée par Rita Hayworth, dans son premier rôle important). Une rengaine jouée dans la rue ravive le souvenir de l’amoureux transi, qui épousa par dépit une femme heureusement formidable (Olivia de Havilland). La belle rouquine préféra en effet se marier avec un faux ami de Cagney, qui fera fortune grâce à des malversations et qui conduira son associé (le même Cagney, incarnation de l’Américain honnête mais naïf) en prison en lui faisant endosser la responsabilité d’un accident de chantier. Pas mal de gravité, donc, pour une simple comédie chantante, qui réserve pourtant de magnifiques bouffées de burlesque (les fleurs du chapeau de Olivia de Havilland mangées par un cheval, James Cagney atterrissant dans une poubelle, le dîner aux chandelles avec les spaghettis récalcitrantes). Mais surtout, derrière l’optimisme fondamental de l’œuvre pointe déjà (nous sommes en 1941) l’amertume. Cette description alerte et pittoresque du petit peuple, dans le New York du début du siècle, est une critique désenchantée du rêve américain, de la libre entreprise et du capitalisme sauvage (que l’on retrouvera sept ans plus tard dans La Rivière d’argent.) C’est aussi le très émouvant bilan de la vie d’un Américain ordinaire, au cours de laquelle Walsh malmène les clichés du machisme et de l’énergie, en insufflant à ce film plein de bonne humeur beaucoup de doute et de tremblement.

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