La Charge héroïque de John Ford

Second volet de la trilogie de la Cavalerie de John Ford (entre Le Massacre de Fort Apache en 1948 et Rio Grande en 1950), La Charge héroïque (1949) se distingue d’abord par le contresens de son titre français. Loin de tout triomphalisme, She Wore a Yellow Ribbon (allusion au ruban jaune que porte la jeune femme fiancée à un soldat) est la chronique d’un échec et une méditation sur la vieillesse et le temps qui s’écoule, inexorablement. Un an à peine après son interprétation du fringant capitaine de Fort Apache, on retrouve ici John Wayne grimé en officier à quelques jours de la retraite.

John Wayne dans La Charge héroïque (1949)

John Wayne dans La Charge héroïque (1949)

La fin de sa carrière est gâchée par le massacre d’une patrouille par les Indiens. Il va alors retarder son départ et tenter d’effacer la blessure de ce ratage par l’opération de la dernière chance. Le scénario propose ainsi un récit au rythme particulièrement original, puisque la nonchalance habituelle des films de Ford, ajoutée à la fatigue de son personnage principal, est contrariée par le compte à rebours final qui offre de surprenantes accélérations. De tous les westerns de Ford, La Charge héroïque est le plus crépusculaire, le plus mélancolique, le plus émouvant. C’est aussi le plus contemplatif, et Ford s’attarde davantage à filmer les paysages de Monument Valley et le visage de son acteur de prédilection, que les scènes d’action. Célèbre pour la splendeur de son Technicolor, La Charge héroïque est enfin un film d’une grande beauté picturale, auquel Ford semble avoir accordé une attention esthétique particulière, et qui tranche avec le réalisme de ses westerns en noir et blanc. De nombreux moments sont de véritables poèmes symboliques, proches de l’élégie. Notamment lorsque John Wayne, qui à la nuit tombée a l’habitude de converser dans un petit cimetière avec son épouse décédée, voit une ombre féminine se détacher sur la stèle, et croit un instant que son grand amour est revenu d’entre les morts. Le jour et la nuit, la vie et la mort, le passé et le présent cohabitent le temps d’une scène sublime.

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