Hommage à Mario Monicelli

Mario Monicelli à la 65e Mostra internazionale d'arte cinematografica de Venise en 2008

Mario Monicelli à la 65e Mostra internazionale d’arte cinematografica de Venise en 2008

Triste saison. Après Dino De Laurentiis, Le cinéma italien perd un autre de ses derniers monstres sacrés, le maître de la comédie Mario Monicelli. Il s’est suicidé le 30 novembre en se jetant de la fenêtre de sa chambre d’hôpital, à l’âge de 95 ans. Scénariste et cinéaste à la longévité et à la productivité légendaires (près de soixante films entre 1935 et 2006) il continuait, infatigable, à mettre en scène des courts métrages, jusqu’à cette année.

Mario Monicelli naît le 16 mai 1916 à Viareggio en Toscane. Fils d’un journaliste et critique de théâtre, il étudie la philosophie et l’histoire avant de devenir critique en 1932. Il co-réalise quelques films et se consacre surtout, entre 1939 et 49, à l’écriture de scénarios (notamment pour Riccardo Freda) et à l’assistanat. Mais dès 1949 les films s’enchaînent à une cadence infernale.

La première partie de sa carrière est marquée par la collaboration avec Steno (alias Stefano Vanzina.) Les deux hommes réalisent de nombreuses comédies à petit budget, principalement avec le génial acteur Totò, qui rencontrent un grand succès populaire. Citons Totò cherche un appartement, Totò et les femmes, Gendarmes et Voleurs qui se revoient avec un plaisir intact. À partir de 1953, Monicelli se sépare de Vanzina et signe seul ses films, même s’il participe régulièrement à des films à sketches réunissant les grands noms de la comédie à l’italienne, dont Monicelli était le principal ténor avec Dino Risi, Luigi Comencini, Pietro Germi ou Alberto Lattuada (mais tous ces cinéastes excellaient aussi dans le drame.)

Le Pigeon

Le Pigeon

Le triomphe du Pigeon (1958) apporte la célébrité internationale à Monicelli. Ce titre séminal de la comédie à l’italienne, héritière du néo-réalisme dans son souci de filmer la réalité d’un pays, mais avec un cynisme et une férocité propres à la culture populaire de l’Italie, est un pastiche du Rififi pour les hommes de Jules Dassin, transposé dans le sous-prolétariat de Rome. Le film a la particularité de réunir plusieurs générations d’acteurs formidables. Le vétéran Totò, prince de la comédie napolitaine, y donne la réplique aux jeunes Mastroianni et Gassman qui ne sont pas encore des stars mais qui vont le devenir bientôt, et réapparaîtront régulièrement dans des comédies. La belle Claudia Cardinale y fait une de ses premières apparitions à l’écran. Ce classique sera suivi un an plus tard par un des chefs-d’œuvre de Monicelli (et du cinéma italien), La Grande Guerre, écrit par le célèbre tandem Age-Scarpelli, produit par Dino De Laurentiis et interprété par Gassman et Tognazzi. Cette histoire de deux soldats sans qualités, embarqués sur le front italo-autrichien, mêle épisodes comiques et tragiques, et servira d’inspiration à Sergio Leone pour Le Bon, la brute, le truand. Monicelli, qui signera un autre belle fresque historique (Les Camarades en 1963, sur les grèves ouvrières du début du XXe siècle à Turin), développera son goût du picaresque avec L’Armata Brancaleone et sa suite Brancaleone s’en va-t-aux croisades, récits médiévaux farfelus et hauts en couleur où Gassman grandiose en chevalier errant s’en donne à cœur joie dans la fanfaronnade et le cabotinage.

