Planète interdite de Fred McLeod Wilcox

Affiche américaine de Planète interdite (1956)

Affiche américaine de Planète interdite (1956)

La science-fiction était cantonnée aux États-Unis dans les petits budgets de la série B avant que la MGM ne décide de produire Planète interdite en 1956. Le studio accorde au film des moyens importants, et Planète interdite sera tourné en couleur et en cinémascope, ce qui est très rare à l’époque pour le genre. De manière étrange, le scénario est une adaptation libre de « La Tempête » de William Shakespeare, sans que cela soit mentionné au générique.

La mise en scène est confiée à un honnête tâcheron, Fred McLeod Wilcox, mais les responsables des effets spéciaux accomplissent des prodiges et créent des images spectaculaires dont la beauté est encore capable d’enchanter les spectateurs blasés d’aujourd’hui. Le film est également très novateur sur le plan sonore, puisque c’est la première fois qu’une bande originale est entièrement composé par ordinateur, élaborée en trois mois par un couple de musiciens, Louis et Bebe Barron. Au-delà de la réussite esthétique du film, le scénario de Planète interdite témoigne d’une véritable nouveauté. Le film développe des idées originales qui ne doivent rien à Shakespeare, comme celle d’un monstre né du subconscient d’une race éteinte. Sous son apparente naïveté, le film illustre des thèmes et des inventions de la science-fiction moderne, qui seront traités plus tard en littérature et au cinéma par des auteurs aussi différents que David Cronenberg dans Chromosome 3 ou Andreï Tarkovski dans Solaris, space opéra visionnaire adapté du roman de Stanislaw Lem.

Planète interdite doit une grande partie de sa célébrité au personnage de Robby le robot, l’assistant du docteur Morbius, super intelligent, pacifique et programmé au service de l’homme. Robby, ancêtre des cyborgs de La Guerre des étoiles, reprendra du service dans un autre film tourné dans la foulée de Planète interdite, The Invisible Boy, et fera des apparitions en forme de clin d’œil beaucoup plus tard, dans des films de Joe Dante.

Planète interdite (1956)

Planète interdite (1956)

Au milieu de ces décors insolites et ces trucages poétiques, les acteurs font un peu pâle figure. Walter Pidgeon qui interprète le professeur Morbius, est la seule star du film. On a pu apprécier cet acteur à la riche carrière dans des classiques signés John Ford, Vincente Minnelli ou Fritz Lang. Les autres comédiens sont des débutants, parmi lesquels Leslie Nielsen, qui accédera à la célébrité dans les années 80 grâce à ses rôles comiques dans Y a-t-il un pilote dans l’avion ? et Y a-t-il un flic pour sauver la reine ? et ses suites.

Planète interditedemeure un des plus beaux fleurons du space opéra, qui désigne une sous-catégorie littéraire et cinématographique de la science-fiction, consacrée aux voyages dans l’espace, à l’exploration des planètes mais aussi la description des civilisations intergalactiques.

Planète interdite (1956)

Planète interdite (1956)

Dès ses origines, le cinéma s’est passionné pour la science-fiction, comme en témoignent Le Voyage dans la Lune de Georges Méliès d’après Jules Verne ou les films de Segundo de Chomon. Dans les années 20, deux longs métrages vont durablement établir les bases du space opéra cinématographique : le soviétique Aelita de Jacob Protazanov, et La Femme sur la Lune de Fritz Lang tourné en Allemagne. Ces films, diamétralement opposés dans leurs esthétiques, indiquent les deux directions que le genre prendra dans les décennies suivantes : le triomphe de l’imagination et le souci de la véracité scientifique, parfois en avance sur les progrès de la conquête spatiale.

La première voie est celle des « serials » américains (les aventures de Buck Rogers ou Flash Gordon), films à épisodes adaptés de bandes dessinées dont l’influence perdurera dans les années 60 et les années 70, avec le succès triomphal de La Guerre des étoiles de Georges Lucas. Après-guerre, le space opéra américain se charge souvent d’une évidente propagande impérialiste, d’une confiance aveugle dans le progrès (La Conquête de l’espace, Robinson Crusoé sur Mars) et parfois d’un message humaniste et pacifiste, comme dans Les Survivants de l’infini. Au milieu de nombreuses séries B, quelques rares films bénéficient de budgets importants comme Planète interdite et surtout 2001: l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick.

Dans les années 80, la banalisation et le perfectionnement des effets spéciaux, contemporains du rajeunissement des spectateurs de cinéma transforment la science-fiction en général et le space opéra en particulier en valeur sûre pour les studios américains, sans que les scénarios ne s’affranchissent d’une certaine naïveté inhérente au genre. À de rares occasions, le space opéra atteindra l’âge adulte. Silent Running de Douglas Trumbull, Outland de Peter Hyams, Alien, le huitième passager de Ridley Scott, Aliens, le retour de James Cameron ou Starship Troopers de Paul Verhoeven parviennent à combiner une certaine fascination pour la technologie et le spectacle avec des préoccupations critiques ou politiques. Certains grands cinéastes signeront des incursions spatiales très marginales, voire anecdotiques malgré leur éventuelle réussite, dans leur œuvre : Stanley Donen avec Saturn 3, Robert Wise avec Star Trek : le film, Brian De Palma avec Mission to Mars.

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