Mike Medavoy, Prix Raimondo Rezzonico du 64ième Festival del film Locarno

Le Prix Raimondo Rezzonico sera décerné durant le prochain Festival del film Locarno à Mike Medavoy. Actif depuis près de quarante ans dans l’industrie cinématographique, producteur de plus de trois cents films, Medavoy est l’un des grands visionnaires du cinéma américain. Tour à tour agent, directeur de studio et finalement producteur, Il a découvert et accompagné les réalisateurs du Nouvel Hollywood et leurs successeurs de la fin des années 1960 à nos jours. Medavoy a surtout toujours été fidèle à une certaine idée du cinéma américain, attiré par les auteurs et les cinéastes à forte personnalité davantage que les faiseurs de blockbusters sans âme et les vendeurs de pop corn. Cette exigence le mettra en difficulté dans les années 90, décennie où triomphe à Hollywood les films à formules, les suites des grands succès et les productions destinées aux adolescents. Mike Medavoy conservera toute sa carrière l’énergie et le courage de produire des films audacieux, inattendus et au final souvent récompensés par la réussite artistique : sa dernière production en date, le magnifique Black Swan de Darren Aronofsky, est là pour le prouver.

Né à Shanghai en 1940, Mike Medavoy vit en Chine jusqu’à l’âge de sept ans, avant que ses parents ne fuient le pays pour échapper au régime communiste. Medavoy fait ses premiers pas dans l’industrie cinématographique en 1964 chez Universal, à Los Angeles. Il devient directeur de casting, puis l’agent artistique des nouveaux talents du cinéma américain : Steven Spielberg, John Milius, Francis Ford Coppola, Terrence Malick, Monte Hellman, Brian De Palma, Hal Ashby, George Lucas, Philip Kaufman, mais aussi les vétérans Robert Aldrich et George Cukor… pour ne citer qu’eux !

Dans les années 1970, il est nommé vice-président de United Artists, aux côtés d’Eric Pleskow, Arthur Krim et Bob Benjamin. Medavoy peut donner à certains des nouveaux cinéastes américains dont il avait été l’agent l’opportunité de réaliser quelques-uns de leurs films les plus célèbres. Depuis sa création en 1919 par Charles Chaplin, Mary Pickford et David W. Griffith, United Artists est le studio des auteurs, et l’arrivée de jeunes cinéastes talentueux et ambitieux dans le paysage hollywoodien donne un second souffle à la compagnie. Medavoy donne le feu vert et participe au succès de films destinés à devenir rapidement des classiques et des entreprises commerciales extrêmes rentables qui consolident le studio durant toute la décennie : Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975) de Milos Forman, Rocky (1976) de John G. Avildsen, Annie Hall (1977) de Woody Allen ou Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola, projet mégalomanie qui conduit le cinéaste et son équipe, embourbés plusieurs mois dans la jungle philippine, au bord de la folie et de la faillite, mais accouche d’un chef-d’œuvre aux dimensions opératiques, Palme d’Or au Festival de Cannes. New York, New York (1977) de Martin Scorsese est un grave échec financier à sa sortie, mais il entre vite dans l’histoire du cinéma.

Lorsque United Artists est racheté par la gigantesque compagnie d’assurance Transamerica, les conséquences sont désastreuses et les cinq cadres dirigeants en charge des décisions artistiques, le cerveau et l’âme de UA, Arthur Krim, Bob Benjamin, Eric Pleskow, William Bernstein et Mike Medavoy, préfèrent démissionner. Peu de temps après leur départ, le nouveau président de la compagnie, Andy Albeck, donne le feu vert à La Porte du paradis de Michael Cimino. Budgetisé à 11,5 millions de dollars, le film en coûtera finalement 44. Son retentissant échec commercial et critique (même si La Porte du paradis est désormais considéré à juste titre comme un chef-d’œuvre, à l’instar des Rapaces de Stroheim ou de Ludwig de Visconti) entrainera la faillite de United Artists, et la disgrâce du cinéaste. La mégalomanie de Cimino est sans doute moins à blâmer dans ce désastre que l’inexpérience des nouveaux dirigeants du studio. Le fiasco de La Porte du paradis sonnera surtout le glas de l’omnipotence des brillants jeunes cinéastes des années 70, brutalement stoppés dans leur élan créatif et forcés de rentrer dans le rang ou de disparaître.

