Emprise de Bill Paxton

Emprise

Emprise

Si Emprise (Frailty, 2001) premier film de l’acteur Bill Paxton est passé relativement inaperçu au moment de sa sortie en France, il a quand même acquis au fil du temps une certaine réputation auprès de quelques cinéphiles : celle d’un film dérangeant et aussi passionnant. Emprise avec sa filiation avouée avec La Nuit du chasseur et l’histoire d’Abraham a réussi a impressionner Stephen King, James Cameron et Sam Raimi. Voilà un film qui, à défaut de faire l’unanimité et d’obtenir un capital de sympathie illimité auprès du public, a réussi à soulever chez les plus blasés des questions essentielles sur la croyance du spectateur de cinéma… et sur la croyance en général, car le film n’a pas peur de traiter frontalement les thèmes de la religion et du fanatisme, d’un point de vue très américain. À l’annonce du suicide de son frère, un tueur en série présumé, un homme décide de confier à l’inspecteur chargé de l’enquête un monstrueux secret d’enfance. Leur père était un paisible veuf qui élevait ses deux fils avec amour. Pourtant le brave homme réveille ses enfants en pleine nuit pour leur annoncer qu’un ange lui a confié une mission : exterminer les démons. Victime d’une soudaine démence mystique, le père va enlever des hommes et des femmes et les tuer à coups de hache. Tandis que le cadet ne saisit pas l’horreur de la situation, le fils aîné va tenter de s’opposer à la folie meurtrière de son père. Cette plongée dans les tréfonds de l’âme humaine nous permet de croire pendant plus d’une heure que nous assistons à un énième film de tueur en série comme c’était la mode après le succès de Seven, avec un Ed Gein illuminé qui pousse la folie à impliquer ses enfants dans sa croisade sanglante. Le film se déroule dans une atmosphère poisseuse et n’a pas besoin de tout montrer pour mettre le spectateur très mal à l’aise. Paxton adopte avec raison un style classique et suggestif, qui préfère cependant montrer l’apparition angélique que les meurtres qui restent hors-champ. Les multiples coups de théâtre de la dernière partie, loin de participer à une vaine surenchère, finissent de perturber durablement le spectateur. Sans trop dévoiler l’effet de surprise, disons que le film, qui se présentait à nos yeux comme la description glauque des actes d’un fou de Dieu, devient lui-même l’œuvre d’un fou de Dieu, alors que le cinéaste semblait mettre en garde contre les dangers d’une religion vengeresse et d’une application à la lettre de l’Ancien Testament. Qu’Emprise soit réalisé et interprété par le même homme, l’acteur Bill Paxton, ne fait qu’augmenter notre trouble. Il est rare qu’un film finisse par dire le contraire de son discours initial, peut-être de manière involontaire. Emprise y parvient, à tort ou à raison, mais invite par la même occasion à s’interroger sur le conditionnement du spectateur devant l’imagerie biblique. Confusion mentale, hystérie religieuse ou intelligence froide ? Les voies du Créateur (et du scénariste) sont décidément impénétrables.

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