La Grotte des rêves perdus de Werner Herzog

La Grotte des rêves perdus (Cave of Forgotten Dreams) de Werner Herzog sort aujourd’hui dans les salles françaises, après une carrière remarquable dans les festivals de cinéma débutée au Festival de Toronto l’année dernière. Ce film magnifique est la première incursion notable du grand cinéma d’auteur, documentaire de surcroît dans la mode actuelle du relief. Perdu depuis les années 80 dans les oubliettes de l’histoire du cinéma, le relief est revenu en force grâce à deux films qui ont relancé la mode de la 3D, Beowulf de Robert Zemeckis et surtout Avatar de James Cameron, deux films remarquables profitant des extraordinaires progrès techniques des prises de vues et effets spéciaux numériques pour créer des images inédites.
Procédé marginal, la 3D fut pendant longtemps reléguée aux marges du cinématographe : le cinéma expérimental et le cinéma d’exploitation. Dans les années 50, un seul cinéaste important releva d’ailleurs le défi du relief : Alfred Hitchcock, avec Le crime était presque parfait. Pour Hitchcock la 3D fut le moyen paradoxal d’exacerber la dimension théâtrale du film : peu d’effets spectaculaires, hormis la fameuse scène de la paire de ciseaux plantées entre les omoplates de l’agresseur de Grace Kelly, mais au contraire un jeu permanent sur la profondeur de champ amplifié par le relief et qui recrée l’espace scéniques des planches. De ce point de vue, le relief nous a toujours paru une sorte de redondance, une sur-profondeur de champ un peu dérisoire dont le résultat ne parvenait pas à justifier la lourdeur technique du procédé, malgré un double souci louable de réalisme (la profondeur) et de spectaculaire (la projection). Exit le théâtre. Bienvenue au cirque. Le relief resta longtemps, en effet, un de ces trucs utilisés par les producteurs de séries B pour attirer le public, gadget forain pour concurrencer la télévision.
L’histoire se répète. Le 3D numérique et la motion capture imposés par Robert Zemeckis et James Cameron rapprochent aujourd’hui le cinéma non plus du cirque ou du théâtre, mais de l’animation et des jeux vidéo, devenus les principaux rivaux, et même les vainqueurs du cinéma auprès du public jeune. La déflagration Avatar a entraîné la distribution en 3D d’un nombre croissant de films qui ne tirent qu’un faible parti esthétique du relief, simple argument commercial.
Depuis Avatar, un seul film a pensé le relief comme un effet poétique inséparable de son sujet, le documentaire La Grotte des rêves perdus de Werner Herzog.
Le cinéaste allemand utilise le relief pour explorer la grotte du Chauvet en Ardèche. Découverte en 1994, la grotte abrite plus de quatre cents représentations peintes et gravées d’animaux datant du paléolithique, premières manifestations artistiques de l’histoire de l’humanité. En faisant se rejoindre la naissance de l’art et les dernières technologies du cinéma, la préhistoire et la 3D, Herzog se livre à une réflexion élégiaque sur nos origines et signe un envoûtant voyage dans le temps et dans les images. Les sujets et les techniques sophistiquées des nombreuses peintures rupestres qui couvrent les murs de la grotte, par exemple la décomposition des mouvements d’un cheval au galop, permettent à Herzog d’ébaucher l’hypothèse d’un « pré-cinéma », le plus vieux du monde. Le cinéaste ne pense donc pas le 3D comme une prothèse empruntée aux jeux vidéo, mais comme la continuité directe et logique de l’art rupestre, dans la longue chaine des techniques et des représentations artistiques.

Nicolas Conard et Werner Herzog dans "La Grotte des rêves perdus".

Nicolas Conard et Werner Herzog dans La Grotte des rêves perdus.

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One Response to La Grotte des rêves perdus de Werner Herzog

  1. Mathilda says:

    Merci Olivier pour votre article.

    Oui la 3Da le vent en poupe et oui on l’utilise un peu à tort et à travers.
    A l’instar de Werner Herzog ou récemment Wim Wenders, j’étais un peu sceptique quant à la pertinence de cette technologie.

    Et puis j’ai récemment découvert en me baladant sur internet un projet documentaire en 3D, retraçant la vie d’un illustre aviateur Inuit : Johnny May.

    J’ai pu visionner les images de la bande annonce et surtout écouter une entrevue avec le chef opérateur en charge de la stéréographie (3D). Ce dernier semble justifier l’usage de la 3D pour le format documentaire, d’autant qu’il s’agit d’une 3D dès la prise de vue, et non pas appliquée en post-prod. Quand ces décors sont magnifiés, cela prend tout son sens.

    J’ai trouvé ce projet plein de promesse et suis même devenue co-productrice car l’initiative et le sujet m’ont beaucoup plu. Il est rare en effet de pouvoir suivre ce genre de films et d’accéder à ses coulisses de la sorte. Pour en savoir d’avantage ça se passe ici : http://www.touscoprod.com/ca/pages /projet/fiche.php?s_id=1

    A bientôt !

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