Pardo d’onore Swisscom à Abel Ferrara au 64ième Festival del film Locarno

Après (dans le désordre) Jean-Luc Godard, Samuel Fuller, Aleksandr Sokurov, Paul Verhoeven, Hou Hsiao-hsien, Manoel de Oliveira, Bernardo Bertolucci, William Friedkin, Ermanno Olmi, Alain Tanner et Jia Zhang-ke l’année dernière, c’est le réalisateur américain Abel Ferrara qui recevra le Pardo d’onore Swisscom, la plus haute distinction décerné à un cinéaste pour l’ensemble de son œuvre et sa contribution exceptionnelle à l’art cinématographique lors du prochain Festival del film Locarno qui se déroulera du 3 au 13 août 2011.
Abel Ferrara est né le 19 juillet 1951 dans le Bronx. Sa vie est sa carrière sont indissociables de New York, ville qu’il a délaissée pour quelques films mais qui demeure le centre névralgique de sa créativité, à l’instar de Woody Allen, John Cassavetes et Martin Scorsese, trois cinéastes admirés par Ferrara et auxquels il a souvent été comparé.
Inédit en France, le premier long métrage officiel d’Abel Ferrara (après des films super 8 réalisés dès l’adolescence), Driller Killer (1979) est un brouillon encore informe de son œuvre à venir, qui avait cependant réussi à faire parler de lui grâce à des scènes horrifiques et une ambiance poisseuse. Un peintre new yorkais, maudit et catholique (Ferrara, bien sûr) sombre dans la démence et hante les nuits de Manhattan armé d’une perceuse électrique avec laquelle il massacre des clochards endormis. L’argument est mince, et le film ne respecte aucune loi dramatique, proche en cela des documents underground de Paul Morrissey et c°. Malgré ses scories techniques (le résultat trahit des conditions de tournage semi-professionnelles et un budget dérisoire), Driller Killer est souvent impressionnant, grâce à l’interprétation hallucinée de Ferrara et une façon déjà inspirée de filmer les rues new yorkaises et l’enfer de la nuit.
En 1981, L’Ange de la vengeance révéla à ceux qui surent le voir un grand cinéaste de la violence mais aussi de l’amour. Victime de deux agressions sexuelles dans la même soirée, une jeune fille muette devient folle et se transforme en ange exterminateur qui tue sans sommation violeurs, voyous et dragueurs croisés sur son chemin. Le cinéaste part d’un matériau particulièrement trivial (le film d’autodéfense et le « Rape and Revenge », sous-genres à la mode à l’époque depuis le succès d’Un justicier dans la ville avec Charles Bronson) pour accoucher d’un poème urbain baroque, entre hyperréalisme sordide et cauchemar fantastique. Certes, L’Ange de la vengeance ne fut pas le premier film à inverser les rôles et les sexes du traditionnel film de vengeance en transformant la proie en prédatrice, la frêle victime en justicière. Mais le discours agressif, la forme radicale et le ton désespéré en firent un manifeste ultime, un signe de ralliement en forme de mot de passe (Ms. 45, titre original) moins pour les féministes que pour les cinéphiles. Deuxième film « officiel » de Ferrara après le déjanté Driller Killer, L’Ange de la vengeance est comme le précédent brouillon du cinéaste un condensé précoce de toutes les qualités et obsessions du futur auteur de The King of New York et Bad Lieutenant. Il suffit de comparer L’Ange de la vengeance avec les autres films de genre new yorkais du début des années 80 pour vérifier la singularité du jeune Ferrara, déjà identifiable en rebelle rock et mystique.  L’Ange de la vengeance possède la nervosité et la sécheresse des meilleures séries B américaines de Samuel Fuller. Il s’inscrit également dans la tendance des films d’exploitation gore de la 42ème rue, baignant dans une atmosphère sordide comme Maniac de William Lustig. De manière plus excentrique, le film est également une adaptation du cinéma de poésie prôné par Pasolini dans l’espace du film d’horreur américain. Il y a dans le film des geysers de sang et des corps suppliciés, mais il y a surtout des torrents d’amour et de compassion. Ferrara filme la violence, mais s’intéresse à la souffrance. Jamais l’empathie de Ferrara pour son personnage principal n’a été aussi tangible. Le cinéaste n’abandonne jamais son héroïne (mythique Zoe Tamerlis, plus tard scénariste de Bad Lieutenant sous son vrai nom Zoe Lund), la magnifie jusqu’à son martyre final, lors d’un bal masqué apocalyptique où, déguisé en religieuse, elle se livre à un sublime carnage au ralenti digne de ses modèles, les fusillades sanglantes de Taxi Driver et La Horde sauvage. Certaines scènes évoquent déjà Pasolini et Buñuel, et ce film passé relativement inaperçu au moment de sa sortie (du moins auprès de la critique) aurait suffi à inscrire Ferrara au rang des plus passionnants auteurs du cinéma américain.
