Drive de Nicolas Winding Refn

A Los Angeles, un homme silencieux et solitaire mène une double vie parfaitement réglée : cascadeur le jour, il est chauffeur pour des casses la nuit. Lorsqu’un hold-up tourne mal, il se retrouve avec la mafia à ses trousses et doit trouver des solutions rapides pour sauver sa peau. Epure de film noir, Drive fut la surprise de la sélection officielle du Festival de Cannes (récompensée par le prix de la mise en scène). Le film fut présenté ensuite sur la Piazza Grande du Festival del film Locarno, et ce fut une nuit inoubliable pour les milliers de spectateurs happés par un film au pouvoir de fascination décuplé par les proportions majestueuses de la projection. Il sort aujourd’hui en France.
On assiste à une osmose parfaite entre un cinéaste et un acteur, une idée de cinéma et une idée de jeu. Le couple Ryan Gosling / NWR fonctionne à plein régime comme celui formé par Alain Delon et Jean-Pierre Melville, période Samouraï. Ryan Gosling incarne une figure davantage qu’un personnage, une silhouette mutique et impénétrable, bombe à retardement qui peut exploser à tout moment, où laisser à l’improviste parler des pulsions contradictoires (voir l’incroyable scène – la plus romantique de tout le cinéma contemporain, me souffle une admiratrice du film –  où il embrasse sa voisine quelques secondes avant de massacrer à coup de poing et de pied le tueur situé dans le même ascenseur que le couple.) Nicolas Winding Refn poursuit son exploration d’univers mentaux, associant violence physique, projections fantasmatiques et fétichisme machiste (le déjà mythique blouson du héros, orné d’un scorpion doré, référence à Scorpio Rising de Kenneth Anger et sans doute aussi au personnage de Snake Plissken dans New York 1997 de John Carpenter.) Ce cinéaste danois remarqué pour sa trilogie mafieuse Pusher, Bronson (tourné en Angleterre) et Vallalah Rising, relecture du film de viking, donne le meilleur de lui-même et franchit un cap important pour sa carrière avec cette première incursion sur le territoire américain.
Drive
est un formidable moment de cinéma, entre références au polar moderne (Driver de Walter Hill, Thief de Michael Mann, To Live and Die in L.A. de William Friedkin), influence zen du cinéma japonais zébré de geysers de sang, et sidération plastique qui pourrait rapprocher Drive de l’hyperréalisme pictural. C’est le premier film hollywoodien du cinéaste danois Nicolas Winding Refn qui a bénéficié d’une liberté artistique (gagnée au prix de nombreux et incessants combats on s’en doute) et de moyens techniques exceptionnels. Le film exhibe une photographie et une mise en scène à couper le souffle. Drive devient alors très beau poème urbain qui sublime la Cité des Anges. Déjà le meilleur film de l’année – et la meilleure bande originale -, capable de créer une sorte d’addiction chez le spectateur (préparez-vous à le voir plusieurs fois, si vous aimez vraiment cela), au coude à coude avec Melancholia de Lars Von Trier et The Tree of Life de Terrence Malick.
A noter que Nicolas Winding Refn, qui signe ici les plus dynamiques séquences automobiles depuis longtemps, ne possède pas son permis de conduire.

Ryan Gosling en Drive de Nicolas Winding Refn (2011)

Ryan Gosling dans Drive (2011)

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5 Responses to Drive de Nicolas Winding Refn

  1. TANK says:

    Je ne suis pas étonné que vous ayez aimé ce film qui, sur notre blog “Il a osé !”, divisa la rédaction, ce qui est bien rare !
    http://ilaose.blogspot.com/2011/11/drive.html

    Sa trilogie Pusher est excellente aussi, avec une préférence personnelle pour le deuxième épisode.

    • C’est normal que ce film divise, mais il a exercé sur moi une sorte de fascination intéressante à analyser. Je l’ai vu plusieurs fois. C’est l’exemple type, devenu rare de nos jours, des films qui ne racontent rien – du point de vue du scénario traditionnel – mais qui sont construit autour de morceaux de bravoure très brefs et de longues plages atmosphériques, un travail très sophistiqué sur l’image, le son et l’utilisation de la musique. De ce point de vue Drive est sans doute plus proche du cinéma de Dario Argento et John Carpenter que de Friedkin ou Michael Mann. On notera que NWR reproduit dans Drive un plan de Suspiria par exemple (je vous laisse deviner lequel…) J’aime le mélange de romantisme et de frigidité émotionnelle du personnage de Ryan Gosling, hommage aux figures viriles du cinéma des années 70 (McQueen, Bronson, Delon). Je ne connaissais pas le cinéma de NWR avant de découvrir Drive, mais ce cinéaste est à suivre et je pense qu’il peut aller très loin dans une forme de cinéma à la fois expérimental et populaire qui a malheureusement disparu (les films de Leone et de Kubrick, ou Le Point de non-retour de Boorman.)

      • C’est la raison pour laquelle je pense que Drive méritait absolument son prix de la mise en scène au Festival de Cannes. Le montage du film est l’un des plus originaux vu dans le cinéma contemporain. On ne se rend pas toujours compte que tout le film est déconstruit chronologiquement et avec un mélange de plans à l’intérieur des séquences, comme si le film était en boucle ou qu’il faisait du sur place temporel… Je pense que cela vient du Point de non-retour de John Boorman…

      • Félix says:

        Nous sommes entièrement d’accord.
        Vous parlez d’un plan issu de Suspiria, j’ai relevé pour ma part un passage directement inspiré du Halloween de Carpenter : quand notre héros silencieux porte le masque sans expression et observe son ennemi faisant la fête, debout, dans une posture rappelant clairement un certain Michael Myers.

      • Exact. Dans Drive (je cite de mémoire) le personnage d’Albert Brooks rentre chez lui et ouvre un étrange coffret où sont rangées des armes blanches de collection (dague, rasoir) qu’il utilise pour ses assassinats. Ce plan – en caméra subjective – provient de Suspiria.

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