Honkytonk Man de Clint Eastwood

Intégrale Clint Eastwood à la Cinémathèque française, du 9 décembre 2011 au 12 janvier 2012. L’occasion de revoir les films d’un cinéaste qui occupe depuis plus de quarante ans le devant de la scène cinématographique, et dont chaque nouveau film – surtout les derniers – vient bouleverser nos convictions et nos certitudes sur une œuvre beaucoup complexe, variée, sombre et originale qu’elle n’a pu paraître au début de la reconnaissance d’Eastwood cinéaste, et même auteur. Après le mal aimé et pourtant très beau Au-delà, J. Edgar, sur la vie publique et privée de J. Edgar Hoover, avec Leonardo Di Caprio, sera distribué le 11 janvier en France. Découvert à Los Angeles au moment de sa sortie américaine, revu à Paris en projection privée, J. Edgar s’impose comme l’un des films les plus ambitieux, austères et surprenants d’Eastwood. Nous y reviendrons dans ce blog au moment de sa sortie.

Quels sont les plus beaux Eastwood ? On serait tenté de répondre Breezy, Sudden Impact, Sur la route de Madison, Un monde parfait, Lettres d’Iwo Jima. Aucun western dans cette liste, même si Josey Wales, hors-la-loi est sans doute son meilleur. Mais notre préféré demeure peut-être Honkytonk Man (1982).

Honkytonk Man de Clint Eastwood (1982)

Honkytonk Man de Clint Eastwood (1982)


“Honkytonk” désigne en argot du sud des États-Unis un clandé, mais également une forme de musique populaire américaine du début du siècle. Red Stowall (Clint Eastwood) est un chanteur de country alcoolique et tuberculeux, qui vagabonde au gré des contrats minables dans l’Amérique de la Dépression. Uns soir de tempête, il surgit tel un fantôme titubant dans la ferme de sa sœur, et attire la curiosité et la fascination, puis vite la sympathie, de son jeune neveu Whit, qui rêve d’une carrière artistique. Red décide d’entreprendre ce qui sera son ultime voyage en compagnie du jeune garçon et du grand-père de ce dernier, en allant honorer une providentielle mais trop tardive audition au mythique Grand Ole Opry de Nashville. Débute un voyage initiatique et picaresque, où l’enfant découvrira en quelques semaines le sexe, la musique, la mort. En 1982, Eastwood n’était pas encore le super auteur dominant d’une tête le cinéma américain, seigneurial. Plus ou moins suivi par la critique et le public, il avait adopté à l’époque une politique d’alternance entre des œuvres de pur divertissement souvent excellentes et des films absolument personnels et risqués. Ainsi Bronco Billy, déjà génial, annonce-t-il Honkytonk Man, situé entre les très commerciaux Firefox et Sudden Impact – magnifique au demeurant. En filmant l’histoire de ce loser magnifique; qui emprunte beaucoup d’éléments biographiques à légendaire chanteur Hank Williams, Eastwood rend bien sûr un hommage ému à toute la musique qu’il aime, la country, et même le Blues, dans une scène presque onirique qui semblent annoncer Bird (Red est le seul blanc à jouer du piano en compagnie de musiciens noirs dans un bouge réservé aux gens de couleur), mais aussi à l’Amérique des déclassés. A ce titre, le film entretient un rapport beaucoup plus complexe à Ford, influence majeure d’Eastwood, qu’on a pu le dire. Tandis que les parents fermiers du jeune Whit projettent de quitter le pays pour partir en Californie pour la cueillette des fruits, acculés par la misère, (allusion aux Raisins de la colère) Eastwood, lui, suit le trajet inverse d’un gamin, d’un vieillard et d’un vieillard précoce, seulement guidés par leurs rêves. Ford s’intéressait à la communauté, même impossible, Eastwood en parle aussi, mais par le biais de ses exclus, artistes prolétaires ou saltimbanques (comme dans Bronco Billy) ou de ses âmes damnés (les flics louches et les tueurs de ses films de genre). On avait surtout souligné à la sortie du film (qui fut un bide sanglant et injuste) l’aboutissement du masochisme déglingué d’Eastwood, qui jouait pour la première fois un véritable antihéros moribond, mais aussi de sa sensibilité d’écorché vif et de sa tendresse. Toute la dualité d’un cinéaste classique (peut-être le dernier, avec des tentations maniéristes), qui filme en même temps un apprentissage et un cheminement vers la mort, également bouleversants.

Honkytonk Man sera projeté le dimanche 18 décembre à 21h15 et le vendredi 30 décembre à 19h15 à la Cinémathèque française. A ne pas rater.

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