New York, 2 heures du matin
(Fear City) réalisé en 1984 est un film de genre plus classique, qui adapte les stéréotypes du film noir hollywoodien à la réalité de la 42ème rue, faisant se croiser dans une narration nerveuse et stylisée qui évacue tout folklore un tueur psychopathe, des strip-teaseuses, des patrons de cabaret, un ancien boxeur déchu, des flics et des parrains de la mafia.
China Girl
(1987) transpose l’histoire de Roméo et Juliette dans le milieu des gangs de Little Italy et Chinatown. L’amour de deux adolescents est obstrué par le racisme entre les Italo-américains de Little Italy et les Chinois de Chinatown. Le cinéaste évacue les clichés hollywoodiens et filme son sujet dans un double souci de vérisme et de stylisation, tournant en décors naturels mais choisissant une mise en scène très sophistiquée et un travail symbolique sur la couleur. Avant de s’engager dans des voies plus funèbres et introspectives, le cinéma de Ferrara est un cinéma électrique, survolté et nerveux, et les scènes de danse des deux jeunes amants renvoient aux nombreuses bagarres de rues, chorégraphies comme des ballets. Ferrara le romantique oppose l’énergie vitale des jeunes amoureux aux règles rigides établies par les sociétés criminelles qui régissent les deux communautés. Ferrara, bien avant Nos Funérailles, dénonce les organisations familiales qui sacrifient leurs enfants à l’autel du crime et de l’argent.
À l’époque de China Girl, Abel Ferrara est considéré comme un cinéaste de genre, adepte de la violence urbaine et des récits mafieux. La suite de sa carrière permettra de vérifier que Ferrara, proche de l’underground, est avant tout un scrutateur de l’âme humaine, obsédé par le Mal et la culpabilité.
Cat Chaser
(1989) reste un ratage complet, seul faux-pas d’une filmographie passionnante et en perpétuelle mutation, allant du cinéma d’exploitation à l’avant-garde sans jamais perdre sa cohérence ni sa sincérité. Cat Chaser est une adaptation d’un roman d’Elmore Leonard, dans laquelle un ancien soldat américain est mêlé à un complot dans l’île de Saint-Domingue. Loin de New York, Ferrara aurait pu trouver dans cette critique de l’interventionnisme américain l’inspiration d’une œuvre personnelle. Sa virulence politique et son anarchisme nourrissent en effet plusieurs de ses films. Mais il se désintéressa vite de ce polar de série, attiré – on le comprend – par le projet de The King of New York. Les producteurs se chargèrent du montage et ajoutèrent une musique et une voix-off non désirées par Ferrara. Le résultat ne dépasse pas le niveau d’un médiocre téléfilm, bavard et plat, et les modifications apportées à l’ensemble achèvent de rendre Cat Chaser indigne du talent de Ferrara.
The King of New York
(1990), son film le plus fullerien marque l’apogée de la première partie de la carrière d’Abel Ferrara, consacrée au cinéma de genre et ses métamorphoses.
The King of New York
offre une vision fantasmatique et moderniste, mais aussi politique, de la mythologie du film noir. Christopher Walken, dans le rôle de sa vie, interprète en état de grâce Frank White, gangster en sursis, véritable créature de la nuit, qui se nourrit des effluves d’argent et de sang de la ville, proche du vampire. The King of New York est un des titres majeurs du cinéma américain contemporain.
Bad Lieutenant
(1992) est un titre important dans l’œuvre d’Abel Ferrara, véritable pivot entre les polars urbains de ses débuts et le basculement métaphysique et religieux qui suivra. C’est aussi le début d’une reconnaissance critique tardive, et sa première sélection à Cannes, dans la section Un certain regard (il deviendra ensuite un habitué du festival.) Bad Lieutenant résume l’art d’Abel Ferrara : un cinéma physique et hanté, allégorique et concret, en totale empathie avec ses personnages plus grands (jusque dans la bassesse) que nature. Le mauvais lieutenant, flic pourri qui charrie toutes les tares de la ville pour finalement trouver la rédemption, demeure la création la plus originale de Ferrara et de son interprète, un Harvey Keitel magnifique, qui trouve grâce au cinéaste, lui aussi, le rôle de sa vie.
