Hommage à Don Sharp

Après Jimmy Sangster, c’est un autre artisan des studios britanniques Hammer qui disparaît en 2011. Le cinéaste Don Sharp est mort le 17 décembre à l’âge de 89 ans. Né sur l’île de Tasmanie en Australie, Sharp débarque en Grande-Bretagne après la Seconde Guerre mondiale où il poursuit une carrière d’acteur, avant de devenir réalisateur dans les années 50. Il met d’abord en scène des séries B d’action ou d’aventures, ou des comédies. En 1963 il signe son premier film fantastique pour la Hammer, le fameux Baiser du vampire,

Affiche américaine du Baiser du vampire (1963)

Affiche américaine du Baiser du vampire (1963)

au générique duquel on retrouve des familiers de la firme et des films de Terence Fisher comme le compositeur James Bernard ou le producteur et scénariste (sous le pseudonyme de John Elder) Anthony Hinds. Cette nouvelle variation autour du mythe de Dracula se caractérise par son érotisme et son traitement hétérodoxe du vampirisme. Pour la Hammer Sharp réalise également Les Pirates du diable (1964) et Raspoutine, le moine fou (1966) tous deux avec Christopher Lee.

Affiche française de Raspoutine, le moine fou (1966)

Affiche française de Raspoutine, le moine fou (1966)

Ces films viennent rappeler que la Hammer ne produisit pas que des films d’horreur et de science-fiction, mais aussi des bandes d’aventures historiques mettant en avant le sadisme et l’érotisme, comme cette nouvelle biographie filmée de Raspoutine croquignolette où Lee cabotine un peu plus que d’habitude. Pour d’autres petites compagnies Don Sharp signe aussi à la même époque des films fantastiques comme l’obscur Witchcraft avec Lon Chaney Jr ou La Malédiction de la mouche, deuxième suite anglaise et en noir et blanc de La Mouche noire de Kurt Neumann. En 1965 et 1966 il réalise les deux premiers épisodes des nouvelles aventures du diabolique Fu Manchu, génie du mal chinois inventé par Sax Rohmer, interprété par Christopher Lee (qui succède à Boris Karloff dans le mémorable Masque d’or en 1932). Le Masque de Fu Manchu et The Brides of Fu Manchu produits par l’aventurier Harry Allan Towers parviennent difficilement à rivaliser avec l’esprit et le rythme des serials américains. En 1973 Don Sharp réalise deux films d’horreur amusants, Le Miroir des fantasmes avec Christopher Lee, Joan Collins et Jane Birkin et surtout Psychomania, l’un des films les plus bizarres du cinéma fantastique anglais des années 70, triomphe du mauvais goût au scénario délirant mixant film de délinquance juvénile, sorcellerie et zombies. Un gang de motards surnommé « The Living Dead » qui terrorise une petite bourgade scelle un pacte avec des satanistes. Les voyous se suicident un à un afin de pouvoir ressusciter et d’accéder à la vie éternelle. Un petit détail : ils se font enterrer avec leur moto ce qui leur permet de jaillir de leurs tombes au guidon de leurs bolides pour hanter les routes de campagnes sous la forme de zombies squelettiques et casqués. George Sanders traverse cette sombre histoire avec un air consterné en se demandant ce qu’il fait là. Il s’agit du dernier film de cet acteur génial qui se suicida juste après le tournage dans un hôtel près de Barcelone. Les séances « Cinéma bis » de la Cinémathèque française permettent de redécouvrir un vendredi sur deux et depuis bientôt vingt ans, à l’initiative de Jean-François Rauger, les perles rares et les œuvres les plus significatives des cinémas d’exploitation de tous les pays, tous les genres et toutes les époques. J’ai été chargé de leur programmation de 1997 à 2009 quand je travaillais à la Cinémathèque. J’espère qu’elles nous permettront de revoir un jour sur grand écran ce film incroyable à l’occasion d’un hommage bien mérité à Don Sharp, modeste faiseur du cinéma populaire européen. Comme beaucoup d’autres cinéastes de la même trempe Don Sharp a fini sa carrière à la télévision (où il avait déjà signé en 1968 trois épisodes de la mythique série « Chapeau melon et bottes de cuir »). On lui doit aussi Le Secret de la banquise solide film d’espionnage avec Donald Sutherland, Vanessa Redgrave, Christopher Lee (encore lui !) et en 1978 une estimable version des 39 Marches d’après le roman de John Buchan déjà porté à l’écran par Alfred Hitchcock en 1935 puis par Ralph Thomas en 1959.

Affiche américaine de Psychomania (1973)

Affiche américaine de Psychomania (1973)

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