Pendant ce temps, en 1978, Medavoy et ses anciens partenaires de UA fondent Orion Pictures, avec l’objectif de perpétuer les objectifs et la philosophie de United Artists. Il produisent ou distribuent, entre autres, Terminator (1984) de James Cameron, Robocop (1987) de Paul Verhoeven, qui profitent de l’engouement du public pour la science-fiction et la bande dessinée, mais aussi des films plus risqués comme Platoon d’Oliver Stone, Danse avec les loups (1990) de Kevin Costner, Le Silence des agneaux (1991) de Jonathan Demme, qui remportent de nombreux Oscars et triomphent au box-office. Woody Allen reste fidèle à Mike Medavoy et c’est sous la bannière Orion qu’il réalise ses films des années 80. Pourtant, la réussite d’Orion sera de courte durée. Incapable de rivaliser avec les stratégies publicitaires des majors, Orion demeure un studio trop petit et rencontre de graves difficultés financières malgré le succès de ses films et se retrouve en banqueroute jusqu’en 1996, avant d’être revendu à MGM.

Tandis qu’Orion ferme ses portes, Mike Medavoy est engagé en 1990 à la tête de TriStar Pictures, studio crée par Colombia Pictures en 1982. En 1989 Columbia Pictures qui appartenait depuis 1982 à The Coca-Cola Company avait été racheté par l’entreprise multinationale japonaise Sony pour cinq milliards de dollars, ouvrant symboliquement une nouvelle ère à Hollywood. Medavoy y restera quelques années, et cela restera l’expérience la plus frustrante et la moins heureuse de sa carrière. Il y produit pourtant Philadelphia de Jonathan Demme et Maris et Femmes de Woody Allen (victime à l’époque la sortie d’une campagne de diffamation aussi violente qu’inattendue autour de sa rupture avec Mia Farrow.) Medavoy s’entend mal avec Peter Guber, président de Columbia Pictures et spécimen des « moguls » aux dents longues apparus à Hollywood à la fin des années 80 et qui ne partagent pas la même éthique ni la même passion, ni la même conception du travail de producteur ou directeur de studio que Medavoy. Medavoy est jugé responsable des échecs (relatifs) de Hook de Steven Spielberg et Bugsy de Barry Levinson avec Warren Beatty, deux films chers qui sont des déconvenues au moment de leur sortie.

Soulagé de quitter Tri-Star, Medavoy cofonde Phoenix Pictures avec Arnie Messer, en 1995 ; il porte alors à l’écran des films comme Larry Flynt (1996) de Milos Forman, U Turn (1997) d’Oliver Stone ou La Ligne rouge (1998) de Terrence Malick. Curieux paradoxe pour quelqu’un qui a travaillé à la production de centaine de films, Mike Medavoy attend l’année 2000 pour qu’apparaisse pour la première fois son nom au générique d’un de ses films en tant que producteur, le thriller de science-fiction A l’aube du 6e jour avec Arnold Schwarzenegger, sur le clonage.

Parmi ses plus récentes productions citons Les Fous du roi (2006) de Steven Zaillan, le génial Zodiac (2007) de David Fincher, Shutter Island (2010), le meilleur film de Martin Scorsese depuis Casino, et Black Swan de Darren Aronofsky – couronné par l’Oscar de la meilleure actrice pour Natalie Portman et nommé dans la catégorie meilleur film.

Nous sommes donc fiers de rendre hommage à cette personnalité hors du commun, qui se distingue par son attachement aux auteurs, sa modestie et son honnêteté intellectuelle. Dans ses mémoires « You’re Only as Good as Your Next One » (Atria Books, 2002), Medavoy évoque aussi bien ses succès que ses échecs, ses meilleurs coups que ses erreurs : la plus célèbre fut de refuser Pulp Fiction, lorsque Quentin Tarantino vint lui demander de le produire.

Le Prix Raimondo Rezzonico, décerné par la ville de Minusio, a été institué en 2002, à la mémoire de celui qui présida le Festival del film Locarno pendant près de vingt ans. Les précédents producteurs indépendants lauréats du Prix Raimondo Rezzonico sont Paulo Branco, Ruth Waldburger, Karl Baumgartner, Jeremy Thomas, le collectif Agat Films & Cie, Lita Stantic, Christine Vachon, Martine Marignac et, en 2010, Menahem Golan. Pendant le Festival del film Locarno seront projetées quelques-unes des œuvres qui ont marqué la carrière de directeur de studio et de producteur de Mike Medavoy : Vol au-dessus d’un nid de coucou, Apocalypse Now, Danse avec les loups et Black Swan. Nous organiserons également une rencontre entre Mike Medavoy et le public du festival.

Mike MedavoyMike Medavoy, Prix Raimondo Rezzonico du 64ième Festival del film Locarno.
© Festival del film Locarno

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