Immédiatement après Bad Lieutenant, on est d’abord étonné de retrouver Abel Ferrara aux commandes d’un film de studio. Body Snatchers (1993) est le nouveau remake d’un classique de la science-fiction américaine. Le résultat est un sommet de série B postmoderne, d’une stylisation extrême (entre Carpenter et Antonioni) et un grand film paranoïaque et prophétique. La hantise de la reproduction et la disparition de l’altérité présentes dans L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel finissent par devenir, après plusieurs nouvelles versions d’une histoire matricielle d’invasion extra-terrestre, le sujet même du film de Ferrara, où le monde se transforme en immense terrain militaire.
Snake Eyes
(1993) confirme l’orientation de Ferrara vers un cinéma plus introspectif et autobiographique. Film doloriste sur les coulisses d’un tournage où se confond la fiction et la réalité, Snake Eyes s’inscrit dans une tradition moderne et plutôt européenne du cinéma filmant le cinéma, dans la lignée de Prenez garde à la sainte putain de Rainer Werner Fassbinder ou L’Etat des choses de Wim Wenders. Harvey Keitel y interprète un cinéaste tourmenté (alter ego d’Abel Ferrara), tandis que Madonna, dans le rôle de son actrice et maîtresse, livre une performance remarquable et sans lendemain.
Dans The Addiction (1995), Abel Ferrara brise les conventions qui lient le vampirisme au cinéma fantastique. Il associe, comme d’autres avant lui, les effets de la morsure d’un vampire à la dépendance à la drogue. Loin de tout folklore sensationnaliste, Ferrara transforme cette histoire d’étudiante vampire et junkie en douloureuse réflexion philosophique sur le Mal. C’est un film risqué, dans lequel Ferrara délaisse les signes de reconnaissance et les codes du cinéma de genre, pour s’engager sur la voie de l’essai cinématographique et toucher les racines de ses obsessions et de ses thèmes de prédilection.
Veillée funèbre, œuvre au noir, théâtre de chambres, Nos funérailles (1996) témoigne de l’incroyable inspiration et de la frénésie créatrice d’Abel Ferrara au milieu des années 90, capable d’enchaîner des œuvres aussi différentes, géniales et aux ambitions diverses que Body Snatchers, The Addiction, The Blackout. Ce film noir aux accents de tragédie familiale, où le bruit et la fureur cèdent la place aux sanglots, à la rétention et aux brusques éclats de démence, pourrait sembler plus classique que les précédentes expérimentations formelles du cinéaste. On assiste pourtant à un travail très audacieux sur le temps et la narration, où la dramaturgie et la caractérisation de personnages s’affranchissent totalement des conventions du film de gangster. Tous les acteurs sont magnifiques, avec une mention particulière pour Chris Penn et Vincent Gallo, étonnant en mafioso communiste, cinéphile et débauché. C’est également la dernière collaboration de Ferrara avec son scénariste Nicholas St. John, qui écrivit tous ses premiers films.
Dans The Blackout (1997), nouveau film sur le cinéma et le couple, le cinéaste se livre à une magnifique relecture croisée du Mépris de Jean-Luc Godard et de Sueurs froides d’Alfred Hitchcock, prétexte à de saisissantes trouvailles de mise en scène. New Rose Hotel (1998) est le film maudit d’Abel Ferrara, d’après une nouvelle de William Gibson, le pape du Cyberpunk.  Mais Ferrara se moque de la science-fiction et des effets spéciaux pour se concentrer sur un vaste trafic interlope de sentiments amoureux, entre prostitution et manipulation, dans un monde glacé et factice mu par un désir dévorant de contrôle, d’argent et de pouvoir. Digne du Diabolique docteur Mabuse de Fritz Lang, de Mr. Arkadin d’Orson Welles ou d’Alphaville de Jean-Luc Godard, malgré un tournage erratique, ce film à la structure audacieuse en forme de boucle déroute jusqu’aux admirateurs de Ferrara, et son échec critique et commercial porte un coup grave à la carrière du cinéaste, qui aura par la suite du mal à produire ses films aux Etats-Unis et trouvera en Europe des financiers plus compréhensifs et accueillants.
Il est une nouvelle fois question de trafic dans Christmas (‘R Xmas, 2001), celui auquel se livre un couple d’immigrés qui ont fait fortune à New York grâce au commerce de la drogue. Film sur la circulation des marchandises, des corps et des sentiments, Christmas enregistre un élégant ballet urbain, jouant avec les surimpressions d’images, décrivant une nouvelle fois les liens ambigus qui unissent dans l’œuvre de Ferrara valeurs familiales, catholicisme et activités hors-la-loi.
