La Poursuite infernale de John Ford

Nouvel épisode du feuilleton John Ford avec l’un de ses meilleurs films. Il y en aura d’autres, dans un ordre chronologique approximatif et lacunaire. Nous sommes loin d’avoir tout vu du plus grand cinéaste de l’histoire du cinéma, même s’il est peut-être, sans doute, notre cinéaste préféré, le plus émouvant, le plus , le plus poétique. Après La Charge héroïque (réalisé en 1949) voici un autre western (réalisé en 1946) qui peut aussi prétendre au titre français le plus à côté de la plaque de la longue filmographie fordienne.

Henry Fonda dans La Poursuite infernale (1946)

Henry Fonda dans La Poursuite infernale (1946)

La Poursuite infernale (soit My Darling Clementine, le titre original est tellement plus beau et juste) existe dans deux montages différents, disponibles en DVD. Il y a quelques années fut découverte la première version du film, tel qu’il fut monté avant son exploitation commerciale. Plus longue de cinq minutes, cette version correspondait davantage à la volonté de John Ford, qui dut procéder à quelques retouches à la demande de la Twentieth Century Fox. Ces modifications sont minimes et seuls les fordiens patentés pourront apprécier les différences entre les deux versions. Par exemple, au tout dernier plan du montage de Ford, Henry Fonda (Wyatt Earp) serre la main de Cathy Downs (sa Clementine chérie) – ce geste en forme de litote exprime davantage la flamme de Earp pour sa dulcinée qu’une fougueuse étreinte – tandis que les producteurs exigèrent une fin plus conventionnelle où les deux amoureux d’embrassent avant de se quitter.

La Poursuite infernale (1946)

La Poursuite infernale (1946)

Mais on a le droit d’ignorer ce débat cinéphilique – pourtant passionnant  – et admirer l’un des plus sublimes westerns de l’histoire du cinéma et un sommet de l’art fordien. Lorsque Ford met en scène My Darling Clementine, sur le combat du shérif Wyatt Earp et ses frères contre des éleveurs de bétail assassins du cadet de la famille, cet épisode véridique de l’Histoire de l’Ouest appartient depuis longtemps à la mythologie des États-Unis et a déjà été adapté plusieurs fois au cinéma (il le sera encore après le film de Ford.) John Ford avait lui-même rencontré Wyatt Earp dans sa jeunesse et il prétendit avoir reconstitué le fameux règlement de comptes à O.K. Corral tel qu’il s’était réellement déroulé. Vrai ou faux, on s’en fiche, puisque le film touche au génie.

Victor Mature dans La Poursuite infernale (1946)

Victor Mature dans La Poursuite infernale (1946)

On admire sans réserve la construction digressive du récit, qui multiplie les scènes annexes pour mieux laisser éclater la violence et la tragédie, la fausse nonchalance du rythme, la photographie crépusculaire. Les acteurs (Henry Fonda, Victor Mature inoubliable dans le rôle de Doc Hollyday, la sensuelle Linda Darnell) sont tous magnifiques et expriment à la perfection la complexité des sentiments des personnages qu’ils interprètent. Un chef-d’œuvre.

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