Police fédérale, Los Angeles de William Friedkin

Un duo de flics traque un faux-monnayeur maléfique. L’un des deux policiers, une tête brûlée, va dangereusement basculer dans l’illégalité pour parvenir à ses fins et entraîner son collègue dans sa descente aux enfers. Cinéaste de l’expérience des limites, fasciné par la frontière ténue entre le Bien et le Mal, la raison et la folie, le réel et le cauchemar, William Friedkin a réalisé en 1985 avec Police fédérale, Los Angeles (titre français idiot de To Live and Die in L.A.) un de ces meilleurs films, et une étape importante du cinéma criminel américain, qui a rarement montré des antihéros aussi suicidaires. Sous-estimé à l’époque de sa sortie, ce polar urbain qui capte magnifiquement l’atmosphère de la Cité des Anges (Nicolas Winding Refn s’en souviendra pour Drive) est pourtant aussi réussi et surtout encore plus tordu que les titres de gloire de la carrière erratique de Friedkin, L’Exorciste et French Connection. On se situe, comme pour les chefs-d’œuvre du cinéaste à ce jour (Sorcerer, son remake paroxystique du Salaire de la peur et Cruising descente aux enfers d’un flic dans les bas-fonds des clubs gays sado maso de Greenwich Village où rôde un tueur en série) à mi-chemin entre la précision hyperréaliste d’un contexte documentaire, et la plongée fantastique dans l’intériorité de personnages en proie à leurs démons. Le film est devenu emblématique de l’esthétisme des années 80, empruntée aux vidéos musicales dans certaines séquences, à l’instar des polars de Michael Mann. Il est toujours remarquable par la frénésie de son montage, la perversité de son scénario et l’incroyable maîtrise de l’espace dont fait preuve Friedkin. La scène pivot du film est une hallucinante et très longue poursuite en voiture, dans laquelle le cinéaste parvient à effacer le souvenir de la course anthologique de French Connection sous le métro new-yorkais.

William Petersen dans Police fédérale, Los Angeles (1985)

William Petersen dans Police fédérale, Los Angeles (1985)

Nous avons retrouvé William Friedkin, dont nous avions invité Bug à la Quinzaine des Réalisateurs en 2006 et qui avait reçu le Pardo d’Onore Swisscom au Festival del film Locarno en 2009, au Festival de Toronto et à Los Angeles pour un long entretien à l’occasion de son nouveau film Killer Joe, présenté cette année en compétition officielle au Festival de Venise. Nous reviendrons dans ce blog sur Killer Joe et l’ensemble de la carrière de William Friedkin au moment de la sortie du film en France, courant 2012.

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