The Terrorizers d’Edward Yang et Le Miroir de Jafar Panahi

Mieux vaut tard que jamais. Deux films inédits primés à Locarno dans les années 80 et 90, devenus des titres importants du cinéma contemporain sortent enfin en France grâce à l’initiative de deux distributeurs indépendants, Splendor Films et Tamasa distribution, dont on salue le travail.

The Terrorizers d’Edward (1986)

The Terrorizers d’Edward Yang (1986)

The Terrorizers, réalisé en 1986 après Taipei Story, avait obtenu le Léopard d’argent au Festival del film Locarno, grâce à l’enthousiasme de Benoit Jacquot qui était dans le jury cette année-là.
Mal distribuée en France (à l’exception de A Brighter Summer Day – dans une version écourtée – et Yi Yi), l’œuvre d’Edward Yang mérite d’être redécouverte, car elle est une des plus importantes (et ambitieuses) du cinéma asiatique moderne. La sortie providentielle de The Terrorizers (le 14 décembre), venant après la rétrospective à la Cinémathèque française l’année dernière, devrait participer à cette consécration tardive et hélas posthume (Yang est mort d’un cancer en 2007.)
The Terrorizers
, réalisé en 1986, est une belle introduction au cinéma d’Edward Yang. The Terrorizers est un film choral qui suit différents personnages, mêle différentes intrigues, policières, politiques et sentimentales, et remet en question la frontière entre la fiction et la réalité, notamment à travers les histoires d’un photographe et d’une romancière frustrée, doubles du cinéaste. Yang est capable de décrire avec clarté des situations et des sentiments complexes, avec un art de la composition narrative qui n’appartient qu’à lui. Yang est un artiste dont la formation d’ingénieur informaticien explique le goût pour les récits non linéaires et les réseaux fictionnels. Il a un talent très personnel pour tisser les intrigues entre elles (qui aboutira à la virtuosité sereine de la structure polyphonique de Yi-Yi, son ultime et plus célèbre long métrage) et un style qui doit beaucoup à la musique, mais aussi aux arts plastiques. On est frappé par la fréquence des plans urbains frôlant l’abstraction géométrique, vidés de la figure humaine (à l’instar de la glaciation architecturale du début de La Nuit ou de la fin de L’Eclipse d’Antonioni), ce qui permit à Jean-Michel Frodon, dans son ouvrage sur le cinéaste, de parler de « film cubiste » au sujet de The Terrorizers.

Le Miroir de Jafar Panahi (1997)

Le Miroir de Jafar Panahi (1997)

Le cinéaste iranien Jafar Panahi a été condamné en décembre 2010 à six ans de prison et à une interdiction d’exercer son métier de cinéaste pendant vingt ans pour avoir critiqué le gouvernement de la République islamique d’Iran. Son second long métrage Le Miroir, Léopard d’or au Festival del film Locarno en 1997, sera enfin visible sur les écrans français à partir du 21 décembre 2011 grâce à l’excellent distributeur Tamasa (En Suisse, il est distribué par Trigon.) Cinéaste phare de la Nouvelle Vague iranienne (Caméra d’or au Festival de Cannes avec son premier film Le Ballon blanc, présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 1995), mais également figure importante de l’opposition au régime, Panahi est un habitué des tracasseries de l’Etat qui l’a souvent empêché de tourner ou de sortir ses films dans son propre pays. Alors que les œuvres de Panahi sont systématiquement primées dans les grands festivals internationaux, elles sont aujourd’hui interdites en Iran, même si elles sont distribuées sous forme de DVD, vendus en secret au marché noir. Panahi a inspiré toute une nouvelle génération de cinéastes iraniens. Tournant ses films en secret, il a inventé la technique de la double équipe de tournage. La première est un leurre qui prend en cas de danger la place de la deuxième, la vraie, qui tourne dans la clandestinité. Cette condamnation d’une sévérité scandaleuse n’a pas empêché Panahi, reclus chez lui et coupé du monde, de tourner un nouveau film dans sa maison, avec une petite caméra numérique, Ceci n’est pas un film, présenté hors compétition en séance surprise lors du dernier Festival de Cannes, et sorti cette année dans les salles. Le Miroir, comme Le Cercle (2000) et Hors jeu (2006), traite de la condition féminine dans la société iranienne, avec son cortège d’interdits, d’inégalités et d’injustices. Le Miroir propose en exemple une forme absolue de résistance et de désobéissance, celle des enfants. C’est l’histoire d’une petite fille qui décide de rentrer seule à la maison plutôt que d’attendre sa mère à la sortie de l’école. Têtue et imprévisible, elle rencontre de nombreux adulte sur son chemin et leur tient tête. Le film propose aussi une allégorie sur le cinéma grâce à une mise en abyme inattendue. La petite fille finira par interrompre le déroulement du film, fatiguée de jouer la comédie et d’obéir aux directives du metteur en scène, interprété par Jafar Panahi lui-même.

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