De L’Ange de la vengeance à Bad Lieutenant en passant par Christmas ou The King of New York, la plupart des grands films d’Abel Ferrara traitent de violence et d’amour, de péché et de rédemption, du conflit entre la foi et les actes des hommes. Avant Mary (2005), jamais Ferrara n’avait abordé le thème de la religion de manière aussi frontale, mis à part dans Bad Lieutenant qui était l’histoire d’un terrifiant chemin de croix. Mais Ferrara a depuis longtemps délaissé les récits policiers et s’est éloigné des ambiances urbaines poisseuses de ses premiers films pour se consacrer à un cinéma plus introspectif, à la fois profondément humain mais aussi théorique. Mary est sans doute l’aboutissement de ce cinéma de recherche, et prend souvent la forme d’un essai cinématographique mêlant fiction, reconstitution, débat, journal filmé, vidéo et 35mm … Une vaste et complexe mosaïque d’images, un réseau de signes, d’idées et de sensations conduit le spectateur au cœur du trouble qui traverse les trois personnages principaux du film, chacun à sa manière à la recherche de Dieu : une actrice qui traverse une crise mystique, un réalisateur mégalomane s’identifiant au Christ, un journaliste dont le scepticisme est mis à l’épreuve de son travail et de sa vie privé. Nul doute que Ferrara signe là son œuvre la plus intime, et l’empathie qu’il a toujours éprouvée pour ses héros et antihéros, atteint ici son paroxysme. Comme on pouvait s’y attendre, Mary se tient aux antipodes des relents de religiosité ou de bondieuserie qui frappent de nombreux films hollywoodiens contemporains. C’est un film en état de grâce, mais aussi un film de crise, dans lequel Ferrara ose mettre en scène ses doutes et ses propres déchirements. Devant la difficulté croissante de trouver des sources de financement pour ses films aux Etats-Unis, Abel Ferrara s’est installé à Rome pour rencontrer un producteur capable de mener à bien l’ambitieux projet de Mary. Le film sera présenté en sélection officielle au Festival de Venise en 2005 où il obtiendra le Lion d’Argent de la mise en scène. De nombreuses actrices furent pressenties pour jouer Marie-Madeleine, parmi lesquelles Sarah Polley, et c’est finalement Juliette Binoche qui interprète le rôle de l’actrice touchée par la grâce après avoir joué Marie-Madeleine dans un film sur la vie du Christ. Dans les deux rôles masculins principaux, on retrouve des acteurs qui avaient déjà travaillé avec Abel Ferrara : Forest Whitaker, qui apparaissait brièvement dans Body Snatchers, et Matthew Modine, qui interprétait l’acteur à la dérive de The Blackout. Abel Ferrara a beaucoup aimé travailler dans la péninsule, avec des techniciens locaux. Après Mary, il est resté en Italie, a mis en scène une pièce de théâtre à Naples et tourné un film entièrement à Cinecittà, le magnifique Go Go Tales (2007), un film beaucoup moins sombre et tourmenté que Mary, évocation émouvante du monde du spectacle et des cabarets, où il a réuni sa troupe de fidèles acteurs et collaborateurs américains et européens, parmi lesquels Willem Dafoe, Asia Argento, Stefania Rocca et sa nouvelle muse et compagne, la comédienne américaine Shanyn Leigh. Présenté hors compétition au Festival de Cannes, Le film est demeuré hélas inédit en salles et en DVD, à cause d’obscurs problèmes de droits et de conflits avec la production.
Dans les années 80, Ferrara a également travaillé pour la télévision, réalisant entre autres plusieurs épisodes des séries Miami Vice et Crime Story produites par Michael Mann.
A la fin des années 2000, après Go Go Tales, Ferrara a signé trois essais documentaires, Chelsea on the Rocks, Mulberry St. et Napoli, Napoli, Napoli.
Le Pardo d’onore Swisscom à Abel Ferrara dans le cadre du prochain Festival del film Locarno sera l’occasion d’une mini rétrospective où seront projetés quatre chefs-d’œuvre du cinéaste, L’Ange de la vengeance, The King of New York, Bad lieutenant et Mary, et aussi d’une discussion avec le public du festival. Lors de la cérémonie de remise du Léopard d’honneur Swisscom sur la Piazza Grande, le vendredi 5 août, Abel Ferrara offrira en exclusivité aux spectateurs de Locarno les premières images de son nouveau long métrage tourné à New York, avec son acteur fétiche Willem Dafoe et Shanyn Leigh : un film apocalyptique sur le couple en forme de confession, intitulé 4:44 Last Day on Earth coproduit par Wild Bunch, Funny Balloons et Fabula.

Abel Ferrara - Pardo d'onore Swisscom au 64ème Festival del film LocarnoAbel Ferrara sur le tournage de 4:44 Last Day on Earth © Festival del film Locarno

Abel Ferrara - Pardo d'onore Swisscom au 64ème Festival del film Locarno.Abel Ferrara sur le tournage de Mary © Frenetic Films

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