Mes chers amis (1975) est une nouvelle étape importante dans la filmographie de Monicelli, qui remplace le cinéaste attaché au projet, Pietro Germi. Le film deviendra un immense succès (suivi de deux suites) et un classique de la comédie sociologique, sorte de prolongement des Vittelloni de Fellini. Les aventures dérisoires d’une bande de quinquagénaires qui refuse de vieillir et passe son temps à inventer des sales blagues et à rire de tout illustrent l’irresponsabilité et l’immaturité chroniques du mâle italien. Moins obsessionnel que Risi, moins sentimental que Comencini, moins érotomane que Lattuada, Monicelli est aussi inégal qu’eux (beaucoup de films anodins et tombés aux oubliettes), mais sa palette est sans doute beaucoup plus variée. Capable de changer de style, d’une intelligence mordante, ses plus grandes réussites se caractérisent par des tonalités très différentes, même s’il excelle dans la satire grinçante (Nous voulons les colonels, Romances et confidences.) En 1977, Monicelli est associé à deux titres extraordinaires qui marquent la fin de l’âge d’or de la comédie italienne. Les Nouveaux Monstres est un film à sketches co-réalisé avec Risi et Scola où les auteurs (aidés par Vittorio Gassman, Alberto Sordi et Ugo Tognazzi au sommet de leur art) donnent le meilleur d’eux-mêmes. Le film est un sommet de cruauté et de noirceur, un jeu de massacre hilarant où toutes les valeurs et institutions italiennes sont ridiculisées. Le film s’achève symboliquement par le seul sketch affectueux, les obsèques d’un comédien, prétexte à l’évocation de souvenirs amusants, où tous ses amis ne peuvent s’empêcher de rire et de chanter. L’autre film, Un bourgeois tout petit petit, est tellement sombre et pessimiste que la frontière entre comédie et malaise, pourtant élastique en Italie, est pulvérisée. Alberto Sordi, pathétique employé de bureau, abandonne tout sens moral pour torturer et assassiner le responsable de la mort de son fils. Cette satire de la médiocrité, en prise directe avec la violence terroriste de l’époque, s’impose comme le chef-d’œuvre à redécouvrir de Mario Monicelli. En 1979, Monicelli met en scène un projet abandonné par Fellini (Voyage avec Anita) et en 1980 le curieux Rosy la bourrasque, sur l’univers du catch féminin, avec Gérard Depardieu. Les films des décennies suivantes s’enchaînent avec régularité, mais retiennent moins l’attention. Aujourd’hui à Rome, c’est Ettore Scola, ultime survivant de cette époque bénie du cinéma italien, qui doit se sentir bien seul.

Mes chers amis

Mes chers amis

Mario Monicelli est venu plusieurs fois au Festival del film Locarno. Le Pigeon était en compétition internationale en 1959, où il avait remporté en toute logique le prix du film le plus… drôle (tandis que Stanley Kubrick recevait le prix du meilleur metteur en scène pour son premier film Le Baiser du tueur. Belle année et jury perspicace.) Le Pigeon avait été montré une nouvelle fois en 1975 dans le cadre d’un hommage à Totò. Casanova 70 fut projeté hors compétition en 1965. Enfin, L’Armata Brancaleone avait eu les honneurs d’une projection sur la Piazza Grande en 2002, en présence du cinéaste.

IRVIN KERSHNER NOUS A QUITTÉ AUSSI…

Nous ne voudrions pas transformer ce blog en chapelle ardente (les festivals accouchent des cinéastes, internet les enterre), mais nous saluons également la mémoire d’un cinéaste disparu le 28 novembre dans une certaine indifférence. Irvin Kershner avait commencé sa carrière comme un auteur prometteur et il l’avait terminé en solide technicien. Ce virage spectaculaire, il le devait sans doute au triomphe de L’Empire contre-attaque, second épisode (ou plutôt cinquième) de La Guerre de étoiles. Né en 1923 à Philadelphie, Kershner réalise son premier film en 1958, comme beaucoup d’autres, pour Roger Corman (Stakeout on Dope Street sur les méfaits de la drogue chez les adolescents.) Ses débuts sont marqués par des sujets plutôt ambitieux à caractère social ou psychologique (The Hoodlum Priest, A Fine Madness, The Flim-Flam Man, en compétition à Locarno en 1967.) Mais le succès n’est pas au rendez-vous et Kershner se transforme en habile faiseur au service du star system et des studios, acceptant les commandes les plus variées. Une comédie pour Barbra Streisand (Up the Sandbox), une parodie de films d’espionnage avec Donald Sutherland et Elliott Gould (S*P*Y*S), la suite d’Un homme nommé cheval avec Richard Harris, un téléfilm sur la fameuse prise d’otages en Uganda (Raid on Entebbe), un « James Bond » dissident (Jamais plus jamais, remake d’Opération Tonnerre), la suite déplaisante de Robocop. Bref, une carrière encore plus foirée que celle de John Frankenheimer, brillant cinéaste devenu mercenaire, mais un solide savoir-faire qui sauva plusieurs entreprises douteuses. J’avoue un petit faible pour Jamais plus jamais et surtout Les Yeux de Laura Mars, un thriller paranormal avec Faye Dunaway écrit par John Carpenter, dont l’intrigue tarabiscotée et les meurtres en série sont dignes des meilleurs « gialli » italiens. Un dernier conseil : Les Yeux de Laura Mars constitue un excellent triple programme « Les périls du New York » avec La Sentinelle des maudits de Michael Winner et Wolfende Michael Wadleigh.

Les Yeux de Laura Mars

Les Yeux de Laura Mars

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