The Boy Friend de Ken Russell

Ken Russel et Twiggy dans le tournage de The Boy Friend (1971)

Ken Russell et Twiggy sur le tournage de The Boy Friend (1971)

Vendredi 9 décembre le National Film Theater de Londres rendait hommage à Ken Russell, disparu le 27 novembre à l’âge de 84 ans, avec la projection du rarissime The Boy Friend (1971), comédie musicale avec Twiggy. C’était le premier rôle à l’écran du fameux mannequin longiligne, alors âgée de 22 ans. Elle assista à la séance et lut sur scène quelques mots gentils en mémoire du cinéaste avant le film. Nous y étions, et nous découvrîmes le film, dans une bonne copie 35mm, avec plaisir.
The Boy Friend
, réalisé juste après Les Diables, la même année 1971, fait partie des réussites de Russell. Il s’agit d’une adaptation cinématographique d’une célèbre comédie musicale britannique de Sandy Wilson. Tout le film se déroule dans un théâtre londonien, dans les années 20, durant la représentation d’une pièce, The Boy Friend, où l’une des comédiennes a été remplacée au dernier moment par une jeune assistante inexpérimentée et amoureuse en secret d’un des comédiens. Même si elle connaît bien la pièce, elle doit chanter et jouer la comédie pour la première fois, tandis que la troupe est toute entière dans un état d’excitation proche de l’hystérie car un metteur en scène hollywoodien assiste à la représentation au balcon, à la recherche de nouveaux talents. Caractéristique de la frénésie du cinéma de Russell, The Boy Friend a la particularité de mêler au déroulement de la pièce des séquences oniriques, imaginées par l’héroïne sur la scène ou dans les coulisses, qui sont directement inspirées par les ballets surréalistes et les chorégraphies géométriques de Busby Berkeley.

The Boy Friend de Ken Russel (1971)

The Boy Friend (1971)

Pastiche du théâtre musical anglais et de la comédie musicale hollywoodienne, The Boy Friend est un réjouissant divertissement qui possède les qualités et les défauts du cinéma de Russell (trop long, trop bruyant), mais s’avère au final plutôt sympathique, notamment grâce à Twiggy dont l’inexpérience et le naturel contrastent – volontairement – avec le cabotinage outrancier des autres comédiens, sur le modèle du théâtre de boulevard anglais. Russell se livre à des commentaires ironiques sur le monde du spectacle en mettant en scène différents niveaux de représentation à l’intérieur du film, en filmant l’intrusion du monde réel (coulisses, famille) dans la vie de la troupe, en intercalant des plans sur les – rares – spectateurs dans la salles, et les réactions du metteur en scène de cinéma ainsi que de la comédienne blessée remplacée par Twiggy (jouée par Glenda Jackson, non créditée au générique.) Les plus belles séquences sont bien sûr les ballets, où Russell, ses décorateurs et son directeur de la photographie peuvent donner libre cours à leur imagination délirante.
Voir The Boy Friend à Londres donnait au film une résonance particulière. Russell en effet n’a jamais été très apprécié en dehors de l’Angleterre, tandis qu’il bénéficia d’un statut particulier dans son propre pays, à la fois diva et paria, cinéaste admiré et détesté, une sorte de bouffon provocateur qui attira immédiatement la sympathie des jeunes et des cinéphiles lassés du réalisme social ou de l’académisme rigide du cinéma anglais officiel. Russell est l’un des continuateurs et héritiers de Michael Powell, avec lequel il partage une certaine conception d’un cinéma onirique affranchi des conventions et avide de recherches visuelles.
Ken Russell a marqué les années 70 en étant le maître étalon d’un mauvais goût typiquement british, déraisonnable et vulgaire qui trouva son apothéose avec Tommy (1975), d’après l’opéra rock des Who, où Russell oubliait toute mesure dans un maelstrom de visions agressives et parfois inoubliables.
Ken Russell est d’abord un prolifique documentariste pour la télévision, spécialisé dans les films sur l’art et la musique classique. Tous ceux qui les ont vus s’accordent pour considérer les documentaires de Russell comme la part la plus remarquable de sa filmographie. Contemporain des jeunes hommes en colère du cinéma anglais (Richardson, Anderson, Schlesinger), Russell accède à la célébrité avec Love (1969) d’après D.H. Lawrence et interprété par Glenda Jackson, Alan Bates et Oliver Reed qui deviendra son acteur fétiche et complice en excès. Le film, encore très académique, choque pour une scène où les virils Bates et Reed se battent nus devant un feu de cheminée, prémisses d’une imagerie hétéro folle et kitsch que le cinéaste exploitera jusqu’à la corde. Russell va commettre beaucoup de croûtes, mais aussi quelques titres marquants comme Les Diables (1971) où le délire décoratif et l’hystérie générale servent cette évocation des possédées de Loudun, avec une Vanessa Redgrave géniale en nonne bossue et refoulée sexuelle. Ce titre emblématique des années 70, malgré son succès de scandale, n’est jamais sorti en DVD, peut-être la faute à l’odeur de soufre qui entoure encore le film et à une Eglise catholique tatillonne qui ne pardonna pas ses images blasphématoires (le film fut sévèrement censuré aux Etats-Unis.) Cette injustice sera bientôt réparée puisqu’on annonce un DVD anglais du film en 2012. Ken Russell a eu le malheur de se prendre pour Fellini, infligeant aux spectateurs des élucubrations visuelles et sonores, proches de la pâtisserie psychédélique. Ses biographies filmées flirtent avec le grand n’importe quoi (surtout Lisztomania qui montre Richard Wagner en vampire nazi.)
Outre Le Diables, The Boy Friend, on retiendra malgré tout Tommy (avec son défilé de stars sous acides) et Au-delà du réel, expérience hollywoodienne de science-fiction planante où Russell, qui remplaçait Arthur Penn, fut sommé de mettre la pédale douce sur les champignons hallucinogènes. La suite de sa filmographie, en chute libre jusqu’à ses derniers courts métrages vidéo, s’avère irregardable.

À Londres, entre Kensington et Chelsea (photo Maud Ameline)

À Londres, entre Kensington et Chelsea (photo Maud Ameline)


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