Bas-Fonds d’Isild Le Besco

Du 18 février au 3 mars l’excellente revue de cinéma américaine “Film Comment” a présenté à la Film Society of Lincoln Center à New York une sélection de films plus ou moins récents inédits aux Etats-Unis et choisis par ses rédacteurs.
Dans cette belle programmation de fictions et de documentaires on comptait le nouveau film de JIA Zhang-ke (Léopard d’honneur Swisscom du 63ème Festival del film Locarno) I Wish I Knew et Je veux seulement que vous m’aimiez, téléfilm rare de Rainer Werner Fassbinder lui aussi redécouvert à Locarno et dont nous avons déjà parlé dans ces colonnes.
Ce rendez-vous était surtout l’occasion pour les cinéphiles américains de découvrir les trois films d’Isild Le Besco, dont Bas-Fonds était présenté en première mondiale dans la compétition internationale du Festival del film Locarno cet été.
Le Festival s’était ouvert sur le beau visage d’Isild Le Besco actrice principale envoûtée et envoûtante d’Au fond des bois de Benoit Jacquot projeté sur la Piazza Grande. Elle était apparue quelques jours plus tard à Locarno et nous l’avions retrouvé cette fois-ci derrière la caméra avec un film ambitieux et dérangeant, mais dont la violence extrême accouchait d’une beauté et d’une tendresse paradoxales. Car Bas-Fonds est avant tout une étrange histoire d’amour, d’une noirceur presque célinienne, où des filles perdues errent dans la nuit à la recherche d’elles-mêmes.
Isild Le Besco, en à peine trois films, a dessiné une œuvre sous le signe de l’enfermement et de l’aliénation. Les enfants livrés à eux-mêmes dans un appartement parisien et dans la grande ville transformée en terrain de jeux et d’aventures (Demi-Tarif, réalisé à l’âge de 16 ans) ; l’affrontement dans une caravane entre une jeune fille qui se prostitue et un garçon solitaire (Charly). Son troisième long métrage, Bas-Fonds est un voyage sans concession au cœur de la monstruosité humaine. Bas-Fonds radicalise l’entreprise à la fois anthropologique et poétique d’une cinéaste qui n’a pas froid aux yeux. Inspiré d’un fait-divers criminel et du procès qui suivit, Bas-Fonds ausculte une relation triangulaire, entre soumission et fascination. Trois jeunes femmes, deux sœurs et leur amie désespérément en quête d’amour, vivent hors du monde dans un appartement d’une saleté repoussante, en marge d’une petite ville de province. Comme les films précédents d’Isild Le Besco, interprétés par des enfants ou des marginaux, Bas-fonds se livre également à un travail impressionnant sur le langage, puisque les filles s’expriment dans une sorte de langue inventée, significative d’une profonde régression entre infantilisme et bestialité. Un climat de prostration et de détresse intenses débouche sur une brève explosion de sauvagerie aux conséquences tragiques. Le film met ensuite en scène une autre forme d’enfermement et d’isolement, l’univers carcéral. La rigueur des cadres, l’utilisation de la voix-off et la direction d’actrices non professionnelles démontrent chez Isild Le Besco une maîtrise et une détermination qui n’appartiennent qu’aux plus grands artistes.
Scott Foundas a écrit un très beau et très élogieux texte sur les films d’Isild Le Besco intitulé « Wildlife » dans le numéro de janvier/février de « Film Comment », repris sur le site de la Film Society of Lincoln Center.

Bas-Fonds d'Isild Le Besco

Bas-Fonds d’Isild Le Besco
© Festival del film Locarno 2010

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